vous accueille !

19 septembre 2009

Candidature du chef de la junte en Guinée, Paris durcit le ton

La France s'inquiète de l'élection présidentielle prévue en Guinée au début de l'année prochaine. Elle réaffirme sa volonté de voir le président autoproclamé Moussa Dadis Camara respecter sa promesse de ne pas se présenter à la présidentielle de 2010. Pour tenter de dissiper les inquiétudes une délégation guinéenne, conduite par le numéro deux de la junte au pouvoir, Sékouba Konaté, ministre de la Défense est actuellement en visite en France et en Europe.

Cette délégation a été reçue à Paris par des conseillers du président Sarkozy, du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ainsi que par le secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, Alain Joyandet. « Les partenaires de la Guinée doivent accompagner le pays dans le processus engagé dans le cadre du retour à l'ordre constitutionnel », a déclaré Tibou Camara, ministre chargé de la Communication auprès du président et du ministre de la Défense, qui invite par ailleurs la communauté internationale à s’en tenir à cela.

Tout en concédant que nombre de principes et de valeurs propres à la communauté internationale doivent être respectés, il met des limites à certaines interrogations qui pourraient être une ingérence dans les affaires guinéennes. « Le reste est une affaire de la Guinée et des Guinéens », précise-t-il.

Les actuelles autorités guinéennes mettent en avant les « exigences et volonté du peuple de Guinée qui s'exprimera le moment voulu dans les urnes », répétées comme une incantation, pour entretenir un certain équivoque sur les réelles intentions politiques du chef de la junte. « Il n'y a pas eu d'acte officiel ou de déclaration, encore moins de proclamation officielle de la candidature du capitaine Moussa Dadis Camara, mais le président de la République s'est toujours déclaré à l'écoute de son peuple. Il attendra, et le moment venu en toute discrétion, il prendra la décision qu'il estime être la plus utile pour le pays et pour les guinéens », conclut Tibou Camara.


Mais, côté français, Alain Joyandet, le secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie ne se satisfait pas des réponses du ministre guinéen et souligne un certain nombre de principes que la junte doit respecter en rappelant les trois engagements essentiels qui ont été pris : « la constitution d'un gouvernement civil le plus rapidement possible, ce qui a été fait ; le choix d’une date pour organiser les élections, il semble qu'aujourd'hui ce soit fait également ; et puis enfin que les militaires s'engagent à ne pas se présenter à cette élection ». Mais ce dernier point semble poser quelques problèmes, puisque le capitaine Dadis Camara, a menacé à plusieurs reprises de se présenter au scrutin présidentiel.

Le ministre français, sous forme d’avertissement, prévient les autorités guinéennes que, « malgré quelques divergences, le groupe de contact est sur la même ligne que la France et tient au respect des engagements ».

Mais reconnaît le ministre français, le rappel des principes permanents a des limites. « Nous rappelons simplement des principes qui d'ailleurs sont des principes dans l'intérêt de la Guinée et du peuple guinéen, puisque l'aide publique au développement et l'aide des pays riches, sont en général conditionnées par un certain nombre d'attitudes politique, démocratique, de gouvernance, et la Guinée fait partie des pays qui sont particulièrement regardés par la communauté internationale. En Mauritanie, les responsables, y compris le président actuel, se sont finalement pliés aux demandes de la communauté internationale », fait remarquer Alain Joyandet.

Source : Radio france nternationale - Rfi

Lire la suite

Guinée : la presse à la croisée des chemins ! (interview)

La presse Guinéenne est aujourd’hui à la croisée des chemins. Elle est accusée de tous les travers sociaux : calomnie, diffamation, injures, accusations sans fondement... Dans cette interview accordée à mes confrères d'"Aujourd'hui en Guinée", le Président du Conseil national de la communication (Cnc), M. Jean Raymond Soumah, recommande fortement un audit sérein de la liberté de presse en Guinée...

Aujourd’hui en guinée : Si l’on vous demandait aujourd’hui de faire de reforme au niveau du CNC et dans la presse Guinéenne quelles seront vos priorités et surtout vos urgences ?


Jean Raymond Soumah : Merci pour l’opportunité que vous me donnez de m’exprimer. Je ne veux pas me prononcer sur l’âge de l’équipe, je vais simplement vous dire que pratiquement tout est urgent mais qu’il faut établir une hiérarchie entre les urgences. Je me souviens dans l’adresse que j’ai faite au moment où on m’installait au CNC, j’avais parlé de différents chantiers, ceux de la révision de la loi sur la liberté de la presse, de la radio et de la télévision, la communication en général, la loi partant création du CNC… ce sont deux loi qui ont été créées il y a de cela dix ans et qui méritent d’êtres adaptées à l’évolution actuelle du paysage médiatique. Il y a aussi la nécessité, me semble t-il, de faire connaître une évolution aux différents textes qui portent sur la libération des ondes, sur les cahiers des charges et autres. Je voudrais contribuer à améliorer les conditions de la réception par les citoyens, des différentes émissions qui leur sont diffusées dans un espace pluraliste. Et, tout cela repose en faite sur une bonne évolution de la profession par la formation. La formation est le principal cheval de bataille pour atteindre tous ces différents objectifs. La concertation aussi, qui va nous permettre d’échanger, de connaître les véritables desiderata des uns et des autres et d’en discuter afin de pouvoir apporter les modifications. Dans le domaine de la modification, il faut consulter mais dans certains autres domaines, certains impératifs s’imposent par eux-mêmes.

La presse Guinéenne est aujourd’hui à la croisée des chemins, elle est accusée de tous les travers sociaux dont la calomnie, la diffamation, les injures, des accusations sans fondement. En tant que président de l’ institution de régulation des médias en Guinée vous vous trouvez entre promouvoir la liberté d’expression et lutter contre l’amateurisme au sien de la presse. Laquelle des deux fera partie de vos urgences ?

Tout est urgent c’est l’équilibre qu’il faut rechercher : ne pas empêcher l’évolution de la liberté de la presse mais ne pas permettre qu’on s’en serve pour régler des comptes, pour inciter au trouble de l’ordre public. D’ailleurs la question vient à point nommé. La décision que nous avons prise concernant un type de sujet à savoir les sujets politiques dans un type d’émission à savoir les émissions interactives et pendant une période donnée le temps que la tension baisse, nous a valu tous les noms d’oiseaux de la part de certains médias. Malheureusement ces confrères ont fait croire qu’il s’agissait d’interdire toute question politique dans toutes les radios…Mais toujours est-il que nous avons œuvré pour la bonne cause. A préciser que la décision n’excluait pas les débats politiques en studio. Cela dit, la légèreté des journalistes en studio face aux appels venus de l’extérieur et qui prenait des allures d’incitation au trouble de l’ordre public sur fond d’ethno stratégie, nous inquiétait . Vous vous rendez compte qu’il y a pas mal de dérives et qu’il y a des problèmes de formations. Je crois que c’est par la formation que nous allons essayer de remonter ces problèmes par la concertation, par la consultation de tous les groupements qui font évoluer les média afin de permettre par la formation entre autres, une harmonie au sien de l’espace médiatique guinéen.

Quelle définition faites-vous en tant que président du CNC de la dépénalisation des délits de presse que l’on a longtemps souhaité ?

Définir la dépénalisation, je crois c’est un peu le niveau des peines, le mode de peine qu’il faudrait changer c'est-à-dire que, en terme simple, les journalistes n’iraient pas en prison, d’autres types d’amandes pourraient le remplacer en cas d’irrespect des lois, des libertés individuelles, des règles régissant le fonctionnement de la profession au regard et à l’endroit des tiers. Mais ce que je veux dire à l’endroit d’autres personnes, la dépénalisation, on en parle, mais il est très important qu’ensemble, on essaye de discuter en tenant compte des trop grandes facilités de la loi en l’état actuel. Parce que voila ; c’est l’enchaînement : il est très facile d’être journaliste, d’être propriétaire de média donc il devient très facile de calomnier. Donc, il y a un certain nombre de choses qu’il faudrait revoir en amont avant d’en arriver là. C’est avec une presse responsable que l’on peut s’engager dans la dépénalisation et vous savez très bien mon attachement au libre exercice du métier par les journalistes et tout aussi ma rigueur lorsqu’il y a des individus qui viennent dans les média pour ternir l’image des médias, pour poser problème à l’utilité que les médias ont dans une société, en particulier dans une société démocratique ou en voie de démocratisation.

Concernant la dépénalisation un travail de fond a été fait dans ce sens par une ONG Irded en collaboration avec le CNC, qu’en est il ?

Ce que nous avons fait avec cette ONG , c’est de faire des projets de propositions de changement, d’évolution des textes qui régissent les médias en république de Guinée. On a fait un premier travail sur le volet presse écrite, et tous les autres volets vont suivre. Nous pensons que ce sont des projets qui pourront êtres soumis à l’organe législatif pour qu’il puisse revoir dans quelle mesure on peut faire évoluer la loi sur la liberté de la presse en Guinée. Mais aussi la loi sur le CNC .

M le président quel jugement portez-vous sur les différents séminaires de formation donnés aux journalistes ?

Cette question est très pertinente, je l’ai souvent évoquée. Il faut qu’on fasse l’audit de la formation aussi. On n’a fait beaucoup de formation, aujourd’hui où ça nous a mené ? Pas grand-chose. Comment ces séminaires ont été organisés ? C’est vrai que de manière générale il y a des thèmes qui sont propres à tout le monde, qui apparaissent. Mais commentfaire pour que les séminaires puissent être préparés pour qu’ils soient utiles aux différents participants qui vont en appliquer les résolutions ou les notions apprises dans l’exercice de leur métier. Je pense qu’il faut se demander est-ce qu’il faut continuer avec les séminaires ; auquel cas il faut les améliorer ou est-ce qu’il faut promouvoir les formations in situ, c’est-à-dire les formations au sein d’une rédaction où un expert vient, vit avec les journalistes et essaye de les amener à améliorer leur condition de travail sur le lieu même du travail. C’est aussi une autre façon qu’il faut mettre sur une nouvelle piste. Nous pensons que l’un dans l’autre après avoir fait l’audit de ces séminaires de formation des journalistes qui retombent toujours dans les mêmes travers, nous allons essayer d’étudier de nouvelles pistes et pourquoi pas celle dont je viens de parler, la formation in situ.

La loi sur la presse semble de nos jours quelque peu caduque notamment au niveau de la création et de l’exploitation d’une entreprise de presse qui donne droit à tout citoyen guinéen, professionnel ou non, remplissant les droits civique ou non, la création d’une entreprise de presse. N’est-il pas judicieux et opportun de réviser cette loi en laissant l’exercice de la profession aux seuls professionnels connaissant l’éthique et la déontologie du métier ?

Je suis tout à fait d’accord, je n’ai aucun de problème là-dessus, c’est ce qu’il faut faire et( vous avez touché du doigt la question comme je l’ai dit tout à l’heure. On va le voir, est-ce que à travers les états généraux, ou quelle qu’autre forme. Il faut nécessairement qu’on fasse l’audit serein de la liberté de la presse en Guinée, depuis que la loi sur la presse a été promulguée en 1991. Je suis tout à fait d’accord et même sur le principe que ce soit des professionnels de diriger en tout cas les entreprises de presse.

On part du constat amère que la presse guinéenne constitue une autre poste de pauvreté à cause du sous emploi des journalistes notamment ceux du secteur privé. Les patrons de presse ne respectent aucun texte sur la législation du travail. Aujourd’hui aucun journaliste ne bénéficie d’un salaire décent, d’une inscription à la caisse nationale de sécurité sociale, d’avantage sociaux et autres primes. Ils contribuent à la survie du journal jusqu’au jour de son départ de la boite. Que fait-il faire pour que le métier puisse nourrir son homme ?

Vous savez il y a des métiers, on y vient pas pour s’enrichir, c’est le cas du métier du journalisme. Cela dit, il est important quand même que le journaliste puisse, en étant à l’abri du besoin, bien exercer son métier, mais ce n’est de la responsabilité que de son employeur. On a souvent parler des questions de la convention collective, du statut particulier pour permettre aux journalistes d’avoir des revenus décents. Ce sont des choses à encourager parce qu’un journaliste qui n’est pas totalement à l’abri du besoin peut succomber à la moindre des tentations. Je pense qu’il faut faire évoluer toutes ces questions. Il est normal que les contrats de travail concernant la profession et le professionnel puissent être effectivement pris en compte, puissent être réalisés pour le bien de la profession. Il vous souviendra qu’il y a bien des années maintenant qu’au Conseil National de la Communication, nous avions tenté d’amener les directeurs de publication à établir les contrats afin de sécuriser l’emploi des journalistes amis apparemment les gens, ça ne semble pas trop les intéresser. C’est ce qui est justement à la base du fait qu’il y a là un foisonnement de titres. Parce que dès que les gens ont des difficultés au sein d’une rédaction, ils estiment qu’il peuvent être à l’abri de toutes les tracasseries.

Les cas de décès de journalistes dans les situations lamentables sont nombreux. N’est-il pas maintenant nécessaire de créer un fonds de soutien des journalistes au cas malheureux ?

Je suis tout à fait d’accord. Mais vous savez quand vous avez votre subvention tout le monde prend et le monde disparaît. Çà devrait être une occasion pour les journalistes de marquer leur solidarité, de marquer la confraternité à travers les ressources d’un tel fonds de soutien.

La subvention de l’Etat allouée aux média ne profite qu’aux seuls patrons de presse depuis son adoption par l’assemblée nationale. Quelle est votre vision de cette situation et qu’est qu’il faut pour que le journaliste puisse jouir de cette subvention ?

Ecoutez ce sont des questions internes à vous. Mais c’est vrai que celui qui, à la sueur de son front contribue à l’existence des média lorsque un des fruits est cueilli, devrait aussi en avoir une partie, c’est tout à fait légitime. Nous n’avons aucun moyen coercition sur les différents patrons de presse.Mais, c’est regrettable de ne pas jouir de telles opportunités.

Mais vous réguler les média au compte de l’Etat qui leur accorde cette subvention. Ne pouvez-vous pas initier une autre opportunité pour que ces fonds profitent aux ayant droits quand on sait l’objectif de cette subvention est l’amélioration des conditions de vie et de travail des journalistes ?

Ecoutez les clefs de répartition, vous savez tout le tollé qu’il y a autour de çà. Donc nous essayons de rester sur des questions d’organisation globale de la presse, on ne voudrait pas aller sur ce terrain-là. Puisque nous-mêmes avions proposé, il y a quelque moment, qu’au lieu que cet argent soit mis dans les poches des journalistes qu’il contribue à améliorer le cadre de travail du journaliste. Il y a des charges fixes dans le fonctionnement de l’entreprise, des taxes à payer. Et si les journalistes se battaient dans le sens d’avoir une collectivisation de leur production pour avoir une imprimerie de presse où tous les journaux viendraient pour se faire imprimer. Malheureusement ce sont des questions qui tombent dans des oreilles de sourds.

L’utilisation anormale qu’on fait de cette subvention étant connue, le gouvernement va-t-il continuer à les consacrer uniquement aux patrons de presse ?

Je ne saurais le dire parce que c’est une loi votée à l’assemblée nationale. Actuellement le président de la république, dans cette situation de transition, c’est lui qui accorde cela. Çà va être difficile si les journalistes n’acceptent pas de s’asseoir et de faire évoluer leur vision de la profession, de vouloir ensemble le bonheur collectif.

Comme mot de la fin, livrez-nous la primeur de ce que vous n’avez jamais dis à un quelconque presse…

Je pense plutôt qu’avec la primeur d’une interview à la presse en ligne de ce type que vous me permettez, je dirais ce que je dis à tous. Le métier de journaliste est très important pour la société et donc, nous devons agir avec beaucoup de responsabilité n’étant guidé que par le souci de l’intérêt général.


Interview réalisée par Sotigui KABA et Aboubacar SAKHO pour www.aujourdhui-en-guinee.com

Lire la suite

5 juin 2009

Guinée : détention du journaliste Moise Sidibé, l'Ambassade des Etats-Unis préoccupée

L’Ambassade des Etats-Unis est profondément préoccupée par l'arrestation et le présumé mauvais traitement infligé au journaliste Moise Sidibé. L'Ambassade a reçu des informations selon lesquelles M. Sidibé a été arrêté par des Gendarmes du Secrétariat d’Etat Chargé des Services Spéciaux, de la Lutte Anti-drogue et du Grand Banditisme dans la nuit du 27 mai. Il n'y a eu aucune charge formelle retenue contre M. Sidibé et l'Ambassade a reçu des rapports crédibles selon lesquels M. Sidibé a été physiquement violenté et torturé en détention. On ne lui a pas permis de communiquer avec sa famille ou un représentant légal.

L'Ambassade a aussi reçu des rapports selon lesquels ceux qui détiennent M. Sidibé ont exigé une grande somme d'argent pour sa sortie. M. Sidibé est un journaliste franc qui a occasionnellement critiqué le gouvernement. Cependant, la liberté de parole est la marque d'une société libre et démocratique, et le CNDD au pouvoir devrait reconnaître et respecter les droits des journalistes à exercer librement leur profession. Si M. Sidibé est accusé de commettre un crime, il devrait être correctement inculpé et poursuivi de manière transparente selon les lois de la Guinée. On devrait lui permettre de communiquer avec sa famille et ses avocats. Si M. Sidibé n'a commis aucun crime, il devrait alors être libéré immédiatement. Toutefois, le garder en détention préventive sans charges et le soumettre à des abus physiques et extorsion constitue un acte déplorable de répression inconvenante d'un gouvernement respectable et responsable.

Une déclaration de l'ambassade des États Unis en Guinée, Section des Affaires Culturelles et de Presse, ConakryPD@state.gov 65104176

Lire la suite

2 juin 2009

Guinée : un journaliste enlevé par la junte au pouvoir

Moise Sidibé a été enlevé par des hommes du capitaine Moussa Tiégboro Camara il y a de cela une semaine.
Notre collaborateur Moise Sidibé dont le "Brûlot" égaie les lecteurs de "L’Indépendant" tous les jeudis entame ce mardi son septième jour de détention dans une prison du camp Alpha Yaya Diallo. Moise Sidibé a été enlevé par des hommes du capitaine Moussa Tiégboro Camara Secrétaire d’Etat chargé des Services spéciaux, de la lutte antidrogue et du grand banditisme dans la nuit du mercredi dernier à son domicile situé à Dabondy 2, dans la Commune de Matam.

Le journaliste prenait tranquillement son repas du soir, aux environs de 20h, après une journée trop chargée par les contraintes de bouclage de votre semainier, lorsque des hommes en uniforme ont envahi la devanture de son domicile. A première vue, ils étaient venus opérer une rafle dans le motel ‘’ la colline’’ qui jouxte la maison du journaliste.

Mais en plus de la bande de jeunes qui avaient pris d’assaut ce lieu à l’occasion de la grande soirée de foot que certaines chaînes cryptées étaient en train de faire vivre au public à travers la lucarne du petit écran (c’était la finale de la champion’s league qui opposait Barcelone au club mancunien), les agents ont embarqué tout le monde, y compris Moise Sidibé, sa sœur cadette, son fils et son frère. Destination le camp Alpha Yaya Diallo où ils ont été logés dans un cachot aménagé par les Services spéciaux.

La mère de notre collaborateur malgré la force de l’âge, a du mal à digérer ce rapt. Mme Fatou Sidibé est bien la propriétaire du motel la ‘’Colline’’, mais ce lieu est un établissement hôtelier qui obéit aux normes prescrites par les autorités compétentes. Pour preuve qu’elle n’opère pas dans la clandestinité depuis la première République, elle dispose de toute une pile de dossiers, allant du permis d’exploitation à la quittance de la taxe de la promotion touristique pour l’exercice 2009.

Il y a donc lieu de se demander si la lutte contre le grand banditisme est devenue un prétexte pour restreindre les libertés des pauvres populations qui ne demandent qu’à vivre dans la quiétude. Aujourd’hui, on est arrivé à une phase où les citoyens ont réduit considérablement leur mouvement. Vivant dans la hantise de tomber dans le filet des hommes de Tiegboro qui ont du mal à faire la distinction entre les criminels et les bonnes gens.

Un pauvre citoyen qui sirote sa bière dans un bistrot pourrait passer pour un dangereux criminel si jamais par malheur des hommes des Services spéciaux passaient par là. C’est le lieu pour notre rédaction d’attirer l’attention de l’opinion sur le sort de notre journaliste qui croupit en prison depuis maintenant une semaine pour des raisons inavouées.

La junte qui dit rompre avec les pratiques qui avaient cours dans le passé risque de faire pire si l’on n’y prend garde. En tout cas à l’allure où vont les choses, les Guinéens sont loin d’être rassurés sur l’avenir de leur pays. Vivement donc la libération de Moïse Sidibé.

La Redaction de L'Independant

Source : L’Indépendant de Guinée

Lire la suite

16 mai 2009

Guinée : détérioration des Droits de l'Homme, le Barreau désenchanté.

Déclaration de l'ordre des avocats de Guinée
Sous la première République, les droits et libertés individuels étaient bafoués. Chaque militant avait l’obligation de faire don de sa personne pour l’édification du système révolutionnaire. La justice, démantelée, était également au service de la révolution. Avec l’avènement de la deuxième république et l’adoption d’une constitution en 1990, les droits et libertés individuels ont été formellement consacrés.

Les citoyens étaient cependant fréquemment victimes de toutes sortes d’exaction de la part d’hommes en uniformes qui se croyaient au dessus de la loi et qui bénéficiaient de l’impunité la plus totale.

La Justice, volontairement reléguée au second plan, était soumise à es interférences et pressions des cadres de l’administration civile et militaire.

La prise du pouvoir par le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) le 23 décembre 2008 a suscité un immense espoir dans les cœurs de l’écrasante majorité des Guinéens excédés les abus du système CONTE.

Le CNDD avait affirmé dans ses toutes premières déclarations radiodiffusées sa volonté de mettre un terme à la souffrance du peuple de Guinée en s’engageant à lutter contre l’anarchie qui caractérisait la Deuxième république, par une meilleure gestion du pays fondée sur la primauté du Droit.

L’espoir des Guinéens était à la mesure des souffrances qu’ils ont endurées pendant les cinquante années d’indépendance nationale.

Quatre mois après la prise du pouvoir par le CNDD, force est de constater que la situation des Droits de l’homme s’est nettement détériorée.

Le Barreau de Guinée, en tant que sentinelle de l’Etat de droit, s’inquiète des multiples intimidations, menaces, agressions, arrestations, détentions arbitraires et autres abus inadmissibles commis par des hommes en uniformes sur de paisibles citoyens.

La prise du pouvoir par le CNDD semble faire croire à chaque militaire ou paramilitaire qu’il exerce une portion de ce pouvoir là où il se trouve.

Cette situation aurait pu être considérée comme le fait d’éléments incontrôlés des forces de défense et de sécurité.

Mais l’existence au sein de la structure gouvernementale d’un Secrétariat d’Etat chargé des conflits a fini par convaincre les défenseurs des droits de l’homme que ces pratiques sont plus ou moins tolérées sinon encouragées par les nouvelles autorités.

Or, bien que les Guinéens vivent dans un régime d’exception depuis l’avènement du CNDD au pouvoir, il existe au sein du Gouvernement un ministère chargé de la Justice et une ordonnance a été prise pour maintenir l’application de toutes les lois de procédure en particulier.

Cela n’est pas une simple bienfaisance de la junte militaire.
En effet, dans toute les sociétés modernes, qu’elles soient de type démocratique ou autoritaire, la mission de rendre la justice est dévolue à des organes spécialisés que sont les Juridictions.

La création d’un Secrétariat d’Etat chargé des conflits, à côté du ministère de la Justice , constitue donc une véritable négation du rôle des Cours et Tribunaux.

Aujourd’hui, des citoyens et même des Avocats sont régulièrement convoqués au Camp Alpha Yaya DIALLO où ils comparaissent soit devant le Secrétaire d’Etat chargé des conflits, soit devant le Président de la République en personne pour débattre de procédures judiciaires à caractère civil, commercial, pénal ou social en l’absence de toute garantie d’ordre procédural, notamment la possibilité de l’exercice des voies de recours.

Même des affaires définitivement jugées depuis de nombreuses années sont exhumées et portées devant le CNDD par des justiciables insatisfaits.

Dernièrement, le Secrétaire d’Etat chargé des conflits affirmait lui-même à la Télévision Nationale qu’il avait plus de quatre mille dossiers à « Juger ».

Cette déclaration aurait pu paraître à sourire si elle ne cachait pas une réalité peu honorable pour la Guinée.

En effet, il résulte de ces pseudo procès, retransmis sous la forme de shows télévisés, des décisions qui n’offrent aucune possibilité de recours dans le contexte actuel mais qui pourraient être remises en cause après le CNDD.

Ce qui serait un éternel recommencement.

Pire, le ministère chargé de la sécurité Présidentielle s’est doté d’une structure dénommé Bureau des Investigations Judiciaires et qui s’attribue des prérogatives reconnues aux Cours et Tribunaux.

La situation est telle qu’à chaque coin et recoin du Camp Alpha Yaya DIALLO ou des autres Camps militaires du pays, se trouve un groupuscule d’hommes en uniformes qui s’érige en tribunal.

En ce qui concerne l’ingérence du Président du CNDD dans les affaires Judiciaires, on ne peut manquer de relever la confusion que l’on tente de créer au sujet de l’appellation de « premier magistrat » attribuée au Président de la République.

Dans le sens le plus moderne, cette appellation s’explique par le fait que le Président de la République est le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature et le garant de l’indépendance des juges. Mais il n’est investi d’aucune attribution juridictionnelle ; il n’est pas juge, il ne peut donc juger.

Sous le régime du Général Lansana CONTE, le citoyen se plaignait des interférences du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif dans le fonctionnement de l’appareil judiciaire.

Aujourd’hui, le pouvoir judiciaire, encore et toujours aux ordres, est en passe de disparaître complètement du paysage institutionnel de la Guinée.

Les insuffisances de la justice guinéenne sont connues de tous les plaideurs et de tous les observateurs tant nationaux qu’internationaux, et font l’objet de nombreuses critiques malheureusement justifiées dans bien des cas.

Mais quelle que soit la pertinence de ces critiques, elles ne peuvent pas conférer de légitimité aux pratiques actuellement en cours au Camp Alpha Yaya DIALLO et une décision prise à l’occasion d’un litige par un organe compétent en la matière ne peut avoir la même valeur juridique qu’un jugement ou un arrêt rendu par les organes habilités à trancher les conflits.

Ce n’est pas en créant des juridictions parallèles qu’on pourrait résoudre les problèmes de la justice guinéenne.

Le CNDD aurait été mieux inspiré en explorant d’autres voies notamment le fonctionnement normal et correct du Conseil Supérieur de la Magistrature qui exerce des attributions disciplinaires à l’endroit des magistrats du siège coupables de fautes professionnelles et le renforcement des capacités de l’inspection générale des services judiciaires.

La Guinée a d’ailleurs besoin d’une réforme profonde de sa justice en termes de structures, de ressources humaines et matérielles.

C’est pourquoi, le Barreau de Guinée se propose de publier très prochainement un mémorandum sur l’état de la Justice guinéenne et les mesures qui lui paraissent utiles et nécessaires en vue des réformes souhaitées.

Mais d’ores et déjà, le Barreau de Guinée attire l’attention du CNDD sur l’impérieuse nécessité de :

-Supprimer le Secrétariat d’Etat chargé des conflits, le bureau des investigations judiciaires créé au ministère chargé de la sécurité présidentielle et toute autre forme de justice parallèle instaurée dans les camps militaires;
-Mettre un terme à toutes sortes d’immixtions dans le fonctionnement de l’appareil judiciaire;
-Faire cesser les intimidations, les menaces, les exactions et les arrestations arbitraires.

Conakry, le 13 mai 2009
Pour le Barreau de Guinée
Le Conseil de l’Ordre

Lire la suite

14 mai 2009

Guinée : plaidoyer pour un débat clair et constructif

La démocratie est par excellence le régime de la concurrence des idées et des opinions. Ce qui fonde la légitimité de l’idée de critique dans tout régime démocratique. Aucune démocratie ne peut se prétendre sérieuse et vivante, si elle n’admet pas la critique. Ce principe, en tant qu’une des caractéristiques de l’idée de démocratie, est essentiel à la recherche et à la construction de l’intérêt général.

Cette liberté d’opinions et de pensées, ainsi que de leurs expressions démocratiques ont pour corollaire le principe de responsabilité. Une responsabilité qui incombe à tous les acteurs du système à commencer par le citoyen lui-même, sans oublier les institutions publiques, les partis politiques, la société civile et les médias.

Cette notion de responsabilité implique pour chacun, à l’occasion de chaque acte posé, de concilier la légitime expression de ses opinions avec l’intérêt général recherché comme but ultime. Autrement dit, chaque liberté démocratique n’est ainsi que parce qu’elle contribue à la réalisation et à la préservation du bien être collectif.

Après cinquante ans d’autoritarisme ravageur, de déni des droits et libertés et de méconnaissance de la souveraineté populaire, la possibilité et le droit pour chaque guinéen ou chaque entité guinéenne de pouvoir donner son opinion sur la situation guinéenne, est compréhensible et légitime.

Porter un regard critique sur l’exercice nécessairement libre de ce droit démocratique est tout aussi légitime. C’est pourquoi, dans l’intérêt du pays, il convient d’admettre que la soif des guinéens de ce droit et de son expression démocratique ne peut être un prétexte à des polémiques inutiles, des analyses confuses et des conflits aux intérêts particuliers, surtout dans une période si sensible… !

A observer et écouter le débat politique guinéen, on est tout de suite déconcerté par la légèreté, la partialité et la subjectivité trop palpable et nuisible de celui-ci.

A tel point que tout le monde est devenu analyste, expert et spécialiste en tous genres. La légèreté primant sur le sérieux, la subjectivité sur l’objectivité.

Les prises de positions politiques partisanes se décrivent comme des analyses politiques objectives !
Les propagandistes se disant patriotes !

Plus aucune lisibilité. Encore moins la lucidité intellectuelle requise. C’est le monde des évidences chevillées au corps et à l’esprit hypnotisé. Et pourtant, comme il n’y a aucune honte à faire de la politique partisane, alors pourquoi ne pas annoncer la couleur et l’assumer démocratiquement ?

Tout le monde s’en portera mieux. Avec des engagements politiques plus lisibles et plus cohérents, et des débats intellectuels plus objectifs et plus utiles. Car, cette confusion manifeste dans le débat guinéen entre les analyses politiques partisanes (non moins légitimes) et les analyses non partisanes (sans pourtant se déclarer détenteur de vérité absolue !), est très dommageable pour la lisibilité de la situation guinéenne et la compréhension constructive de sa démocratie à naître.

Le débat autour de la mise en place du conseil national de la transition (C.N.T), reflète bien cette illisibilité et cette subjectivité dans la lecture et l’analyse des enjeux politiques, sociaux et intellectuels auxquels la Guinée est confrontée.

Avant de soulever les points qui font polémiques, je souhaiterai d’abord exposer succinctement les principes et les valeurs qui fondent, structurent et nourrissent ma démarche et mon engagement.

Le premier principe est celui de la spécificité du temps politique actuel en Guinée. Une spécificité qui s’explique par une temporalité et un environnement politiques hors des paradigmes politiques ordinaires.

Par ailleurs, l’histoire politique guinéenne recèle ses propres caractéristiques dramatiquement singulières, qui nous mènent ainsi d’étape historique par étape historique à des situations de gestion de moins en moins ordinaires et de plus en plus extrêmes. L’exceptionnalité des circonstances politiques guinéennes doit être aussi appréhendée dans ce qu’elle change et exige des organes institutionnels, politiques et sociaux.

Cela explique le statut de l’autorité de transition (le CNDD et le Gouvernement) et la position singulière qui revient par la circonstance aux partis politiques. Contrairement au temps précédent, celui de la transition exige de chacun de ces acteurs principaux des attitudes sui generis.

Pour les organes de transition, c’est à dire le CNDD, son chef et le gouvernement, les impératifs sont les suivants : neutralité et impartialité dans la conduite de la transition ainsi que les prises de décisions qui s’y rattachent.

Les conséquences de ces impératifs se trouvent dans le principe non négociable qui impose aux membres du CNDD de ne pas se présenter aux élections prochaines. Cette neutralité et cette impartialité doivent leur procurer aussi une certaine présomption de bonne foi et d’objectivité….jusqu’à preuve du contraire.

Une fois posés ces éléments, il importe d’accorder au CNDD le respect et la considération dus aux fonctions qu’ils assument et aux missions qu’ils se donnent pour but de réaliser.

Pour les partis politiques, les exigences sont de l’ordre de la réalité sociale et politique. On n’est pas le même parti politique sous le régime de Conté que sous la période de transition. Une telle confusion aura des conséquences fâcheuses pour le déroulement de la transition. Car, on est opposant que face à un organe qui prétend aussi à la conquête du même pouvoir. Or, dans mon esprit (car je ne peux l’imaginer autrement !) le CNDD n’est pas cet organe. Son premier chef, en l’occurrence le chef de l’Etat, a très officiellement déclaré sa volonté d’œuvrer pour une transition démocratique en Guinée, et ne pas se présenter aux élections à venir. Position plusieurs fois réaffirmée. Prenons en acte !

Les partis politiques et certaines sociétés civiles doivent faire preuve d’intelligence, de patience constructive et de sincérité dans ce processus de construction démocratique. Toute option de courte vue de leur part leur reviendra comme un boomerang.Les fautes politiques ne sont jamais facilement expiables.

Et je considère par exemple que cette obsession de l’élection coûte que coûte et vaille que vaille, dans 8mois, est la preuve d’une lecture incomplète de la complexe et fragile situation politique guinéenne, mais aussi une faute politique et intellectuelle lourdes de conséquences à court et long terme.

Jusqu’à preuve du contraire, et malgré des actes critiquables posés ici et là, malgré quelques maladresses et imprudences, moi je continue à accorder ma confiance…critique à l’autorité de transition et lui accorde le crédit de sa sincérité. Cela n’empêche pas de noter qu’il est extrêmement urgent de discipliner l’armée, de protéger la population contre les brutalités et les incivilités militaires (l’armée n’est pas au dessus de la loi !), de protéger les droits fondamentaux des citoyens et de la personne humaine.
Sans quoi, sans aucun doute, tous les efforts du CNDD seront vains et ce sera un gâchis historique !

Je fais la différence entre les impérities dans la gouvernance du CNDD et le quasi belli politique et éthique. Je ne pardonnerai jamais au CNDD s’il ne respectait pas le pacte de confiance conclu avec le peuple de guinéen. A savoir : favoriser l’essor d’un environnement sociopolitique et économique démocratiques, la reforme profonde de l’armée et l’interdiction de se présenter aux élections à venir.

D’ici là, je m’interdis tout procès d’intention et toute participation aux polémiques inutiles. Les faits, rien que les faits. Et chaque fait à juger et à analyser à sa juste valeur.

Il faut donc éviter, comme le guinéen en est souvent habitué en premier lieu certains de ses médias et certains politiques, les procès d’intentions, les jugements hâtifs et subjectifs et les propagations de rumeurs non vérifiées et sans fondement.

Le deuxième principe qui fonde ma démarche est le bannissement de tout procès au patriotisme. Il est fort regrettable de constater la récurrence dans le débat sociopolitique guinéen, du procès au patriotisme. Pendant que les uns délivrent le brevet de patriotisme, les autres confectionnent la carte d’honorabilité démocratique. Avec une idée démocratique tantôt dogmatique, tantôt étriquée, simplement au gré de leurs seuls intérêts partisans et de courte vue.

Qu’est ce que c’est que ce procès insipide au patriotisme ?
D’ailleurs, comment définit-on un patriote guinéen ?
Est-ce celui qui est proche des « Forces vives » comme l’air du temps l’imposerait ?
Est-ce celui qui supporte le CNDD ?
Ou alors le patriote serait le guinéen qui vit en Guinée ?
Sauf si c’est plutôt un guinéen qui ne voit la Guinée qu’à travers lui-même ?
Foutaise !
Comment reconnait-on un patriote dans un pays où toutes les structures sociales, politiques et administratives, ont à un moment ou un autre fourvoyé leur respective légitimité substantielle ?
Comment définit- on un patriote guinéen, quand ce pays n’a rien réussi à donner à ses fils et filles (et inversement) comme valeurs et principes politiques fondateurs ?
Pour être patriote, il faut une philosophie de patrie. Celle de la Guinée, où est-elle ?
Mon propos n’est pas de porter un jugement de valeur sur le concept de « patriotisme ». Il se situe dans le fait que, pour juger, il faut des normes de référence. Où se trouvent celles de la Guinée ?

Je ne parle pas de ces formalistes normes juridiques (Constitution, Lois, règlements) que la quasi-totalité des guinéens violent facétieusement avec une innocence déconcertante. L’anormalité devient la normalité. Et pour chaque guinéen, la loi est faite pour « l’autre », le « méchant autre », mais jamais pour lui.

Comment peut-on être, dans un pays dans lequel la violation massive et quotidienne des lois est un sport national, si prompt à des procès au patriotisme ?
En Guinée, il y a des guinéens trop corrompus et des guinéens trop corrupteurs. Et l’addition est explosive !
Il n’est pas sûr que l’intérêt de la question guinéenne se trouve dans le sentimentalisme politique, aimer ou ne pas aimer son pays, sa Patrie.

Je n’ai jamais adhéré à ce genre de discours simpliste et partiellement déresponsabilisant. Pour aimer une Patrie, encore faut-il qu’elle existe, qu’elle soit en mesure de mériter cet amour. Ce qui relève d’un travail en amont pour la construction d’une société politique responsable.

Un sérieux travail intellectuel (je n’utilise jamais ce concept comme un « excluant », mais comme un appel à l’esprit et à la raison de tous les guinéens, dans un rapport cohérent et ouvert) auquel la Guinée et les guinéens ont souvent et toujours préféré les discours, les incantations, les moralismes, et les mimétismes décalés et sans mise en perspective politique et intellectuelle.

Pour faire un procès au patriotisme, il faut d’abord avoir une Patrie (dans son sens profond) et pouvoir se prévaloir d’un environnement sociopolitique et économique et administratif où le respect de la norme demeure le reflexe naturel et la règle générale.

D’ici là, pour l’intérêt et la profondeur du débat, aucun guinéen ne doit s’arroger le titre, ni le droit de traiter d’autres guinéens d’être plus ou moins patriotes. Le débat doit rester un débat de divergences politiques ou intellectuelles. Et rien d’autre !

En outre cette posture est inutile, car elle ne fait guère avancer le débat, et dangereuse parce qu’elle clive les guinéens.
Pour ce qui est de mon cas, je me défends de porter un tel procès contre un compatriote. Quel qu’il soit !

Enfin mon troisième principe est celui de la clarté du positionnement et de la démarche.
Bien évidemment, la frontière entre l’objectif et le subjectif n’est pas toujours évidente. Mais il est constamment recommandé pour tout analyste qui se voudrait neutre et objectif d’en faire un souci permanent. D’avoir toujours à l’esprit que tout travail qui veut prétendre au statut intellectuel se doit d’exiger de la rigueur et de l’objectivité. Une objectivité qui implique d’aller s’il le faut à l’encontre de ses propres intérêts et de ses propres affinités.

Pour ma part, sans jamais prétendre à une quelconque vérité absolue, je m’efforce dans mon exercice d’analyse de la situation guinéenne et de la transition, d’être le plus impartial et le plus objectif possible. Faisant ainsi en sorte que mes défauts probables, si défauts il y a, soient dans mes opinions intellectuelles en substance et non dans la partialité et la subjectivité de leur expression.

Il n’est point question pour ma part de nier toute possibilité de subjectivité. Mais plutôt de la contenir ou, à chaque fois qu’elle se manifeste, de la mettre à l’épreuve de la rigueur intellectuelle et de l’intérêt général.

C’est pour cette raison que pour ma part, je ne suis pas favorable à la théorie de l’affrontement politique. Une théorie qui apparaît comme la conséquence logique d’une lecture subjective et partisane de la situation guinéenne.

Ceci à certaines conditions toutefois :

- Que le CNDD demeure neutre et impartial et qu’il agisse loyalement pour mener à bien cette transition si capitale pour le peuple de Guinée.
- Que l’élection libre et totalement transparente reste comme l’aboutissement naturel et incontournable de cette transition.

- Enfin, qu’aucun membre du CNDD ou du gouvernement ne soit candidat aux élections à venir.

Une fois clarifiés ces préalables fondamentaux, je reviens sur les polémiques soulevées pour la mise en place du conseil national de la transition (C.N.T).

- Le premier sujet de polémique est lié au rôle du C.N.T.
Organe consultatif ou législatif, tel semble être le débat.
On accuse d’emblée le CNDD de vouloir torpiller et saborder le conseil national de la transition. On l’accuse même de dérive dictatoriale. Accusation à mon sens excessive et inappropriée.

Ma première interrogation est la suivante : pourquoi perdre son temps à faire ces procès d’intentions et à lancer tous ces anathèmes, quand il y a bon nombre de sujets sur lesquels on peut légitimement critiquer le CNDD pour faire avancer positivement les choses ?

Car, sur cette question du rôle qui devra être dévolu au C.N.T, les deux possibilités demeurent possibles, et chacune avec sa logique et sa lecture de la transition.

A mon sens, le choix d’un statut consultatif est plus logique, plus cohérent et plus souhaitable qu’un statut législatif qui m’apparaît plus illogique, moins cohérent et plus risqué.

· Première possibilité : le C.N.T est un organe consultatif.

A priori, il n’y a rien d’antidémocratique à ce que le C.N.T soit un organe consultatif.

Dans ce cas de figure, au delà de sa réalité normative, la légitimité démocratique de cet organe résultera aussi de l’intérêt effectif de son existence, de la réalité de son rapport avec le CNDD et le gouvernement, de la force et de la qualité de ses membres, de ses avis et de ses propositions.

Le mérite de ce choix réside dans le fait qu’il érige implicitement et légitimement le peuple en organe suprême de dernier recours sur toutes les questions fondamentales de la Guinée, au delà du fait qu’il facilitera une collaboration consensuelle et responsable.

Ainsi, il devra être mentionné dans l’ordonnance qui instituera le C.N.T, qu’en cas de désaccord profond sur une question entre le CNDD et le CNT, il reviendra au peuple de le trancher en dernier ressort, puisque, aucun de ses deux organes ne peut se prévaloir objectivement d’une légitimité suffisamment démocratique, ni d’une représentativité politique et sociale formellement et substantiellement démocratiques.

En outre, c’est le statut consultatif qui correspond le mieux à cette période de transition.

Car, ce choix ne sera pas contradictoire avec la volonté d’aller le plus vite possible vers une sortie effectivement démocratique de la transition, sans précipitation, ni grand risque d’affrontement.

On peut évidemment apporter quelques éléments d’amélioration à un CNT consultatif.

Notamment en lui donnant aussi le pouvoir de faire des propositions sans avoir été préalablement saisi par le CNDD. Ceci à la suite d’un vote libre, transparent et secret.

On peut aussi, sur certaines questions fondamentales, exiger un avis conforme du CNT, et à défaut demander le renvoie au peuple…lors du référendum général.

A t- on le droit de penser et d’exiger qu’en cette période de transition, aucun choix fondamental relatif au destin politique, social et économique, ne sera fait sans demander clairement et formellement l’avis du peuple ?

Cette période de transition doit surtout permettre au peuple d’avoir une lisibilité et une compréhension de toutes les problématiques et de tous les enjeux auxquels il fait face, pour une meilleure expression de son choix démocratique.

Dans cet objectif on peut accorder au CNT le statut du lieu officiel du débat relatif aux reformes constitutionnelles et institutionnelles, avant de solliciter l’avis du peuple.

Dès lors, il est caricatural de comparer le choix consultatif à une non démocratie et à une volonté autoritaire et totalitaire.

Il vaudrait mieux enrichir le statut consultatif et le fonctionnement du CNT, que de vouloir inconséquemment en faire un organe législatif.

Il revient au final aux membres du CNT de faire preuve de caractère, de liberté, d’indépendance et de responsabilité historique.

Enfin, il convient de signaler que ce débat statutaire est aussi la conséquence d’un manque de projets clairs et perceptibles propres au CNDD pour la durée de la transition.

Il aurait été souhaitable et utile que le CNDD établisse et propose au pays son propre chronogramme détaillé de la transition avec toutes les étapes et tous les objectifs recherchés. Celui-ci aurait pu servir de premier document de dialogue et du travail avec toutes les parties prenantes. Cela n’a pas été fait, et ce fut une erreur politique.

Même pour une période de transition qui par définition est courte, gérer un pays demande d’avoir une vision politique, de l’établir et de convaincre de son utilité pour la nation à construire.

Sans son propre projet de transition, le CNDD s’est politiquement et stratégique enchaîné aux « Forces vives » qui, il fallait s’y attendre défendent leur propre projet de transition avec stratégies.

Position quelque peu schizophrénique du CNDD, qui demande aux « Force vives » de lui proposer un chronogramme de la transition, sans avoir préalablement établit le sien, se mettant ainsi en position de devoir accepter le projet proposé, alors même qu’il ne lui était pas interdit d’en rechercher, étudier et d’en établir un autre.

Il n’est pas trop tard pour le CNDD de se faire comprendre des guinéens, toujours dans la logique du respect du pacte établit en décembre 2008, pour assumer, dans le dialogue, son autorité et sa responsabilité dans la transition.

Car, la transition, c’est le CNDD qui en a la charge politique. Il le faut assumer assumer ses choix programmatique dans le respect du pacte avec le peuple.

C’est pourquoi, pour ma part, je préfère un CNT consultatif et non un CNT législatif source de confusion d’autorités dans cette période qui n’en a guère besoin.



· Deuxième possibilité : le C.N.T est un organe législatif

J’affirme ici très clairement, pour ma part, que je suis opposé à la mise en place d’un C.N.T au rôle législatif.

Je ne prétends absolument pas à une vérité absolue, mais j’ai des raisons précises qui me conduisent à faire le choix de cette position.

Tout d’abord, je trouve étonnant l’attitude des « Forces vives » qui consiste à vouloir s’ériger en représentant exclusif et législatif du peuple. Ce qui n’est point leur rôle !

La situation sociopolitique guinéenne est particulièrement caractérisée par les symptômes singuliers d’une disjonction entre les légitimités formelles et les légitimités substantielles.

Autrement dit, quand les légitimités supposées et revendiquées ne collent pas avec les représentativités sociales et politiques nécessaires, le système s’enrouille et fini par exploser.

Il ne s’agit pas de nier une certaine légitimité des partis politiques et de la société civile, mais de leur donner leur juste valeur afin d’éviter qu’elles se prétendent l’incarnation exclusive du peuple et de légiférer en son nom.

Qui peut nier les interrogations qui demeurent quant à la composition, aux missions et au fonctionnement des « Forces vives » ?

Disons le d’emblée, la légitimité des partis politiques souffre, il faut le dire d’une certaine vacuité sociopolitique et fonctionnelle.

Pour les autres structures des « Forces vives » les choses ne sont pas meilleures (à l’exception relative des syndicats qui sont par définition des organes corporatistes et professionnels).

Pourquoi choisir telle association plutôt qu’une autre ? Quelle est la réalité de l’implantation de telle ou telle autre association sur le territoire national ? Quelle est ou a été l’utilité publique de telle ou telle association ? Quelle est leur représentativité réelle au sein de la société guinéenne ?

On peut aussi s’interroger sur les limites de cette confusion « organique permanente » de la société civile avec les formations politiques. Alors même que par essence, par finalité et par prudence, la société civile se doit de garder sa liberté et son indépendance critiques et constructives.

Il est bien sûr normal et même souhaitable que sur certaines questions et à certains moments, des partenariats et des accords soient possibles.

Mais une vérité reste tenace : les partis politiques légitimement, sont toujours dans la logique de la conquête du pouvoir. Ce qui implique stratégies, plans, arrières pensés et concurrence politique, au point quelques fois de donner l’impression de vouloir laisser au second plan l’intérêt général.

La société civile comme une des figures et d’expressions du peuple, se doit elle de se placer dans une logique qui va bien au delà de la subjectivité et de la superficialité politiques, sans pour autant se définir comme le représentant législatif du peuple.

Puisque, aucun acte de ce genre, de la part du peuple guinéen, n’a été démocratiquement et manifestement posé.

La vaillance, le courage et la bravoure de la société civile et des partis d’opposition dans le combat contre le régime de Conté, est profondément respectable, mais insuffisants pour faire d’eux les représentants démocratiques du peuple.

En disant cela, vous risquez les procès en courtisanerie du CNDD, et en manque de qualité démocratique. Et si par malheur vous êtes en plus résidents à l’étranger, vous serez par ailleurs frappés d’illégitimité sociale et politique. Pendez-moi !

Et surtout, les dramatiques évènements de février 2007, s’ils ont permis à certain(e)s de faire oublier leurs années de complicité passive et active avec l’ancien régime, ne leur donne pour autant aucune légitimité démocratique pour se poser en incarnation exclusive du peuple de Guinée, ni pour légiférer en son nom. Quel honneur dis-je. Pendez-moi !

Par ailleurs, avoir ou être dans un parti politique, avoir ou être dans un syndicat ou une association, ne fait pas de quelqu’un ou d’un groupe, le représentant du peuple au point de vouloir se poser en législateur.

Si les partis politiques de par la Constitution sont légaux et légitimes par enchaînement conséquent et par supposition, personne en Guinée, sauf à avoir la mauvaise foi, n’ignore la déficience de leur représentativité, l’épuisement et la fragilité de leur légitimité supposée.

Dire que la plupart des partis politiques guinéens n’ont sur le plan interne aucun fonctionnement démocratique sérieux, qu’ils sont globalement clientélistes, que l’argent reste l’élément central de la majorité des (faux) engagements militants, et qu’ils travaillent sérieusement très peu sur le fond des problématiques sociales, politiques et économiques de la Guinée, serait un crime de lèse-majesté. Pendez-moi !

Dire que de nombreuses associations, y compris certaines de celles qui composent les « Forces vives » sont souvent déficientes en représentativité légitime et qu’elles incarnent quelque fois l’élitisme bourgeois qui invente sa légitimité au creux des bonnes intentions et du moralisme politique et qu’elles pensent souvent, comme les formations politiques d’ailleurs, à la place du peuple au lieu de l’associer à la réflexion et à la recherche des solutions, serait une forfaiture aux yeux de cette élite prétentieuse et abîmée. Pendez-moi !

Dire que les « Forces vives » sont inconséquemment trop pressées d’aller aux élections, fera automatiquement de vous le suppôt du diable, l’antidémocrate et l’ennemi du peuple guinéen. Alors pendez-moi !

Dire que l’élite politique, administrative et économique guinéenne, en tout cas jusqu’aujourd’hui, a été le parfait complice du chaos guinéen et qu’elle est structurellement un obstacle à la construction de la démocratie guinéenne, vous fera mériter l’enfer. Pendez-moi avant !

J’entends déjà les partis politiques et certaines structures de la société civile crier au scandale contre ceux qui osent mettre en doute leurs pleines légitimités et représentativité démocratiques. Je mérite la guillotine alors !

Il est d’ailleurs préoccupant qu’en Guinée, toute critique des partis politiques et de la société civile, toute chose naturelle et légitime ailleurs et qui devrait l’être encore plus en Guinée aujourd’hui quand on connaît la réalité sociale et politique, le clientélisme, le manque de transparence et de démocratie de ces mêmes structures, devient un passeport qui fera de vous un soutien du CNDD, un imposteur, un antidémocratique, un adulateur et je ne sais quoi d’autre. Si susceptibles dans l’opposition, comment réagiront- ils une fois au pouvoir ? Au poteau Mr Diaby !

Soyons un peu sérieux !

Que ceux qui croient qu’on pourra construire du neuf avec des vieux réflexes et des vieilles pratiques se prépare au désenchantement.

Il n’y aura pas de construction d’une démocratie solide et utile en Guinée sans passer par la mise en critique constructive des partis politiques, de la société civile, des médias et même de certains comportements populaires, ainsi que de leurs respectives légitimités substantielles et fonctionnelles.

La somme des partis politiques aux bases ethniques ne fait pas la Guinée, la Guinée n’est pas et ne doit pas être la somme des ethnies, ni des structures ethniques, la Guinée doit être simplement la somme des guinéens, comme citoyens.

Ce n’est donc pas parce qu’on retrouve, vu le nombre des partis politiques, des partis de tout groupe ethnique, que leur ensemble fait une représentativité démocratique souhaitable.

Ensuite, je m’interroge sur le fonctionnement et l’utilité d’un CNT comme organe législatif.

Comment fonctionnera t-il dans un schéma institutionnel déjà confus ?

Quelle utilité aura t-il dans une période de transition qui par définition sera courte et gouvernable par ordonnance (dans le respect des libertés et droits fondamentaux) jusqu’au rétablissement de la légalité constitutionnelle ?

Pourquoi donc un organe législatif et pour quelles législations ?

Que se passera t-il si le CNT refuse de voter un projet transmis par le CNDD ? Affrontement !

Que passera t-il si le CNT vote une loi qui n’a pas le soutien du CNDD ? Affrontement !

Que faire si le gouvernement est en désaccords avec le CNT ? Affrontement !

Quelle place et quel rôle pour le gouvernement ? C’est le flou !

Quel sera le rapport entre le CNT, le gouvernement et le CNDD ? Vive la confusion !

C’est en répondant à ces questions que chacun pourra avoir une idée claire des enjeux et des logiques qui nourrissent ce débat et les arrières pensés de chaque partie prenante.

Ceux qui par exemple définissent le CNT comme un contre pouvoir ont bien sûr une perception politique et stratégique du fonctionnement et de l’utilité de cet organe.

Ils ont leur cohérence. Mais c’est une option inappropriée et périlleuse.

Le temps de l’affrontement démocratiquement politique viendra. Le temps actuel doit être celui de la négociation, du consensus et du compromis fonctionnel et décisionnel. Pour le bien de la Guinée. C’est justement ce que je souhaite.

Non pas que je veuille laisser tout le pouvoir entre les mains du CNDD, mais parce que je pense que dans cette période de transition si fragile, et si imbibée d’incertitudes, les confusions institutionnelles, les postures d’opposition et d’affrontement institutionnels et politiques seront plus nuisibles que constructives.

On a suffisamment de choses importantes à faire actuellement en Guinée, que de se doter d’une autre usine à gaz institutionnelle et fonctionnelle, avec un cadre général déjà complexe et flou.

Faire du CNT un organe législatif n’est donc, ni juridiquement, ni politiquement, ni techniquement nécessaire.

Le choix d’un statut législatif pour le CNT n’est pas juridiquement nécessaire, parce qu’il est suffisant pour cette période de transition, de gouverner par ordonnance, tout en respectant les droits fondamentaux du citoyen et de la personne humaine. On pourrait aussi lors de la reforme constitutionnelle inscrire dans la nouvelle Loi Fondamentale que les ordonnances prises en période de transition devraient, si cela est nécessaire, être conformes à la Constitution. Cela aussi bien dans leur sens formel (distinction entre le domaine de la loi et celui du règlement) que substantiel.

Le choix d’un statut législatif pour le CNT ne sera pas politiquement utile, parce qu’il recèle en lui une optique d’affrontement politique qui n’est pas souhaitable en cette période de transition. Il n’y rien de plus politique que faire la loi. C’est un choix stratégique pour toute entité politique et sociale.

Le choix de cette logique de confrontation possible dans une période qui doit surtout être caractérisée par le compromis et le consensus, est fort risqué pour la réussite de cette transition. Il est conseillé d’améliorer le statut consultatif sans pour autant opter imprudemment pour un statut législatif.

Le choix d’un statut législatif pour le CNT sera techniquement périlleux, parce que cet organe viendra s’ajouter aux deux autres organes aux relations déjà confuses. A savoir le Gouvernement et le CNDD. Et comment faire avec un autre organe supplémentaire et de surcroît législatif ?

Cette confusion institutionnelle n’est guère propice à un travail serein et efficace.

Ce débat donne l’occasion de souhaiter certaines clarifications des institutions de la transition : Il faut clarifier le rôle du CNDD en lui procurant des structures de fonctionnement adéquates, intelligibles et transparentes.

Il faut aussi refaire un gouvernement de transition dans lequel il n y aura plus aucun militaire, et qui sera composé de cadres, techniciens et intellectuels honnêtes, propres et sans aucun engagement politique partisan.

Il faut mettre en place, afin d’éviter toutes ces confusions institutionnelles néfastes, un cadre de collaboration entre ces structures, sous la direction du Chef de l’Etat.

C’est pourquoi, il n’est pas nécessaire du faire du CNT à naître un organe législatif.

Il sera source de confusion institutionnelle supplémentaire et pénalisante. Il ne sera ni structurellement, ni substantiellement représentative du peuple guinéen. Il deviendra le lieu inapproprié d’affrontements partisans ou d’arrangements complices.

L’autorité « légitime » de cette transition demeure le CNDD. Si la transition réussie, ces membres en auront la fierté et la prétention historique. Si elle échoue, ils seront les premiers responsables. A chacun de prendre sa responsabilité. Chacun dans sa fonction avec l’autorité et la responsabilité qui s’y rattachent !

Enfin, le souhait d’un CNT comme organe législatif sera aussi l’expression de la volonté des « Forces vives » de priver le peuple guinéen de son inaliénable et légitime liberté et droit de choisir sa Constitution et son modèle institutionnel.

Ainsi, comme l’ont affirmé les « Forces vives » dans leur document officiel, il n’est pas nécessaire et utile d’organiser un référendum pour entendre le peuple guinéen, le CNT fera le travail technique sur ces reformes, et le Président du CNDD et de la République les avalisera par ordonnance…y compris hélas, les reformes constitutionnelles.

Une telle hypothèse serait un véritable déni démocratique, un mépris pour le peuple Guinéen et une grave erreur politique et sociale pour les « Forces vives » le CNDD et les partenaires étrangers qui la soutiendront.

Le CNT en tant qu’organe consultatif et de propositions, peut et doit même être un lieu de débat sur toutes ces questions. Mais, est c’est un principe qui doit être non négociable pour les guinéens, les principales reformes constitutionnelles et institutionnelles doivent être soumises au référendum.

D’ailleurs, de la part des « Forces vives », je réclame un peu de cohérence. On ne peut pas crier au manque d’indépendance et de démocratie quand le Président de la République décide de nommer les membres du CNT par ordonnance, et se prétendre démocratique en demandant à ce même Président d’adopter des reformes constitutionnelles par ordonnance.

Autrement dit, les membres du CNT, et surtout ceux qui viennent des « Forces vives », sont suffisamment importants pour ne pas mériter une désignation par ordonnance présidentielle, alors que l’avis et le choix du peuple de Guinée peuvent être remplacés par une ordonnance Constitutionnelle.

Qu’on se le dise ici, les « Forces vives » à mon sens font fausse route, notamment sur la question du référendum, de la date des élections et du statut du CNT.

Le peuple est souverain. Ceci n’est pas un simple slogan de campagne, mais l’élément fondateur de toute société démocratique.

Les guinéens ont le droit et même le devoir de critiquer aussi bien le CNDD que les forces vives, en premier lieu les partis politiques. C’est le prix de la démocratie !

Au nom de quoi et de qui les « Forces vives », et en premier lieu les partis politiques s’auto investiront en représentants exclusifs et démocratiques d’un peuple qui n’a jamais pu s’exprimer démocratiquement pour désigner ses représentants ?

Et au nom de quoi faut-il leur signer un cheque en blanc pour organiser à leur guise le déroulement de la transition ?

Comment imaginer écarter le peuple d’un moment si important pour son destin ?

La future démocratie guinéenne a tout à perdre et rien à gagner en ne demandant pas au peuple de participer à ce moment historique.

Comment espérer responsabiliser individuellement et collectivement les guinéens, si on ne prend même pas la peine de demander leur avis sur des choix qui les concerne en premier chef ?

Les histoires politiques se font avec les peuples !

La démocratie guinéenne se fera avec le peuple guinéen, ou ne se fera jamais !

- Le deuxième sujet est celui de la composition du conseil national de la transition

Je précise d’ailleurs que j’ai eu déjà l’occasion de défendre l’idée de séparer les membres nommés par l’exécutif, des membres politiques, sociaux et associatifs démocratiquement choisis par leurs structures respectives.

Donc, l’idée d’une désignation par les « Forces vives » de leurs propres représentants au CNT ne me paraît guère inconcevable. Mais laisser entendre que celles ci devraient ou pourraient choisir tous les membres du CNT, me paraît absurde, insensé et complètement injustifié.

C’est surprenant de voir les gens faire des analyses comme si on vivait une période tout à fait ordinaire et normale. Faisant mine ainsi d’oublier que nous sommes en période de transition, donc de reconstruction des légitimités…y compris celles de toutes les « Forces vives » du pays, notamment les partis politiques.

Car, s’il n’y avait aucun problème de légitimité et de représentativités effectives des acteurs institutionnels, politiques et sociaux de la Guinée, on n’en serait pas là aujourd’hui.

La situation politique guinéenne est donc aussi la mise en faillite généralisée de toutes les légitimités de principe, quelles soient politiques, administratives, économiques et sociales.

Oublier cela, c’est faire preuve d’amnésie intellectuelle et politique.

On dit qu’il n’est pas normal que ce soit le Président qui désigne par ordonnance les membres du CNT.

En période normale peut être, surtout si ledit organe est sensé comme le souhaitent inconséquemment certains, jouer le rôle d’un organe législatif.

Sauf qu’on n’est guère dans une période normale. Et c’est d’ailleurs cette anormalité existentielle et fonctionnelle persistantes qui ont conduit notre pays dans l’impasse.

On ne peut pas dire que le CNDD jouit d’une légitimité démocratique parfaite.

Formellement, celui-ci a acquis le pouvoir par un mécanisme extra-normatif (en dehors de tout processus constitutionnel de conquête de pouvoir). C’est un coup d’Etat.

Mais c’est un coup d’Etat singulier, car il fut soutenu et défendu par le peuple. Ce qui lui procura une certaine légitimité sociopolitique.

D’ailleurs, comment ceux là même qui hier, ont contribué à l’anéantissement de toute idée de norme suprême, peuvent aujourd’hui exiger le respect de celle-ci?

Comment plaider le respect d’une Constitution qui n’a auparavant jamais été respectée ?

Le CNDD a la lourde et impérieuse taches de contribuer à la construction d’un environnement démocratique qui fait tant défaut à la Guinée.

D’ici là, les choses sont ce qu’elles sont.

L’ancien régime ayant tout fait avec constance pour détruire ce qu’il y avait d’Etat en Guinée, a malmené le pouvoir et a méprisé le peuple et l’idée d’Etat de telle sorte, que tous les lieux de pouvoirs en étaient vides de celui-ci.

On a donc vu en Guinée s’affronter la légitimité juridique et la légitimité politique (sociale).

La dernière emportant sur la première. C’est la conséquence pratique de l’histoire politique guinéenne.

Et la légitimité du CNDD se trouve dans cet aval implicite mais socialement manifeste.

Si le CNDD a pu s’installer au pouvoir c’est parce qu’il a bénéficié d’un soutien populaire manifeste, et donc d’une représentativité politique au sein de la population.

Au CNDD d’en être digne et de ne pas trahir le peuple de Guinée.

Sur ce point, on perçoit encore une autre incohérence de certains politiques.

Ceux là mêmes qui se sont opposés à juste raison à la mise en œuvre de la légitimité juridique (procédure constitutionnelle de remplacement du Président défunt…), pour choisir la légitimité politique et sociale que le peuple a spontanément accordé au CNDD, font semblant aujourd’hui, puisque cela leur concerne, de confondre ici et de séparer là légitimité démocratique et représentativité démocratique au gré de leurs intérêts.

Oubliant qu’en réalité, c’est cette discordance entre le juridique et le politique (avec son substrat social) qui est le point culminant de notre carence démocratique et le tombeau prévisible de toutes les démocraties.

Une leçon à méditer pour les responsables politiques et leurs partisans qui se croient représentatifs parce que normativement légitimes.

Je profite aussi de l’occasion pour rappeler au CNDD cet aspect historique si important et si nécessaire à l’adoption d’une gouvernance neutre, modeste et démocratique.

Sa légitimité sociopolitique est à la fois forte et fragile. Elle demeure forte tant que le peuple lui accordera sa confiance. Elle s’écroulera lorsque le CNDD s’écartera du pacte conclu avec le peuple. Cette légitimité qui le fonde doit être chaque jour justifiée par ses choix et ses actes.

Le CNDD doit notamment travailler dans l’intérêt général avec objectivité et impartialité requises. Poser les bases d’un Etat viable, sérieux et démocratique. Contrôler et discipliner une armée qui, au lieu d’être un bienfait pour le peuple en est devenu son pire cauchemar.

Et enfin, ne pas se présenter, conformément à sa parole donnée, dans une compétition pour l’organisation da laquelle il a joué le rôle d’arbitre impartial.

Ces exigences n’empêchent pas pour autant le CNDD d’assurer sa responsabilité en faisant et en assumant des choix qu’il considère comme honnêtement et sincèrement, sans arrières pensés politiques partisanes, nécessaires pour la réussite de cette transition démocratique et bénéfique pour la Guinée.

C’est dans cette logique globale que la question du CNT doit être appréhendée.

Notamment son statut et sa composition.

Pour ce qui est du choix des membres du CNT, deux hypothèses semblent se dessiner.

Soit, c’est le Président de la République qui le fait par ordonnance, soit comme le suggéreraient les « Forces vives », cela leur revient de droit.

Là aussi, que de dogmatisme démocratique et de petites stratégies politiciennes.

Car, en théorie, il n’est point antidémocratique que le Président nomme par ordonnance les membres du CNT. C’est le contenu et ce qu’on en fera qui détermineront la suite.

Ce simple fait en soit n’est pas caractéristique de leur manque d’indépendance.

Car, sauf à s’embourber dans une conception très classique et très formaliste de l’indépendance, le rapport entre mode de désignation et indépendance ou dépendance n’est pas toujours évident.

Et en Guinée, on devrait être au courant de ce possible décalage.

On avait une Assemblée Nationale « élue » par le peuple (nous dit-on…), sa dépendance excessive et son irresponsabilité politique ont contribué au chaos que la Guinée connaît.

La question de l’indépendance est beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît.

L’aspect normatif est évidemment indispensable. Mais cet aspect, n’est pas suffisant. D’où les désillusions ont combiné l’irresponsabilité individuelle et collective et la volonté délibérée des institutions d’ignorer les normes fondatrices et fonctionnelles existantes.

La question de l’indépendance des organes a en réalité d’autres ressorts non moins importants. Elle dépend aussi de la qualité et de la dignité des hommes et des femmes qui incarneront l’institution en question.

C’est dans le principe de responsabilité, de liberté d’opinions, et d’efficacité individuelles et collectives qu’on retrouve ces ressorts.

Si chaque membre du CNT pense qu’il n’est pas et qu’il ne doit pas, pour défendre l’intérêt général, être susceptible de dépendance uniquement politicienne et partisane, et qu’il se comporte en conséquence, il contribue par la même à consolider les bases de l’indépendance et de la légitimité de l’institution qu’il incarne.

Si collectivement, qu’ils soient nommés par ordonnance ou pas, les membres du CNT se voient, se vivent courageusement comme étant éthiquement et politiquement indépendants de toute influence partisane qui nuirait à la crédibilité et à l’efficacité de leur mission d’intérêt général, l’institution sera indépendante.

Un principe constitutionnel, et la Guinée en sait quelque chose, sera allègrement bafoué si ceux et celles qui sont sensés l’incarner ne le défendent pas avec courage, dignité et conviction.

Pour une démocratie la normativité est certes indispensable mais elle n’est jamais suffisante pour assurer sa propre garantie et sa propre pérennité. Elle dépend aussi de l’éthique et du sens de la responsabilité de tous et de chacun.

La notion d’éthique et de responsabilité sont aussi des caractéristiques philosophiques de la de l’idée de démocratie.

C’est pourquoi, l’idée que les membres du CNT soient désignés par les « Forces vives » me paraît excessive et inappropriée. Pour leurs propres représentants au CNT, cela peut se concevoir.

Au delà, ce serait inacceptable, tant sur le fond que sur la forme.

De quelle légitimité démocratique claire et effective ont-elles pour pouvoir non seulement désigner tous les membres du CNT, surtout un CNT avec des pouvoirs législatifs ?

Au nom de quoi les « Forces vives » peuvent avoir la compétence de leur propre compétence ? Car c’est en définitive ce que cela impliquera.

Sur quelles bases et avec quels critères choisiront- elles les membres du CNT ?

Les « Forces vives » n’ont aucune légitimité, ni autorité pour être investies comme l’autorité compétente pour le choix des membres du CNT.

Pour la désignation de leurs propres représentants, si la chose paraît concevable, demeure toutefois peu aisée.

Comme tout le monde le sait, personne ne peut évaluer l’assise et le poids politiques réels dans la société guinéenne de chacune des formations politiques, ni la représentativité réelle des acteurs de la société civile ; encore moins si leur fonctionnement interne répond aux critères démocratiques nécessaires.

N’ayant jamais eu d’élections démocratiques en Guinée, comment faire pour évaluer ce poids politique pour une bien meilleure représentation de tous dans le CNT ?

Sauf à supposer, au prix du désastre ô combien symbolique et politique, que leur poids politiques seraient mesurables en fonction de leur supposée assise ethnique, de la célébrité de leurs têtes d’affiches ou du poids de leurs comptes bancaires respectifs.

Par ailleurs, comment faire la différence entre les anciens et les nouveaux partis politiques ?

Dernière interrogation, comment seront désignés à l’intérieur des composantes des « Forces vives », ceux qui seront membres du CNT ?

Est ce toutes ses structures prises singulièrement (partis politique, syndicats et associations, etc.…) doivent être représentées ?

Ou est ce que ce sont simplement les porte paroles déjà désignés ? Dans ce cas, pourquoi estimer insuffisant le nombre de places qui leur a été attribué ?

Ce nombre est effectivement insuffisant si on le met en corrélation avec le nombre des structures politiques, associatives et syndicales qui forment les « Forces vives ».

Mais alors imagine t-on que chacune de ces structures devrait avoir un ou des représentants au futur CNT ?

Cela reviendrait à considérer, sauf à augmenter considérablement et inutilement le nombre de places, que la Guinée ne réside désormais que dans les « Forces vives ».

Ce qui serait une véritable méprise politique, sociologique et démocratique.

Dès lors, la seule solution envisageable serait d’une part, à défaut de ne pas laisser le Président de la République procéder au choix de tous les membres, de déterminer le nombre de sièges attribués aux « Forces vives » et de leur laisser le soin de leur désignation interne ; et d’autre part, de faire une distinction entre les membres librement choisis et nommés par le Président de la République et les membres démocratiquement choisis par leurs structures respectives avant d’être soumis à la validation (automatique) du Président.

Avec cette conséquence qu’en cas de désaccord profond et persistant, le choix final devra être fait par le Président et par ordonnance.

Il serait extrêmement dommageable pour la Guinée que les « forces vives » deviennent à certains égards un obstacle à l’élargissement du cercle de discussion nationale et l’enrichissement des sujets relatifs aux débats qui intéressent les guinéens, en se posant comme l’unique représentant légitime du peuple Guinéen.

Je leur conseille par exemple de demander que dans l’ordonnance il soit inscrit l’immunité juridique de tous les membres du CNT.

Que personne ne soit inquiété pour ses déclarations, ses votes ou ses prises de positions.

L’ordonnance de mise en place du CNT doit garantir formellement la liberté et l’indépendance des membres de celui-ci.

Je leur conseil aussi de demander la publication intégrale sous toutes formes appropriées, des avis émis par le CNT, leurs propositions et leurs débats.

Toutes ces questions méritent un débat dépassionné et extirpé de tout procès d’intention qu’il soit le fait du CNDD ou des « Forces vives ».

Pour finir, Je dois dire ici mon étonnement de voir tous ces donneurs de leçons démocratiques garder un silence gênant et suspicieux face à la présence des chefs religieux dans cet organe, alors même que nous nous disons et croyons laïques.

Quelle est la position des « Forces vives » sur cette question de la laïcité en Guinée ?

Que pensent –elles de la présence des religieux au CNT ?

Elles sont si démocrates qu’elles préfèrent dépenser toutes leurs énergies pour empêcher la présence de certaines catégories de la Guinée au CNT, au lieu de s’élever contre la présence des religieux dans cette même assemblée.

Loin de moi l’idée d’un jugement de valeur sur la religion. D’ailleurs, comment cela serait-il possible quand les deux concepts (religion et politique) ont une temporalité différente et des objectifs dissemblables, surtout quand on prétend à une politique démocratique ?

La religion n’est pas antidémocratique, elle est a-démocratique. Elle se situe en dehors de la démocratie.

C’est pourquoi, il m’apparaît incroyable que cette hypothèse de la présence des religieux au CNT ne choque presque personne, et ne mérite même pas débat.

Quel drôle de laïcité alors !

A mon sens, les chefs religieux n’ont pas leur place dans cette structure. Et leur donner cette place serait un égarement politique.

Car, je ne vois pas comment faire débattre dans un cadre institutionnel aux visées concrètes et rationnelles, ceux qui sont dans l’intemporel, dans la transcendance religieuse et dans la métaphysique (ce n’est pas un reproche, mais un fait !) avec ceux qui ont tout fatalement et tout banalement des soucis de ce monde si bas ?

Ni l’ordre, ni l’objectif, ni les moyens ne sont les mêmes.

Si la confusion entre religion et politique marchait, çà se saurait !

La laïcité est une des règles qui incarnent le plus l’idéal démocratique.

Son sens va au-delà du simple principe de la liberté religieuse.

La laïcité implique surtout la séparation de l’Etat et de religion. La séparation du politique et du religieux.

Ce sont ceux et celles qui ne comprennent pas le sens exact de la philosophie laïque qui la considère comme un ennemi de la religion.

La laïcité, dans son sens exact est bénéfique à la religion et au politique, car elle leur garantit à chacun une légitimité et une crédibilité indispensables à leur existence et à leur épanouissement.

Le principe de laïcité reconnaît et protège la liberté de conscience et de religion, mais exige aussi de l’Etat une indépendance et une neutralité à l’égard des confessions religieuses ainsi que de leurs exercices.

S’il n’est pas interdit de la part de l’Etat de prendre en compte ses propres données sociologiques, cela ne doit en aucun cas remettre en cause le principe de neutralité et de séparation exigés.

Or, tel est loin d’être le cas en Guinée.

La confusion politique en Guinée entre la religion et la politique est si forte et si persistante qu’elle devient préoccupante.

Avec son lot d’irrationnel, de fatalisme et d’irresponsabilité ravageurs.

Et personne pour crier courageusement haut et fort que cette liaison est dangereuse pour la politique et pour la religion. Elle détruit les fondements d’un Etat rationnel et démocratique et empêche de faire de la politique de façon saine et objective.

Elle empêche toute création d’Etat rationnel.

Elle décrédibilise et salit la religion qui dévient complice des méfaits politiques.

Elle dilue aussi le sens de la responsabilité politique et sociale, tant au niveau des individus que de la collectivité. En cessant de tenir Dieu pour responsable de nos irresponsabilités respectives.

Cette confusion sape enfin leur base légitime et crée un amalgame fâcheux pour la compréhension de l’ordre religieux et politique. Du temporel et de l’intemporel !

Cette période de transition doit être l’occasion pour les guinéens si généralement et si respectueusement croyants, d’avoir l’audace d’ouvrir ce débat.

Car à mon sens, il serait souhaitable d’en finir avec cette confusion et de placer chaque élément dans son ordre naturel et logique.

La politique est de l’ordre du temporel. La religion relève de l’intemporel.

La politique est une affaire publique. La religion est une affaire intime.

C’est une question de foi et d’intimité existentielle entre l’homme (ou la femme) et son Dieu.

Pour l’intérêt de la Guinée, les religieux doivent cesser de se mêler de la politique.

Les politiques doivent cesser de se mêler des questions religieuses, ce n’est pas leur rôle.

Tout le monde y gagnera. La politique et l’Etat leur légitimité rationnelle et objective.

La religion sa légitimité confessionnelle et transcendantale.

Et la démocratie qui en naîtra sera plus viable et plus effective.

Le débat doit être ouvert et chacun est libre d’avoir son opinion.

La mienne, d’opinion, c’est la séparation effective entre la religion et la politique.

Les conséquences de cette séparation seront entre autre :

- La disparition du gouvernement du Secrétariat aux affaires religieuses,

- L’exclusion des représentants religieux de toutes les structures de débat et de concertation politiques et institutionnels.

- Donner la possibilité à ceux qui le souhaitent, pour la libre expression et le plein exercice de leur foi religieuse, de pouvoir créer des cadres associatifs cultuels avec des moyens de financements adaptés et des mécanismes de collaboration adéquate avec les institutions publiques.

Si malgré tout, les guinéens jugent normal cette situation d’alliance néfaste à mon sens entre la Politique et la religion, alors qu’ils l’assument très clairement dans leur Constitution fondatrice.

Ils pourraient dans même le temps, faire leurs adieux à un Etat et un environnement social responsable et démocratique.

La Guinée vit aujourd’hui un moment crucial de son existence. Elle a l’occasion de renouer avec l’histoire et avec son destin.

Il revient à chacun d’œuvrer en conscience, loyalement et sincèrement pour la réussite de cette transition. Pour qu’en fin, le martyr de ce peuple cesse, et pour qu’il retrouve sa dignité et ses honneurs perdus.

Je souhaite que chaque citoyen guinéen, chaque responsable politique, chaque responsable syndical ou associatif, chaque chef religieux, en soit pleinement conscient…en parole et en acte.

Ceux et celles qui pensent tirer profit en affaiblissant l’autorité de transition, prennent un énorme risque.

Vu la situation préoccupante de l’armée, vu la fragilité sociale, vu l’environnement politique sensible et potentiellement conflictuel, tout affaiblissement stratégique du CNDD et de son gouvernement (qui je le répète doit exclure les militaires !) serait une faute politique grave.

Potentiellement, malgré quelques faits et discours condamnables sans ambiguïté, il y a plus d’espoirs avec cette autorité de transition qu’avec certains éléments de l’armée, de l’élite politique et administrative, qui étaient hier complices du régime de Conté et qui sont pressés d’en finir avec cette transition si frustrante et si angoissante pour eux.

Si cette transition échoue, le premier responsable désigné sera légitimement le Président de la République et président du CNDD, puisqu’ils sont officiellement l’autorité gouvernante.

Mais sachons le déjà, ce sera surtout un échec collectif et pour chacun un échec personnel.

Toute la Guinée en pâtira et le martyr de son peuple s’en sera qu’hélas plus grand.

Nous devons être capables de remettre un peu de doutes politiques et intellectuels dans nos certitudes respectives, pour espérer pouvoir construire quelque chose de nouveau et de démocratique, dans l’intérêt de la Guinée.

Une transition ratée, des élections ratées tant sur le fond que la forme, seront la porte ouverte à l’armée… !

Faisons une bonne fois un travail sérieux et utile pour l’avenir démocratique de la Guinée.

Je terminerai par cette citation des frères Karamazov relative à l’idée de responsabilité « Nous sommes tous responsables de tout et tous devant tous, et moi plus que les autres ». A méditer !

Monsieur Diaby Kalifa
Juriste. Chargé de cours à l’Université de Toulouse 1

Lire la suite

1 mai 2009

Business français et dictature guinéenne

La Guinée Conakry en Afrique de l'Ouest a connu un coup d'État en décembre 2008. Une junte militaire a pris le pouvoir dès l'annonce de la mort de l'ancien dictateur, Lansana Conté. À l'époque, la junte disait vouloir en finir avec la corruption, se proposait de juger ceux qui s'étaient illégalement enrichis, et se promettait d'organiser des élections libres afin de redonner le pouvoir à un gouvernement qui serait dirigé par des civils. Cinq mois après le coup d'État, on est loin du compte. La vie de la population n'a pas changé : c'est la misère pour le plus grand nombre. L'armée pille et commet des exactions en toute impunité.

L'armée guinéenne terrorise la population

Un récent rapport de l'organisation Human Right Watch dénonce les exactions commises par l'armée depuis le coup d'État. Les militaires multiplient les extorsions lors des contrôles d'identité embarquent les civils, les dépouillent. Ailleurs, les bérets rouges de la garde présidentielle ou les groupes de commandos d'élite, sous le prétexte de la chasse aux trafiquants de drogue ou aux criminels impliqués dans le trafic de faux médicaments, pillent les restaurants et dévalisent les cliniques médicales gérées par des ressortissants chinois, emportant tout, ordinateurs portables, argent liquide, télévisions, volent les voitures avec lesquels ils paradent dans la capitale. Là, d'autres militaires intimident les juges les armes à la main, passent à tabac les habitants d'un quartier pour mieux les rançonner. Lors du coup d'État de décembre 2008, l'Union Africaine et la plupart des pays d'Europe l'avaient condamné. La France, qui a de nombreux intérêts économiques dans le pays, a été la première à reconnaître et à soutenir le chef actuel de la junte, Moussa Dadis Camara.

La France, principal soutien des dictateurs guinéens

Si Sékou Touré s'était brouillé avec de Gaulle lors de l'indépendance dans les années 1960, Giscard d'Estaing renoua les relations diplomatiques et économiques avec le dictateur guinéen jusqu'à sa mort en 1984. Que Sékou Touré ait été un dictateur sanguinaire, faisant pendre publiquement ses ministres, massacrant la population quand elle se révoltait, ne gênait nullement la France ni les profits des trusts français, comme ceux de Péchiney qui à l'époque exploitait la bauxite. Même soutien politique et militaire au successeur de Sékou Touré, Lansana Conté, qui exerça un pouvoir sans partage de 1984 à 2008. Et enfin, soutien au dictateur actuel.

Les différents gouvernements français n'ont eu de cesse de protéger les intérêts des multinationales présentes dans le pays, dans le secteur pétrolier et gazier (Total), le secteur bancaire (BNP Paribas, Société Générale), les transports, la construction (Vinci), la gestion aéroportuaire (Adp), les télécommunications (Orange), sans oublier le groupe Bolloré. Voilà qui explique que la France ait été le premier pays occidental à reconnaître la nouvelle junte au pouvoir. Ces intérêts sont tellement puissants qu'un nouveau projet de loi concernant les rapports entre la France et la République de Guinée est en cours de discussion au Parlement. Selon le rapporteur de ce projet de loi, la France est le deuxième client et le troisième fournisseur de la Guinée. Mais ce que vise la France, ce sont, comme l'écrit le rapporteur, « les ressources naturelles exceptionnelles » de la Guinée, notamment « dans le secteur minier », avec l'exploitation d'importants gisements de bauxite.

Les centaines de morts lors des émeutes hier, les exactions quotidiennes de la soldatesque contre les populations civiles aujourd'hui, ce n'est pas tout cela qui va troubler Sarkozy et son gouvernement.


René CYRILLE

Source : Lutte Ouvrière n°2126 du 1er mai 2009

Lire la suite

30 avril 2009

Probable dérive de la junte militaire de Conakry

« Le CNDD [Note du blogueur : la junte au pouvoir] n’est pas une institution. Elle ne peut donc pas être légale, encore moins légitime. C’est une association d’individus qui se sont cooptés du seul fait qu’ils ont des armes que le pays leur a confiées pour sa défense. Cela ne peut pas fonder une légitimité. Le CNDD est pour l’essentiel, composé de personnes qui ont organisé et matériellement exécuté les assassinats massifs de Janvier et Février 2007.» Dixit Mamadou Billo SY SAVANÉ dans une interview exclusive accordée à Guineenet.org.

Source : guineenet.org

Voilà presque quatre mois qu’une junte militaire s’est emparée du Pouvoir à Conakry. Son centième jour à la tête de notre pays a donné lieu à une avalanche d’éditoriaux enflammés de journalistes qui confondent leur opinion personnelle fort respectable avec ce que le pays souhaite ou ne souhaite pas. Vous êtes celui qui a inlassablement appelé les jeunes militaires à chasser M. Lansana Conté et à assurer une transition. Vous les appeliez alors des « Patriotes Républicains en uniformes ». Depuis, vous n’êtes pas resté tout à fait silencieux, mais vous ne vous êtes pas non plus directement adressé à vos « Patriotes Républicains.. ». Certains, dont moi-même, se demandent si le moment n’est pas venu de leur adresser une 40ème lettre, et peut-être plus. C’est l’occasion d’en savoir plus sur vos liens supposés ou réels avec cette junte.

Guineenet : Commençons d’abord par l’actualité immédiate. Au camp Alfa Yaya de Conakry, certaines troupes sont venues prêter « serment » de fidélité au capitaine Dadis comme « président » de la république. La cérémonie est passée en boucle sur la TV guinéenne. Cela ne vous surprend pas ?

Mamadou Billo SY SAVANÉ : Si ! Tout comme des millions de nos compatriotes, je suis plus que surpris. Je suis choqué. Le capitaine Dadis est chef d’une junte. Il n’est pas Président. J’insiste bien. Il est chef d’une junte militaire, mais en aucun cas le Président de la République. Je suis choqué. Car, selon moi un militaire Républicain ne prête qu’un seul serment : celui d’être fidèle à sa Patrie, ses institutions et à la personne ou l’équipe que le pays a choisie comme son incarnation pour une certaine durée. Le choix de cette personne ou de l’équipe devant être LIBRE, TRANSPARENT, PLURALISTE et HONNÊTE. Cela a un nom, c’est la compétition électorale. J’ai bien vu cette cérémonie. Elle rappelle un peu une scène où des esclaves viendraient prêter allégeance à leur propriétaire. C’est étrange.


Si vous voulez bien, on va commencer d’abord par préciser vos rapports avec la junte. Avez-vous des liens personnels avec ses principaux chefs ?

Non ! Personnellement, je ne les connais pas. Je n’ai pas de lien ni avec DADIS, ni avec aucun d’eux. On me dit souvent que certains d’entre eux me lisent régulièrement et attentivement. C’est tout. Mais il n’est pas nécessaire de les connaître en personne pour être en accord ou en désaccord avec ce qu’ils ou ne font pas, ou font mal. En tout état de cause, il ne faut pas donner une importance exagérée aux lettres, même si elles étaient numérotées. Si elles ont joué un petit rôle pédagogique, c’est tant mieux.

Vous les appeliez « Patriotes Républicains ». En principe, une armée est par définition patriote. Pourquoi cette appellation spécifique ?

Je n’ai peut être pas été très explicite. Puisque vous m’en donnez l’occasion, je vais essayer de l’être un peu plus. Dans mon esprit, c’est le qualificatif REPUBLICAIN qui prévaut. L’armée dans nos contrées, et plus particulièrement chez nous, est restée CORPORATISTE. Elle a à devenir REPUBLICAINE. Cela veut dire qu’elle doit elle-même admettre qu’elle a un périmètre bien défini et qui est le suivant :
1°. La défense de l’intégrité et de l’unité de la terre que nous ont léguée nos Pères qui l’ont eux-mêmes reçues des leurs. Cette première mission s’exécutant sous l’autorité de la personne ou de l’équipe que le pays dans la liberté, la transparence et l’équité, aura choisie à l’issue d’une compétition électorale honnête.
2°. La défense des institutions que le pays s’est librement données lorsque les REPRESENTANTS légitimes du peuple le lui demandent.Hors de ces deux missions, c’est le banditisme qui se déguise en armée.

Et si elle ne se contentait pas de ce périmètre républicain ?

Sortir de ce périmètre, c’est à mes yeux devenir une armée CORPORATISTE. C’est-à-dire une association d’intérêts privés, avec en plus grave, la possession d’instruments de mort, les armes achetées avec les ressources d’une population miséreuse. Il n’y a pas de différence entre cette armée corporatiste et une armée coloniale d’occupation ou une association de malfaiteurs. L’armée qui a maintenu Lansana Conté au pouvoir pendant plus de vingt ans, contre la volonté du pays est à mes yeux assimilable à cette armée d’occupation coloniale. Elle s’est d’ailleurs comportée comme telle en Janvier et Février 2007. Je continue de nourrir l’espoir que certains membres du CNDD ont un désir sincère de se comporter en Républicains et donc de se racheter des graves crimes de sang qu’ils ont commis contre leurs propres compatriotes et revenir immédiatement au périmètre républicain défini plus haut.

Mais une armée a des missions!

Tout à fait. Cette question est essentielle. Vous me permettrez donc de prendre un peu plus de temps pour y répondre. Aucune armée n’a à se fixer elle-même une quelconque mission. Le faire, c’est en un certain sens, se soustraire aux Lois de la République, se mettre au-dessus de la SOUVERAINETE populaire. Le médecin de Donka ou de Yomou ne décide pas de la politique sanitaire, ni l’enseignant de la politique éducative du pays. Tous appliquent une politique définie et approuvée par la REPRESENTATION nationale laquelle est désignée à l’issue d’une compétition électorale qui devra être LIBRE, TRANSPARENTE, PLURALISTE et HONNÊTE. Le fait de détenir les armes acquises avec l’argent public n’indique pas qu’on est d’une nature particulière, ou qu’on doit s’octroyer des droits sur la vie des populations. C’est le pays, dans son ensemble qui décide de confier à un groupe d’hommes et de femmes, les outils matériels de sa défense. C’est ce qu’on nomme une armée et une gendarmerie républicaines. Être dans ces corps, devrait en principe inciter ses membres à plus de retenue, plus de loyauté à l’égard de ceux dont le travail a permis l’acquisition des armes. Et les utiliser à des fins corporatistes, par exemple pour se maintenir au pouvoir contre la volonté du pays, est une terrible TRAHISON. D’un point de vue moral, quelle confiance peut inspirer un groupe d’individus dont l’unique fait d’arme , depuis 1958 a d’abord consisté à torturer des « opposants » pour le compte de Sékou Touré, ensuite à massacrer en Janvier et Février 2007 des centaines de jeunes Guinéens à la demande de Lansana Conté pour qui notre pays n’était qu’une OCCASION, et maintenant à conserver par des massacres déjà planifiés, un pouvoir que vraisemblablement le pays lui refuse toujours ? -Aucune !

Vous êtes sévère avec vos "Patriotes Républicains", non ?

J’ai acquis le droit d’être sévère, en tout cas je me le donne. Je ne cherche ni à plaire, ni à déplaire. Lorsque certains membres de la junte sont injustement accusés de tribalisme, comme l’a été par exemple le capitaine Dadis à un moment, j’ai estimé que j’avais à combattre ce mensonge. Je l’ai fait. Pour certains, je chercherais à « séduire » Dadis que je ne connais pas et qui peut-être ne me connaît pas non plus. Je rassure tout le monde. Je ne suis pas nécessiteux. Les plus grandes notabilités politiques et militaires guinéennes le savent. Aucune d’entre elles ne peut me démentir sur ce point. Je suis donc un homme LIBRE. Je suis sévère avec l’esprit qui a toujours prévalu dans le rang de l’armée guinéenne depuis toujours et qui est le suivant : l’armée est au-dessus de la nation. Elle fait ce qu’elle veut. Elle n’a pas de compte à rendre, sauf à ses supérieurs. Et celui qui peut dégainer le premier, s’empare du pouvoir, interdit toute expression politique et impose une servitude parfois sanglante à ses compatriotes. Voilà schématisé l’esprit dans lequel le capitaine Dadis et son CNDD ont l’air de vouloir s’installer. Je suis hostile à cet esprit. Je le combats donc sans parti pris, mais sans complaisance. Je ne suis pas seul à le faire.

Vous n’ignorez pas que beaucoup de nos compatriotes pensent à juste titre, que vous êtes en quelque sorte leur « parrain » intellectuel. Estimez-vous qu’ils vous ont bien compris ?

J’ai déjà répondu à cette question. Ils n’ont pas besoin de moi pour agir. Ils sont tout à fait responsables des actes qu’ils accomplissent. Je n’ai pas la naïveté de croire qu’ils obéiraient à mes « conseils ». Mais, cela ne me gêne pas non plus que certains d’entre eux considèrent que mes observations successives ont pu encourager la junte à barrer la route à SOMPARE et à son clan Pdgiste sanguinaire. Je n’ai pas la prétention d’être un leader d’opinion. Je dis ou écris ce que je crois juste.

Je reviens à ma question. Vous ont-ils compris ?

Dans mon esprit, puisqu’ils avaient empêché la population de se débarrasser de Lansana Conté et de son régime en perpétrant ou en facilitant les massacres de Janvier et Février 2007, ils devraient barrer la route au clan dont j’ai parlé. En faisant cela, ils ont rempli leur mission. Je pense que le pays attendait qu’ils fassent ce geste .Et c’était d’autant plus facile que le pouvoir était en déshérence. A mon avis, la mission implicite que le pays réel leur demandait d’accomplir est terminée. Ils doivent en tirer les conséquences.

Vous dites que la mission implicite que le pays leur demandait est terminée. Vous pouvez préciser un peu plus votre pensée ?

Depuis quelques semaines, je lis ici et là des appels à M.Dadis et au CNDD à garder le pouvoir que le pays ne leur a pas donné. J’ai même lu le dimanche 26 Avril sur les sites guinéens un appel demandant au capitaine Dadis de ne pas partir et de refuser des élections ou plutôt de ne les accepter que quand bon lui semblera. Tous ces appels sont suspects à mes yeux et dangereux pour M.Dadis lui-même et pour le pays. A bien y réfléchir, le CNDD et Dadis seraient devenus soudainement plus intelligents, plus « dignes » que les 10 millions de Guinéens. Inutile de les consulter, puisque M. Dadis est plus fort que tous. Soyons sérieux. Le capitaine Moussa Dadis a pris des engagements de façon solennelle. Il doit les respecter et il les respectera. Il en sortira grandi. Par contre, s’il se laissait tromper par certains de ses « conseillers » d’ailleurs non exempts d’arrières-pensées peu dignes, alors tout peut arriver. Et le fait d’avoir des armes achetées avec l’argent du pays n’est pas nécessairement la garantie d’une victoire certaine. Qu’on me comprenne bien : en disant ce que je dis, je suis plus sincère avec Dadis que tous ces nouveaux conseillers qui lui demandent de commettre l’irréparable. Avoir les armes du pays à sa disposition n’est pas un droit automatique au pouvoir.

Comment voyez-vous le CNDD ?

Le CNDD n’est pas une institution. Elle ne peut donc pas être légale, encore moins légitime. C’est une association d’individus qui se sont cooptés du seul fait qu’ils ont des armes que le pays leur a confiées pour sa défense. Cela ne peut pas fonder une légitimité. Le CNDD est pour l’essentiel, composé de personnes qui ont organisé et matériellement exécuté les assassinats massifs de Janvier et Février 2007. Je précise que tous les membres du CNDD ne sont pas tous des tueurs déguisés en militaires. Mais qui peut prétendre sérieusement que M. Claude PIVI dit Coplan est le modèle de soldat Républicain ? Que signifient ses ascensions fulgurantes en grade ? Il ne s’agit pas de l’accabler. Il n’a fait qu’exécuter les ordres de ceux qui le gratifient aujourd’hui de « services » rendus. A mon humble avis, le CNDD doit disparaître le plus rapidement possible. Cette association ne peut pas engager notre pays. Car, c’est une association d’intérêts privés. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître. Quand le clan PIVI mène une expédition punitive contre Cellou Dalein dans le seul but de l’humilier, il y a un problème. J’ai sévèrement critiqué la démarche politique de M. Cellou Dalein. Mais il n’a tué personne. Et certains membres du CNDD ont commis de plus grands détournements. Pourquoi ceux-là seraient-ils protégés et Cellou Dalein humilié ?

Le capitaine Moussa Dadis a d’abord menacé de changer de tenue pour se présenter à une élection, ensuite fait état d’un « complot » et finalement interdit l’expression des partis politiques. Malgré vos réserves de plus en plus vives, vous avez l’air de considérer qu’il est de bonne foi. Vous croyez que cette ligne est tenable ?

Oui, à condition qu’il nous « aide à l’aider » comme l’avait écrit mon ami Baldé Abdoul, il y a quelques semaines. Alors comment ? En respectant l’engagement solennel pris devant le pays. Or, ses variations successives et contradictoires laissent penser qu’il n’en prend pas le chemin. Que voyons-nous depuis quelques semaines? La formation d’une milice privée hâtivement baptisée « garde présidentielle ». Elle est surarmée. Elle se livre impunément à des agressions et intimidations dans la ville de Conakry. On est là dans la continuité stricte du régime de Lansana Conté. A mon avis, tous les corps sociaux de notre pays doivent réagir énergiquement à cette dérive qu’on perçoit en pointillé.

On dit ici et là qu’il faut leur laisser le temps d’assainir l’économie, de réviser la constitution... Qu’en pensez-vous ?

Tout cela, c’est des arguments à posteriori. C’est très facile. On pourrait même le comprendre, s’ils avaient la compétence technique et intellectuelle de ce qu’on leur prête comme intention. Ce n’est pas leur faire injure que de dire qu’ils n’ont aucune compétence pouvant laisser croire qu’ils auraient la moindre chance de redresser quoi que ce soit. Ils auraient pu commencer par balayer devant leur « maison » comme le leur avait suggéré Elhadj BIRO, c’est-à-dire débarrasser l’armée des brebis galeuses que Lansana Conté a recrutées, comme les Pivi et tous ceux de son genre. Or, qu’ont-ils fait ? Comme toujours, ils se sont acharnés sur des civils désarmés comme Cellou Dalein DIALLO, ou d’autres. Le clan de Lansana Conté a été épargné. La théâtrale incarcération de Ousmane Conté a tout l’air d’une mise en scène. Ce qu’il faut, c’est l’arrestation de ce bataillon qui a massacré nos populations en Janvier et Février 2007. Tous ses membres sont parfaitement identifiés.

Avez-vous des exemples ?

Ecoutez, certains officiers qui ont organisé et réalisé les massacres de Janvier et Février 2007 ont été discrètement mutés dans les casernes de l’intérieur du pays. Par exemple, Mougné DONZO commandant à l’époque des faits a été muté à Labé. Or des soupçons très lourds pèsent sur lui concernant les massacres. Je l’avais moi-même appelé au téléphone pour lui poser la question de sa responsabilité dans les massacres. Il m’avait fait un démenti peu convaincant. A l’heure où je vous réponds, j’ai des informations tendant à montrer qu’il se livrerait à des intimidations sur les populations du Fouta, plus exactement celles de Labé, Pita et environs. Il prétend récupérer des terres qui appartiendraient à l’ «Etat». Mais à Conakry même, ce sont les militaires liés à la famille de Lansana Conté qui se sont emparés de tous les biens fonciers que MM. Bahna SIDIBE, alors ministre de l’habitat et de l’aménagement du territoire avait réservés aux futures infrastructures collectives. Dadis le sait, tout comme ses autres collègues. Autre exemple : c’est Pivi et sa troupe qui tiraient sur les jeunes gens à partir du pont 8 Novembre. En quatre mois, il est passé de simple adjudant à capitaine. Qui peut honnêtement admettre cela ? Si les généraux Mamadou SAMPIL et autres sont en prison, les Mougné DONZO, PIVI et leurs hommes doivent être en prison.

Il y aurait un complot. Ce qui aurait justifié l’annulation au dernier moment du voyage du Président Dadis à Tripoli. Qu’en pensez-vous ?

C’est dommage que M. Dadis et certains de ses collègues se soient livrés à cette petite « habileté » dérisoire. Chaque Guinéen sait que chez nous, celui qui veut anéantir ses adversaires, fabrique des complots, procède à l’arrestation et à l’exécution de tous ceux qui peuvent lui porter ombrage. Je me suis convaincu moi-même que Dadis était « sincère » et qu’il ne fallait pas lui faire un procès d’intention. Je l’ai écrit. Mais, j’avais ajouté que si je parvenais, sur la base de faits réels à la conclusion qu’il n’était pas Républicain et que je me suis trompé, je le dirai aussi. Ma perplexité est de plus en plus grande. Si « complot » il y a, ça voudrait dire que M. Dadis n’est plus souhaité au pouvoir, même pour une courte transition. S’il est Patriote Républicain comme je le crois, il devrait en tirer la conclusion qui s’impose, c’est-à-dire partir. Il aura été celui qui a cassé l’élan des Pdgistes. Ce n’est pas peu. Je suggère dans cette hypothèse peu probable (mais la seule pacifique à mes yeux), que les Forces Vives réfléchissent dès maintenant à la mise en place d’ un Haut Conseil de Transition qui pourrait être dirigé par Monseigneur Vincent KOULIBALY. Je peux, si besoin est, préciser, ma pensée sur ce point. Si le « complot » est une mise en scène pour se débarrasser d’autres militaires, ou d’autres civils, on peut affirmer alors que le capitaine Dadis a inauguré un cycle qui pourrait s’avérer infernal. Je ne le connais pas. Mais, je ne souhaite pas qu’il passe de la gloire à la déchéance. Il peut encore redresser la barre en s’en tenant strictement à son engagement, en ayant le courage de récuser les flagorneurs nécessiteux, venant d’ici ou d’ailleurs.Certains de ses «conseillers » occultes jouent avec le feu pour des raisons inavouables.

Et pour la révision de la constitution ?

Selon moi, la constitution n’a pas besoin d’être révisée. Il y a juste à apporter quelques modifications limitées. Je fais la suggestion suivante :

1°Suppression de l’âge maximum limite auquel on peut être candidat à l’élection présidentielle. C’est une disposition inutilement conflictuelle.

2° ramener la durée du mandat présidentiel à 5 ans, renouvelable une seule fois. En clair, personne ne devra faire plus de deux mandats consécutifs.

4°Inscrire dans la Loi Fondamentale que toute personne sortant de l’armée, de la gendarmerie et de la police ne peut être candidat à une élection présidentielle avant un délai de quinze ans à compter de sa date de sortie de son corps d’armes.

5°Inscrire dans la constitution que la durée du mandat présidentiel, le nombre de fois qu’il peut être renouvelé et la non candidature de tous ceux qui sortent d’un corps d’armes ne peuvent faire l’objet d’aucune modification, suppression, amendement avant un délai de 30 ou 40 ans à compter de la date de promulgation de la constitution rénovée.
Vous voyez, tout cela peut être fait en une semaine. Ce qui veut dire que la junte peut tenir son engagement, si elle le veut. Il n’y a aucun obstacle à cela. Sauf si elle cherche à gagner du temps pour elle-même. On entrerait alors dans une zone de turbulences.Mais peut-être, le capitaine Dadis et Claude Pivi pensent-ils sortir vainqueurs parce que disposant de lance-roquettes, bazookas et autres kalachnikovs. Pourtant tout le pays était bien disposé à l’égard de Dadis. Et j’en étais.

Vous avez commenté un document concernant ce qui serait des malversations minières auxquelles M. Facinet FOFANA se serait livré quand il était ministre. Vous avez déploré la « diplomatie » maladroite de Dadis.Le journal «L’OBSERVATEUR » et toute sa rédaction vous ont personnellement attaqué. Je voudrais savoir votre réaction par rapport à ces deux évènements.

Il faut séparer les deux faits. Je répliquerai à M. Facinet FOFANA. Patientons. Quant à la Rédaction de L’OBSERVATEUR, je n’ai honnêtement pas de temps à perdre. A qui voulez-vous que je réponde ? Certainement pas à M. Tibou KAMARA. Je n’aime pas briller facilement aux dépens de quelqu’un qui n’a ni formation, ni niveau. Sa profession, c’est « Jeune ». Avouez que c’est court comme formation ou niveau. Et le drame de notre pays, c’est qu’il est peuplé de gens ignorants qui ignorent leur ignorance. De ce fait, ils se prétendent cadres. On ne peut pas blâmer des gens comme ceux-là. Ils sont excusables. Voilà. Mais je répondrai à M. Facinet FOFANA.

Guineenet.org vous remercie!


Propos recueillis par Ibrahima Kylé Diallo
Rouen, le 29 avril 2009

Lire la suite

27 avril 2009

Halte aux vols et exactions ! Human Rights Watch dénonce la junte guinéenne

« Le coup d'Etat semble avoir déclenché une série d'exactions commises par l'armée ; l'impunité dont bénéficient ces soldats doit cesser. Les leaders du coup d'Etat doivent tenir les simples soldats sous contrôle, et garantir que les responsables de ces crimes fassent immédiatement l'objet d'enquêtes et de poursuites judiciaires. » a déclaré Corinne Dufka, chercheuse senior pour l'Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch.

Source: Human Rights Watch (HRW)


Guinée : Le gouvernement doit discipliner les soldats

Vols à main armée, extorsions et intimidations sous le nouveau gouvernement

(Dakar) - Des soldats guinéens ont été impliqués dans des vols et actes de violence contre des hommes d'affaire et des citoyens ordinaires depuis l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement à la faveur d'un coup d'Etat militaire en décembre 2008, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le nouveau gouvernement devrait faire cesser ces attaques et s'assurer que la police, la gendarmerie et le système judiciaire mènent des enquêtes indépendantes et engagent des poursuites contre les soldats impliqués.

Human Rights Watch a recueilli les récits de victimes et de témoins de 19 de ces incidents, presque tous commis par des soldats lourdement armés portant des bérets rouges et se déplaçant dans des véhicules tant civils que militaires officiels sans plaques d'immatriculation. Des groupes comptant parfois jusqu'à vingt soldats ont attaqué des bureaux, des magasins, des entrepôts, des cliniques médicales et des maisons, aussi bien en plein jour que la nuit. Ces soldats ont volé des voitures, des ordinateurs, des générateurs, des médicaments, des bijoux, de l'argent liquide, des téléphones portables, et de grandes quantités de marchandises en gros et au détail, entre autres articles. Des Guinéens et des étrangers figurent parmi les victimes. De nombreux témoins de ces incidents ont indiqué que les soldats semblaient sous l'emprise de la drogue. Nombre des victimes ont aussi été menacées ou agressées physiquement.

« Le coup d'Etat semble avoir déclenché une série d'exactions commises par l'armée ; l'impunité dont bénéficient ces soldats doit cesser », a déclaré Corinne Dufka, chercheuse senior pour l'Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch. « Les leaders du coup d'Etat doivent tenir les simples soldats sous contrôle, et garantir que les responsables de ces crimes fassent immédiatement l'objet d'enquêtes et de poursuites judiciaires. »

Human Rights Watch a aussi documenté de multiples cas d'extorsion de la part de soldats au cours de contrôles d'identité de routine ; le viol d'une jeune fille de quinze ans commis le 31 mars par un soldat ; et plusieurs cas d'intimidation de magistrats, au cours desquels de petits groupes de soldats ont interrompu des procédures judiciaires ou ont menacé des avocats, tentant semble-t-il d'influencer le résultat des poursuites judiciaires.

Un groupe d'officiers militaires guinéens se désignant comme le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) s'est emparé du pouvoir le 22 décembre 2008, quelques heures seulement après la mort de Lansana Conté, président de la Guinée depuis 24 ans. Les leaders du coup d'Etat, dirigés par un président autoproclamé, le Capitaine Moussa Dadis Camara, ont rapidement suspendu la constitution du pays, et se sont engagés à organiser des élections en 2009 et à rendre le pouvoir à un gouvernement dirigé par des civils.

Le niveau auquel les actes documentés par Human Rights Watch ont été ordonnés ou sanctionnés par de hauts responsables de l'armée n'est pas clair. Dans certains cas de vol, les agresseurs ont annoncé qu'ils étaient en mission officielle pour le CNDD. Toutefois, il n'a été présenté à aucune des victimes de document officiel justifiant ces actions, par exemple un mandat d'arrêt ou de perquisition.

La plupart des actes criminels et d'intimidation de magistrats documentés par Human Rights Watch impliquaient des soldats porteurs de bérets rouges. Avant le coup d'Etat, deux divisions au sein des services de sécurité guinéens étaient habituellement pourvues de bérets rouges : le Bataillon autonome de la sécurité présidentielle, ou garde présidentielle (BASP) ; et le Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA), un groupe d'élite de commandos. Depuis le coup d'Etat cependant, ces deux unités et quelques autres bataillons d'élite ont été regroupés en une seule unité basée au quartier général du CNDD, au camp militaire d'Alpha Yaya Diallo. Human Rights Watch a également été informé que des soldats appartenant à d'autres divisions avaient été vus portant des bérets rouges.

Depuis qu'il est au pouvoir, le CNDD a mené une répression officielle contre les trafiquants de drogue, les criminels impliqués dans la production et la vente de médicaments de contrefaçon et d'anciens fonctionnaires accusés de corruption. Paradoxalement, nombre des atteintes aux droits humains documentées par Human Rights Watch semblent avoir été commises dans le contexte de cette répression.

Par exemple, à la suite de l'arrestation en janvier 2009 de plusieurs ressortissants chinois soupçonnés de fabriquer et de vendre de faux antibiotiques, plusieurs entreprises appartenant à des Chinois, notamment des cliniques médicales et des restaurants, et au moins une pharmacie gérée par un Guinéen, ont été dévalisées par des soldats prétendant qu'ils étaient à la recherche de médicaments de contrefaçon. Aucun des militaires impliqués dans ces opérations n'a produit de mandat de perquisition, ni n'a saisi officiellement de médicaments soupçonnés de contrefaçon. Dans trois cas documentés par Human Rights Watch, les commerçants ont été détenus arbitrairement et embarqués dans un véhicule militaire. Ils ont été dépouillés par les soldats de leur argent, de leurs téléphones portables et d'autres objets de valeur, puis ils ont reçu l'ordre de descendre des véhicules quelques kilomètres plus loin.

Human Rights Watch a documenté de nombreux cas dans lesquels les soldats avaient volé les citoyens guinéens habitant à proximité des domiciles ou des commerces des individus soupçonnés d'être impliqués dans le trafic de drogue. Les victimes ont raconté comment elles avaient été dépouillées par des soldats fouillant leurs maisons ou leurs commerces à la recherche de produits de contrebande que les militaires prétendaient s'y trouver. Un avocat guinéen représentant six clients demandant réparation pour effraction et vol à main armée ont indiqué que les soldats avaient fracassé des portes, détruit du mobilier et volé un générateur, sept voitures, des ordinateurs, des vêtements et de l'argent. L'avocat a déclaré à Human Rights Watch :

« Le combat contre le trafic de drogue est noble, mais ils s'en servent comme excuse pour agir comme des criminels de droit commun - s'emparant de véhicules, d'argent, de bijoux - qu'est-ce que tout cela a à voir avec les drogues ? Ils n'ont trouvé de la drogue chez aucun de mes clients. Il n'existe dans aucun de ces cas de plainte légitime, ou tout au moins aucune qui ait été confirmée. »

De nombreux autres cas d'entrée par effraction ont été similairement sans relation avec la répression. Il s'agit par exemple d'attaques contre des petits kiosques tenus par des familles et au cours desquelles les contenus ont été transférés dans des véhicules conduits par les militaires, contre des magasins le long des routes vendant des matériaux de construction, contre des domiciles privés, surtout de riches Guinéens, et contre des entrepôts contenant des produits d'importation.

Des militaires interrogés par Human Rights Watch ont suggéré que des individus se faisant passer pour des soldats étaient les responsables des actes criminels. Toutefois plusieurs facteurs jettent le doute sur cette affirmation. Premièrement, de nombreux témoins ont parlé à Human Rights Watch de soldats commettant des exactions en plein jour dans des lieux publics et vêtus d'uniformes militaires complets, certains portant des barrettes indiquant des grades allant jusqu'à celui de sergent. Deuxièmement, dans deux cas, des hommes d'affaires dont les voitures ont été volées sous la menace des armes par des soldats ont ensuite vu leurs voitures conduites par des hommes portant l'uniforme militaire ; dans un cas, la voiture a été vue entrant et sortant d'un camp militaire à Conakry. Troisièmement, plusieurs victimes ont assuré à Human Rights Watch avoir reconnu des soldats qu'elles savaient être des membres de l'armée. Quatrièmement, les soldats ayant commis de nombreux crimes opéraient par groupes de dix ou plus, et circulaient en petits convois de deux véhicules ou plus.

Selon la loi guinéenne, ce sont la gendarmerie et la police qui sont mandatées pour enquêter sur les crimes, que les coupables présumés soient des civils ou des membres de l'armée. Toutefois, les victimes ont toutes affirmé à Human Rights Watch que depuis le coup d'Etat, l'armée avait de plus en plus pris la responsabilité de certaines tâches de police, notamment des enquêtes criminelles. Les propriétaires de cinq commerces cambriolés à peu près au même moment le 16 février ont déposé plainte à la police, mais les policiers leur ont dit que depuis le coup d'Etat, ils n'étaient plus « autorisés par l'armée à mener des enquêtes ».

Ils ont dit aux commerçants de déposer plainte directement auprès de l'armée.

Quand Human Rights Watch a demandé à des officiers de police comment ils répondaient à une vague de crimes apparemment perpétrés par des soldats dans un quartier de Conakry, les policiers ont répondu que l'armée leur avait « défendu » de conduire des patrouilles et des enquêtes ; un des policiers a raconté comment un suspect civil qu'il avait appréhendé pour l'interroger à propos d'un cambriolage au poste avait été soustrait à la police pour être placé dans un véhicule militaire et emmené pour interrogatoire dans un camp militaire. Une autre victime a rapporté à Human Rights Watch qu'après s'être plaint auprès de la police, ils lui avaient dit que s'il voulait que justice soit rendue, il faudrait qu'il dépose plainte auprès de l'armée ou qu'il dénonce les faits à la radio. Pourtant une autre victime a déposé plainte au poste de police local et ensuite au bureau de la direction de la police judiciaire chargé des enquêtes criminelles, qui est sous l'autorité du procureur. Dans les deux cas, elle a été redirigée vers l'armée.

Cinq victimes interrogées par Human Rights Watch avaient déposé des plaintes auprès des autorités militaires, demandant une enquête officielle sur ce qu'elles affirmaient être des actes criminels commis par des soldats. Aucune enquête n'a été menée pour donner suite à ces affaires. L'une des victimes s'est rendue cinq fois au camp militaire pour réclamer une enquête, et a déploré : « Je suis allé au camp [militaire] et j'ai rappelé à maintes reprises, mais pas une fois je n'ai eu de nouvelles. L'affaire ne va nulle part. »

Le seul cas documenté par Human Rights Watch où il y a eu une action de l'armée concernait le viol de la jeune fille de quinze ans. Selon des membres de la famille et des dirigeants communautaires, l'officier supérieur du soldat accusé a rendu visite à la famille et a fait en sorte de régler l'affaire en dehors du tribunal. Le soldat a été incarcéré plusieurs jours au camp militaire. La famille a décidé de ne pas déposer plainte auprès de la police après que l'armée ait accepté de payer les frais médicaux de la jeune fille.

Selon l'article 14 de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, le gouvernement guinéen a l'obligation de protéger le droit à la propriété, ce qui comprend la garantie que des autorités de l'Etat (y compris l'armée) ne saisissent pas de biens arbitrairement et sans compensation.

« Le devoir de l'armée est de protéger le peuple guinéen et de garantir sa sécurité, et non de profiter de lui. L'anarchie qui transparait dans ces exactions n'a aucune excuse », a insisté Corinne Dufka. « L'armée devrait faire cesser les exactions et permettre à la police, à la gendarmerie et au système judiciaire de faire régner l'Etat de droit. »

Récits faits par des victimes et des témoins des exactions commises par des éléments de l'armée guinéenne à Conakry

Exactions commises sous le prétexte de la répression contre le trafic de drogue, la contrefaçon de médicaments et la corruption :

Le propriétaire et directeur guinéen d'une société de transport a raconté le vol de sa voiture et d'autres biens le 15 février par une douzaine de soldats en uniforme prétendant chercher de la drogue. Il a indiqué que les soldats, qui sentaient l'alcool, étaient lourdement armés et que plusieurs étaient bardés de cartouchières :

« Ils sont arrivés dans un pickup Nissan sans plaques d'immatriculation. Ils m'ont dit qu'ils étaient en mission avec l'ordre du CNDD de récupérer les 4x4 que je cachais pour le leader d'un parti d'opposition guinéen. Certains des Bérets rouges m'ont accusé de cacher de la drogue et des armes. Je leur ai dit que je n'étais pas un militaire et donc que je n'avais pas d'armes, mais ils ont fouillé l'entrepôt et vandalisé le bureau de ma secrétaire et le mien. Je ne cache rien. Ils ne m'ont pas dit leur nom, mais j'ai remarqué qu'ils s'adressaient à l'un d'entre eux en lui disant 'Excellence.' J'ai demandé un ordre de mission, mais ils ont dit qu'ils n'en avaient pas, que les ordres de mission sont des bêtises. Ils disaient : 'Vous n'avez pas vu le genre de véhicule dans lequel nous sommes venus ?' Les militaires ont menacé mes employés et leur ont dit de se coucher par terre, à plat ventre. Ils leur disaient : 'Vous ne sortirez pas d'ici vivants' et 'Rien ne sortira d'ici.' Ils n'ont trouvé ni drogue ni armes, mais ils ont pris deux ordinateurs, ma voiture personnelle, et une importante somme d'argent. Plusieurs personnes m'ont dit avoir vu ma voiture conduite à travers la ville par un militaire. »

Une Guinéenne qui réside à côté d'un groupe de Nigérians qui seraient soupçonnés d'être impliqués dans le trafic de drogue a été volée à deux reprises par des soldats. La première fois, ils ont prétendu être à la recherche de Nigérians. Elle a fait le récit des incidents qui se sont déroulés le 25 février et le 13 mars :

« La première nuit, ils m'ont réveillée en escaladant les murs de ma résidence. Ils m'ont demandé s'il y avait des Nigérians cachés et ils ont fouillé ma maison. Ils n'avaient pas de mandat de perquisition. Ils se sont excusés et sont partis. Je me suis rendue compte plus tard que mon téléphone portable avait disparu. Puis le 13 mars, huit Bérets rouges lourdement armés sont revenus chez moi à 10 heures du soir. Je n'étais pas là, mais ma tante m'a raconté ce qui s'était passé. Les soldats ont menacé de tirer si ma tante n'ouvrait pas la porte, alors elle les a laissés entrer. Quand ma tante leur a demandé pourquoi ils étaient là puisqu'ils n'avaient rien trouvé la première fois, ils lui ont crié de se taire. Ils ont pris un sac à dos noir avec un ordinateur portable, 3 millions de francs guinéens [environ 450 euros], et des bijoux. Cette fois, ce n'était évidemment pas une erreur comme la première fois qu'ils étaient venus. A cause de ces visites, j'ai décidé de déménager de ma maison. »

Le propriétaire d'une clinique médicale dévalisée par des soldats à 13h le 26 janvier a décrit ce qui s'était passé au cours d'une attaque contre sa clinique :

« Mon frère et moi sommes des médecins chinois et nous dirigeons une clinique à Conakry. Les soldats sont arrivés dans un pickup gris et trois motos. Ils étaient huit et portaient tous des bérets rouges. Trois d'entre eux avaient des fusils et ils portaient tous des uniformes de camouflage. Ils sont entrés en disant qu'ils cherchaient de faux médicaments, mais ils ont parcouru toute la maison et ont volé beaucoup de choses, dont deux machines pour faire des diagnostics médicaux, deux téléphones portables, 3 millions de francs guinéens [environ 450 euros], 3 000 dollars américains [2 250 euros], un poste de télé et un [lecteur] DVD, et des sacs contenant tous nos vêtements. Ils ont même ouvert le congélateur et volé la viande qui s'y trouvait ! Ils ont aussi volé la voiture [de mon frère] - nous ne l'avons pas encore retrouvée. Ils n'ont pris aucun médicament ; ils sont venus pour voler. [Mon frère] a été emmené dans la voiture par les soldats, comme s'ils allaient l'arrêter, mais ils l'ont ensuite laissé partir - arrêté la voiture et lui ont dit de sortir. Beaucoup de gens du voisinage avaient l'habitude de venir à la clinique, mais pour le moment nous sommes fermés. »

Un propriétaire de restaurant qui a été volé au beau milieu de la journée fin janvier a raconté ce qui s'était passé :

« Vers 3 heures de l'après-midi, 10 soldats sont arrivés au restaurant ; ils portaient des uniformes de soldats et plusieurs d'entre eux avaient des fusils. En entrant, ils ont donné des coups de pied dans la porte, ont pointé leurs fusils sur moi et m'ont frappé au ventre. Ils ont dit qu'ils cherchaient de faux médicaments, que c'était nous les Chinois qui les vendions. Je leur ai dit que c'était un restaurant chinois ! Qu'est-ce que nous avons à voir avec des médicaments ? Je leur ai même dit qu'ils pouvaient vérifier, sachant qu'ils ne trouveraient rien de cela chez nous. Ils ont volé plusieurs téléphones, pris deux cartons de bière et des affaires personnelles, entre autres nos vêtements. Ils étaient très agressifs. »

Un commerçant guinéen dont la pharmacie a été dévalisée par 10 soldats le 28 janvier a raconté à Human Rights Watch ce qui s'était passé :

« A 2 heures de l'après-midi, j'étais dans ma pharmacie lorsque 10 Bérets rouges ont fait irruption disant qu'ils voulaient vérifier si les médicaments dans ma pharmacie étaient faux. Ils prétendaient regarder les médicaments, mais ensuite ils sont allés tout droit au petit coffre-fort que j'ai dans un coin. Ils l'ont fracturé et ont volé les 50 millions de francs guinéens [environ 7 700 euros] qu'il contenait. Ils sont arrivés dans un pickup militaire vert sans plaques d'immatriculation. Après avoir volé l'argent, ils m'ont emmené avec eux, comme si c'était moi qui avais fait quelque chose de mal. Ils m'ont poussé dans la voiture, mais m'ont relâché quelques kilomètres plus loin sur la route. Ils voulaient que ça ressemble à une véritable opération mais ils voulaient juste voler l'argent - ils n'ont même pas emporté de médicaments avec eux ! »

Exactions contre des juges et des avocats

Human Rights Watch s'est entretenu avec un juge à Conakry qui a relaté une tentative d'intimidation faite par six soldats pour qu'il modifie une décision judiciaire qu'il avait prise dans un litige civil opposant deux femmes d'affaires, dont l'une avait un proche dans l'armée. L'incident a eu lieu le 17 février :

« Le jour en question, je devais rendre la décision officielle dans une affaire civile opposant deux femmes d'affaires. Tout à coup, six soldats sont entrés dans la salle du tribunal. Pour moi, il semblait que la femme dont le proche était soldat avait organisé l'intervention des Bérets rouges pour son compte. Ils étaient armés, et portaient des bérets rouges. J'ai déclaré : 'Vous n'avez rien à voir avec cette procédure - j'ai rendu une décision judiciaire qui est totalement indépendante de l'armée !' Ils se sont mis très en colère et l'un d'eux a répliqué : 'Les choses ont changé ; vous devez changer cette décision.' Ils ont menacé de faire en sorte que je sois déchu de mes fonctions - ils ont dit que c'étaient eux qui avaient le pouvoir maintenant. Je suis resté ferme et ils ont fini par s'en aller. »

Un avocat a décrit la façon dont le 23 février, deux soldats armés agissant semble-t-il pour le compte d'un plaignant - un général à la retraite - ont tenté d'intimider le juge qui présidait l'affaire :

« Ce jour-là, j'étais au tribunal pour représenter un client indigent. Au même moment, il y avait une affaire civile qui passait en jugement - un litige à propos d'argent - entre un général à la retraite et un autre homme. L'avocat du général faisait pression pour que le jugement soit rendu ce jour-là, mais l'avocat de l'autre homme lui, faisait pression pour que l'affaire soit reportée en invoquant un détail technique, à savoir que le deuxième homme n'avait pas été cité à comparaître en bonne et due forme. Peu après, deux soldats armés sont entrés dans la salle. Ils ont paradé avec leurs longs fusils en parcourant la salle de tribunal pendant 10 à 15 minutes. Quand l'avocat de l'homme a vu cela, il a abandonné la salle et je l'ai remplacé. Les soldats n'ont pas pointé directement leur fusil sur le juge, mais leur présence était réellement terrifiante pour tout le monde. Il était évident que le juge avait peur, mais à la fin, le juge a tenu bon et a reporté l'affaire. Quand le général a entendu ça, il s'est mis à hurler des insultes au juge et à moi ! Il a dit : 'Si vous faites ça, vous verrez ce que nous ferons.' J'avais très peur. Quand nous sommes sortis du tribunal, j'ai vu cinq à sept soldats, tous avec des bérets rouges, dans un véhicule sans plaques d'immatriculation. »

Divers actes criminels commis par des membres de l'armée

Le garde de sécurité non armé de la résidence d'un riche homme d'affaires guinéen a raconté le vol commis par une dizaine de soldats le 13 mars :

« J'étais assis dehors avec quelques amis. C'était à peu près 9 heures du soir. Nous avons entendu une voiture s'arrêter, puis une dizaine d'entre eux - portant tous des tenues de camouflage, des bérets rouges et de longs fusils - ont fait irruption à la porte de la résidence. Ils sont arrivés dans un pickup blanc qu'ils ont garé devant notre portail - il n'avait pas de plaques d'immatriculation. L'un d'entre eux avait une barrette sur son uniforme - je crois que c'était un sergent ; et j'en ai reconnu un autre - je l'avais vu dans Conakry en uniforme. Ils sont entrés en pointant leurs fusils sur nous ; l'un d'eux a crié à la femme du propriétaire de lui donner les clefs de leur voiture. Elle leur a répondu que son mari n'était pas là et que c'était lui qui avait les clefs de la voiture. Ils se sont mis en colère et sont entrés dans la maison pour chercher la clef. Ils ont trouvé son sac, l'ont fouillé et ont fini par trouver la clef. Pendant que l'un d'eux montait dans la voiture, les autres cherchaient des choses à voler. Ils ont pris deux ordinateurs, trois téléphones, un générateur 2 KVA, des bijoux et de l'argent - environ 500 000 CFA [750 euros]. Ils buvaient - leur haleine sentait l'alcool. »

Un homme d'affaires guinéen a raconté le vol par un groupe de soldats de 50 cartons de vin rouge qu'il avait récemment importé d'Europe. Il a expliqué comment quelques jours après le vol, il a vu et photographié les marchandises volées en vente dans un magasin juste devant le camp militaire d'Alpha Yaya Diallo :

« Le 8 janvier vers 6 heures du soir, 10 Bérets rouges - tous en uniformes et armés - sont arrivés chez moi dans un pickup. Ils sont entrés dans la maison et ont demandé à mon frère la clef du conteneur. Il ne voulait pas la leur donner, mais ils l'ont frappé et il a fini par leur donner la clef. Ils ont alors volé les 50 cartons de vin. Auparavant, j'avais pris contact avec un magasin juste devant le camp d'Alpha Yaya et je leur avais demandé s'ils voudraient vendre mon vin ; il [le magasin] appartient à un gendarme. J'ai laissé une bouteille comme échantillon pour qu'ils puissent l'essayer. J'avais la sensation que le vin volé se trouvait là et après le vol j'y suis allé, et oui, le vin était dans ce magasin ! J'ai pris des photos de mon vin, dont j'ai pensé qu'elles pourraient être utilisées comme preuve. J'ai demandé aux gens où ils avaient trouvé le vin et ils ont dit que les soldats étaient venus quelques jours plus tôt leur demander s'ils voulaient acheter le vin. J'ai apporté les photos à la police et à un gendarme, qui m'ont donné un document m'autorisant à reprendre possession du vin, mais la deuxième fois que je suis retourné au magasin, tout le vin avait disparu. Je me suis adressé à l'armée plusieurs fois pour régler ce problème, mais pour le moment je n'ai pas eu de chance. »

Recommandations

Human Rights Watch exhorte le gouvernement guinéen à entreprendre les actions suivantes :

- Reconnaître et condamner publiquement les atteintes aux droits humains - notamment les vols à main armée, les extorsions, le viol et autres violences - commises depuis le coup d'Etat du mois de décembre en 2008 par des membres de l'armée.

- Donner des instructions publiques claires à tous les membres du personnel militaire pour cesser de commettre des exactions et pour garantir que leurs actions n'outrepassent pas leur mandat.

- Demander une enquête menée par les autorités légalement compétentes sur tous les soldats soupçonnés d'avoir perpétré des atteintes aux droits humains. Demander que soient poursuivis en justice tous ceux contre lesquels il existe des preuves suffisantes, en accord avec les normes internationales de procès équitable.

- Encourager le travail des institutions légalement mandatées pour mener des enquêtes criminelles et engager des poursuites - la police, la gendarmerie, et le système judiciaire.

- Garantir que les victimes de vol à main armée, d'extorsion, de viol et d'autres exactions commises par des membres de l'armée soient correctement et rapidement indemnisées.

Au Groupe international de contact sur la Guinée :

- Exprimer sa préoccupation relative aux atteintes aux droits humains actuelles et au manque de devoir de rendre des comptes de leurs actes de la part des membres des services de sécurité guinéens.

- Exhorter les chefs du gouvernement à prendre des mesures concrètes pour faire cesser les exactions commises par l'armée guinéenne.

- Exhorter les chefs du gouvernement à exiger des comptes en accord avec les normes internationales de procès équitable aux soldats contre lesquels existent des preuves suffisantes des exactions commises.

- Encourager le travail des institutions de l'Etat de droit - notamment la police, la gendarmerie et le système judiciaire - et leur fonctionnement en accord avec les normes internationales de procès équitable.

© Copyright, Human Rights Watch 350 Fifth Avenue, 34th Floor New York, NY 10118-3299 USA

Lire la suite

3 mars 2009

Des militaires perquisitionnent le domicile de la dirigeante syndicale Rabiatou Serah Diallo

Un groupe de militaires a perquisitionné le domicile de Hadja Rabiatou Serah Diallo, secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée, lundi, à Boffa, préfecture située à près de 300 km de Conakry, a appris APA de bonne source.
Les militaires qui se sont introduits dans cette concession que Rabiatou Serah Diallo utilise pour ses vacances, à Boffa, localité d’origine de son époux, n’auraient cependant rien emporté, selon nos sources.

Toutefois, la syndicaliste et son entourage trouvent que ce comportement des forces de l’ordre viole les principes de l’Etat de droit auquel la Guinée aspire.

Depuis la prise du pouvoir par le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), c’est la seconde fois que des militaires font irruption chez des membres des syndicats en Guinée.

En janvier dernier, l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo avait reçu à son domicile à Conakry, la visite de militaires, venus du camp Alpha Yaya Diallo, quartier général de la junte, à la recherche d’armes et de mercenaires.

L’incident s’était terminé sur des excuses que la junte avait présentées au président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), l’une des principales formations politiques du pays.

Source : http://www.apanews.net

Lire la suite

14 février 2009

Suspension des activités politiques et syndicales

Ce samedi 14 février, les leaders de l’intercentrale syndicale ont rencontré les leaders politiques pour échanger des opinions au sujet de la suspension des activités syndicales et politiques par la junte militaire dirigée par l'autoproclamé président de la république, Moussa Dadis Camara. Pour les représentants syndicaux, la suspension des activités syndicales constitue une violation des règles internationales auxquelles la Guinée a donné son approbation. « C’est d’ailleurs une violation des conventions internationales qui, pour l’intérêt de la paix, veulent que les syndicalistes exercent pleinement leurs activités pour la pacification du paysage socio-politique du pays » a déclaré Dr Ibrahima Fofana, de l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG).

Le syndicaliste Fofana a, par ailleurs, rassuré la junte que la grève n’est point synonyme de pagaille : « La grève n’est pas synonyme de pagaille ou de désordre comme on a tendance à le croire en Guinée. Cette suspension des syndicalistes ne sert pas le CNDD. Elle nous pousse par contre à nous mobiliser davantage. Car pour nous, la paix signifie avoir le droit de s’exprimer librement. »

Quant à la Société civile, la crainte d’un retour aux vieilles méthodes de l’ère Conté a été rappelée. Elle a exprimé ses craintes face au risque de violations des droits humains en Guinée. « Je porte le message de la majorité des acteurs de la vie politique et de la société civile guinéenne en disant que nous ne pouvons pas continuer à être traités comme dans les anciens régimes », déclarait sans ambages Hadja Saran Daraba, représentante de la société civile.

La rencontre de ce samedi a enregistré la participation de plusieurs personnalités de la classe politique guinéenne (Ousmane Bah de l’Union pour le renouveau -UPR-, Jean Marie Doré de l’Union pour le progrès de la Guinée -UPG-), de la société civile et du corps syndical guinéen (Hadja Rabitaou Diallo -CNTG-, Yamodou Touré -ONSLG-, Abdoulaye Baldé - UDTG). Le président du Conseil national pour la démocratie et le développement-CNDD- a préféré se fait représenter par le lieutenant-colonel Morciré Camara.

Lire la suite

25 janvier 2009

Le début de la dérive du chef de la junte

La récente adresse du Chef de l’Etat faite à la nation Guinéenne nous donne l’image comme s’il venait d’être élu juste par le peuple pour un mandat bien précis. On se souvient qu’il avait demandé aux forces vives de la nation lors de leur rencontre, de s’entendre en vue de formuler au CNDD des propositions relatives à l’organisation des différentes consultations électorales.
Force est de constater qu’en un laps de temps, les partis politiques ont réussi à formuler des propositions dont entre autres la tenue d’élections législatives et présidentielles au courant de l’année 2009. Curieusement, le Chef de l’Etat dans son discours n’a mentionné nul part, la période et l’ordre desdites consultations électorales et ni de l’élaboration de la nouvelle Constitution ainsi que son mode d’adoption. Il s’est contenté de tenir des promesses impossibles à réaliser en l’espace de deux ans.

Le Chef de l’Etat devrait logiquement mettre à profit lors de son discours adressé à la nation pour donner une suite aux propositions formulées par les partis politiques afin de prouver sa bonne foie et sa détermination à honorer son engagement au lieu de se chercher à créer l’illusion d’être en mesure de réussir le pari de développement là où ses prédécesseurs ont échoué en 50 ans d’indépendance.

Cet état de fait devrait amener l’ensemble des acteurs politiques à prendre conscience de l’impérieuse nécessité d’exiger du CNDD une feuille de route claire et précise de la transition à suivre au risque de regretter plus tard leurs divisions et actes de passivité.

Comment pourra-t-on en deux ans réaliser les promesses faites par le Chef de l’Etat en matière d’agriculture et de sécurité alimentaire ou de création d’emplois ? Une analyse objective relative aux exigences liées à la modernisation de l’agriculture devrait nous amener à examiner les différentes viabilités (techniques, organisationnelles, financières, sociales et environnementales) indispensables à l’atteinte des tels objectifs. Si le Chef de L’Etat avait été plus précis sur le nombre d’hectare de terre irriguée à réaliser, les lieux et les différents paquets d’interventions, nous aurions pu mesurer le caractère du réalisme et du sens de l’équité de son programme.

La modernisation de l’agriculture suppose la maitrise de l’eau à travers des aménagements hydro-agricoles ou de retenues collinaires; l’appropriation des itinéraires techniques; de l’existence de semences améliorées; de la disponibilité d’engrais, de pesticides et de produits phytosanitaires; de l’appui à la professionnalisation des producteurs; de la recherche et du conseil agricole ; de la réalisation d’infrastructures de stockage, de la conservation et de la transformation des produits; du désenclavement des zones de productions et de l’accès à la terre et de la sécurisation foncière.

Quant à la création de l’emploi, nous apprécierons d’être édifié sur le comment il entend tenir sa promesse ? Dans l’hypothèse d’une transition en un ou deux ans tout au plus, l’Etat pourra-t-il mener toutes les reformes ou créer les conditions d’implantation des grandes entreprises pour absorber l’ensemble des chômeurs ? Quand on sait que l’Etat n’est pas en mesure de procéder au recrutement, on pourrait se demander pourquoi se lancer alors dans des promesses qui seront difficiles à réaliser ? Le Ministère en charge de la promotion de l’emploi sera-t-il en mesure de mettre en place des supports techniques et financiers pour soutenir la création d’entreprises économiques rentables ou initier la mise en place d’entreprises d’insertions (employabilité). Il risque fort de n’être même pas en mesure de s’occuper convenablement du sport à plus forte raison de l’emploi des jeunes.

Nous pensons qu’il ne sert à rien de formuler des vœux pieux au peuple de Guinée qui ne sont ni basés sur du réalisme et ni de l’engagement de l’ensemble des parties prenantes à s’occuper des questions fondamentales de développement avec un régime d’exception sommé d’organiser une transition rapide. Il nous semble très peu possible de mobiliser des ressources auprès des partenaires techniques et financiers pour s’occuper des questions de développement. Au contraire, les partenaires clés tels que la CEDEAO, l’UA, l’UE, les USA, etc. se sont manifestés en particulier pour appuyer l’organisation d’élections libres, transparentes et acceptées par tous les acteurs et partenaires. Le chantier pourrait bénéficier sans équivoque de soutien auprès des partenaires.

Le Chef de l’Etat nous a annoncé également son intention d’engager des actions visant la récupération des bâtiments et domaines rachetés ou accaparés par les anciens hauts cadres de l’Etat. Nous saluons cette heureuse initiative pourvu qu’elle concerne tout monde sans exclusive, en commençant par les anciens dignitaires de la première République. Le peuple pourrait être également situé sur le cas des immeubles de la cité de chemin de fer et des sources d’enrichissements de Santillo. Nous supposons que les Audits devront passer au peigne fin les cas des importations de Santillo et de Mamadou Sylla ainsi que l’impôt qu’ils doivent au trésor public. Nous attendons également de voir les nouvelles autorités faire l’Audit des 24 ans de la gestion des villas de la cité de l’OUA, du Novotel, de l’hôtel Camayenne et de la cession de l’hôtel Gbéssia. Il serait souhaitable de faire l’état des lieux sur l’ensemble du patrimoine bâti de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national. Si le but visé est de rendre justice au peuple de Guinée chacun sera fortement édifié sur les réelles motivations du CNDD ou s’il s’agit simplement de vouloir trouver l’alibi pour s’attaquer à leur cible. Par ailleurs, la décision prise par le Chef de l’Etat de confier la responsabilité de la conduite des Audits à des cabinets confirmés et de procéder à l’Audit du Ministère de la Défense Nationale et du service de carburant est à saluer. Car, elle ouvre la voie à l’équité et l’impartialité. Nous fondons l’espoir de voir lesdits Audits être conduits selon les règles de l’art en toute impartialité et objectivité.

Le fait de vouloir blanchir le feu Président Lansana Conté est une aberration totale et constitue une insulte au peuple de Guinée. Est-ce que les nouvelles autorités accepteront-elles de faire objectivement la lumière sur les responsables des tueries et des tortures des pauvres citoyens de la Haute Guinée en 1993-1994 et ceux de Conakry en 1998, 2000, 2006, 2007 et 2008 ? Quel fut le rôle de l’armée Guinéenne dans ces douloureux événements ? Des lors, on pourrait se demander quelle est sa vraie mission ?

Certains journalistes démagogues se permettent de considérer le feu Président Lansana Conté comme un démocrate. S’il en était un, le pays ne serait pas à ce stade. Car, il n’aurait pas changé la constitution dans le but de mourir au pouvoir comme il l’a souhaité. Aucune élection crédible, juste et transparente n’a été organisée en son temps. Sinon comment pourrait-on expliquer qu’il dise vouloir les cinq communes de Conakry et, au finish, les obtenir toutes ? Comment le PUP peut-il remporter les 38 circonscriptions uninominales lors des dernières élections législatives ?
Si par le passé le peuple de Guinée a accepté avec docilité de voir ses taxes et impôts servir à nourrir, à loger et à armer des gens rien que pour tirer sur lui quand il revendique ses droits les plus élémentaires, il ne sera désormais plus prêt à accepter cela. Cela devrait être connu des nouvelles autorités. Evitons de réveiller les morts ou de faire des promesses fallacieuses afin de focaliser nos énergies sur les actes de nature à favoriser la cohésion sociale, la paix et l’instauration d’une véritable démocratie.

Si les nouvelles autorités du pays veulent rentrer dans l’histoire par la grande porte, elles devront s’atteler à poser rapidement des actes concrets qui s’inscrivent dans le cadre de l’instauration d’une démocratie effective. Elles pourront se pencher sur l’élaboration et l’adoption d’une constitution qui garantira l’équilibre entre les différents pouvoirs et qui empêchera toute confiscation éventuelle du pouvoir en favorisant l’alternance démocratique. Elles procéderont à l’organisation d’élections justes, libres, transparentes et acceptées par tous sans prise de position partisane. Elles devront engager des actions vigoureuses pour assurer la sécurité des personnes et de leurs biens vivant sur le territoire Guinéen. Elles initieront le dialogue entre les fils et filles du pays dans une logique de réconciliation nationale. Elles lanceront des reformes ardues au niveau des secteurs clés tels les finances, la fonction publique, la décentralisation et le secteur privé à l’image des pays réformateurs comme L’Ile Maurice, le Botswana, le Ghana, le Burkina, l’Ouganda, le Mali, etc.

Par contre il ne sert à rien de vouloir procéder à la privatisation de SOTELGUI, d’EDG et de la SEG dans le contexte actuel. Car le pays ne pourra pas tirer profit desdites privatisations. Nous risquons de revivre l’expérience amère des privatisations réalisées au lendemain de la prise du pouvoir par le CMRN. L’option idéale serait de transformer ces sociétés en Agence dotée de l’autonomie de gestion qui sera rattachée à la Primature. L’Etat devrait procéder au recrutement sur appel d’offres aux postes clés à pourvoir et mettre en place un système incitatif à la performance et de sanctions positives et négatives.

Il appartiendra au futur Président de la République élu démocratiquement de mettre en œuvre son projet de société qui pourrait certainement couvrir la gouvernance, l’éducation, la santé, les infrastructures de base, l’agriculture, l’emploi des jeunes, la décentralisation et le développement local, etc. Il est tout à fait souhaitable de pouvoir engager la renégociation de l’ensemble des contrats où les intérêts de la Guinée semblent être moins pris en compte. Nous devons mettre à contribution les fils et filles du pays ayant l’expertise confirmée en la matière et faire recours aux spécialistes de grande réputation internationale pour conduire lesdites renégociations dans l’esprit gagnant-gagnant entre les deux parties et non gagnant- perdant.

Le créneau relatif à la prévention et gestion des conflits pourrait être une opportunité pour le Chef de l’Etat et ses compagnons pour promouvoir la consolidation de la paix en Guinée. Ils pourront mettre en place une structure ayant pour mission la préservation de la paix et la quiétude sociale. Cette structure devrait mener des études sur les types et sources de conflits, conseiller les décideurs sur les risques éventuels de conflits, faire du plaidoyer et du lobbying et former les acteurs clés de la nation sur la prévention, la négociation/médiation ainsi que la gestion post conflit en vue de contribuer activement à la pacification du pays. Ils pourront saisir les opportunités existantes auprès du PNUD, de l’USAID, de l’UE, etc. pour réaliser leur mission. Car, aucun développement ne saurait être possible sans la paix. Le Chef de l’Etat pourrait créer également le poste de Médiateur National et nommer une personne de grande probité morale ayant les vertus du dialogue et de la tolérance en vue de faciliter la médiation et la résolution des différents qui opposent l’Administration et les administrés.

Oumar Wann,
Consultant en Gouvernance et Développement Local.
Conakry, République de Guinée


Lire la suite

24 janvier 2009

Et si Conté avait préparé Dadis !

Il se susurre que le général Lansana Conté, avant de rendre le dernier soupir, aurait jeté son dévolu sur le directeur du service des essences de l’armée (14 novembre 2008), le capitaine Moussa Dadis Camara, pour lui succéder. Vrai ou faux ?
En tout cas, l’actuel homme fort de Guinée avait de très bons rapports avec le défunt président. La preuve ? Lorsqu’il fallait le nommer directeur du service des essences, de l’armée, « Pessè » (celui qui parle cru en langue soussou) aurait affirmé, c’était le 14 novembre 2008, que « si le nom de Dadis ne figure pas sur la liste, je ne signe pas le décret.

En effet, il était coutume à l’époque, dans l’atmosphère de fin de règne, que, concernant les nominations, entre chez Conté et la Radio télévision guinéenne, des noms soient biffés pour être remplacés par d’autres. A cette histoire de nomination s’ajoute l’amitié qui lie Dadis au capitaine Ousmane Conté, fils de son père.

- « Allo, mon commandant ! »

En me rendant chez l’ex-Premier ministre Sidya Touré, j’ai appelé ce dernier qui a, d’abord, répondu : « Allo, mon commandant ! ». J’ai dû dire que c’était moi. C’est bien plus tard chez lui qu’il me dira qu’il a cru que c’était l’aide de camp de Blaise Compaoré, le commandant Céleste Coulibaly, qui le rappelait, car il venait de s’entretenir téléphoniquement avec le PF. En fait, c’est parce que nous avions utilisé notre numéro du Burkina Faso avec l’indicatif 226 qu’il a été induit en erreur, car il croyait que l’appel émanait de Ouagadougou.

- Moi, Rouguy Baldé, amazone de Matam

Au cours d’une rencontre entre Moussa Dadis Camara et les femmes de Guinée le 7 janvier dernier, une femme a été particulièrement félicitée pour son courage, son intégrité et sa combativité par le capitaine-président : Rouguy Barry/Baldé, ancienne maire de la commune de Matam. A un certain moment sous le règne de Conté, elle a souffert le martyr. Pourtant, elle a beaucoup fait pour sa commune. Elle a dû s’exiler en France avant de revenir.

- Alpha Condé du RPG : à Conakry ou à Paris ?

L’opposant Alpha Condé était injoignable dans la semaine du 5 au 8 janvier. Etait-il dans la capitale guinéenne ? Ou à Paris, comme certains Guinéens l’ont laissé croire ?

- Si près, si loin de Dadis Camara

Lorsque j’ai pu accéder à l’antichambre où officie le capitaine Dadis Camara, j’étais avec Cheick Yerim Seck de Jeune Afrique et un financier que Yerim avait accompagné. Nous étions trois civils, entourés de militaires, dans une salle climatisée avec un téléviseur plasma, qui nous permettrait de suivre France 24. De là, des proches du maître des lieux, tels le capitaine Keletigui Faro (SG de la présidence), un certain capitaine Barry et le fameux Claude Pivi (Coplan), bardé de ses wack, émergeaient de temps en temps du bureau présidentiel. Cheick se levait et parlementait souvent avec l’un deux.

- « Déplacement à Conakry »

Lorsque vous prenez un taxi dans la capitale guinéenne, si vous dites « déplacement », cela signifie que vous voulez être seul dedans jusqu’à destination. Sinon, vous devez vous serrer à 5 ou 6. L’avantage avec le déplacement, c’est qu’il vous dépose devant chez vous, mais c’est plus cher. Quand vous êtes à plusieurs, c’est en chemin que chacun descend selon l’itinéraire du taxi.

- Tabula rasa


A suivre le discours de la junte en Guinée, c’est une sorte de table rase qu’elle veut faire. Les 27 membres du gouvernement ont pratiquement été imposés au PM, Kabiné Komara, avec 10 militaires. Mais avant le gouvernement, les nouveaux maîtres ont pratiquement changé les premiers responsables des 7 gouvernorats et des 33 préfectures que compte la Guinée.

- Merci Cheick Yerim

Si j’ai pu vraiment bien effectuer mon travail à Conakry, je le dois à mon confrère de Jeune Afrique, Cheick Yerim Seck, qui m’a « tuyauté », comme on dit dans notre jargon. Merci Cheick, c’est confraternel. Et naturellement aussi, merci à mon ami Caleb Kolié, patron de la radio Familia FM.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

L’Observateur Paalga
Source : Le Fasonet

Lire la suite

21 janvier 2009

Halte aux tortionnaires ! Human Rights Watch interpelle la junte guinéenne

« Human Rights Watch a reçu des informations crédibles sur la présence au sein du CNDD d'officiers militaires qui ont été liés à de graves violations de droits et à des crimes, dont la torture. Compte tenu de ces préoccupations, nous vous prions d'examiner minutieusement les dossiers de ceux qui occupent une place actuellement au sein du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et du nouveau gouvernement » a indiqué Corinne Dufka, directrice de projet pour l’Afrique de l’Ouest de l'Ong Human Rights Watch dans une lettre (du 21 janvier 2009, voir ci-dessous) ouverte adressée au Capitaine Moussa Dadis Camara , président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, junte), qui s'est autoproclamé Président de la république au lendemain de l'annonce officielle de la mort du Général Lansana Conté le 22 décembre 2008. Corinne demande aux nouvelles autorités guinéennes de poursuivre les enquêtes sur les assassinats de 137 guinéens en janvier et février 2007 lors des grèves qui avaient secoué le pouvoir du défunt président guinéen, Général Lansana Conté.

Lettre au leader du coup d’État guinéen sur la nécessité de tenir des élections et de mettre fin à l’impunité.

21 Janvier 2009

Capitaine Moussa Dadis Camara
Président du Conseil national pour la démocratie et le développement
République de Guinée

Mon Capitaine,

Human Rights Watch est l'une des principales organisations internationales indépendantes de défense des droits humains. Nous vous écrivons aujourd'hui pour vous enjoindre de prendre des mesures concrètes et significatives pour résoudre la crise constitutionnelle survenue à la suite du récent décès du Président Lansana Conté, et aborder certains problèmes chroniques en matière de droits humains et aux faiblesses correspondantes de l'Etat de droit qui ont caractérisé son administration durant 24 années.

En votre qualité de président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), l'amélioration de la réputation de la Guinée en matière de droits humains devrait selon nous figurer parmi les toutes premières priorités de votre gouvernement. Nous vous recommandons donc de démontrer vos qualités de dirigeant en vous attaquant à plusieurs problèmes très urgents. Par rapport à la crise constitutionnelle, nous vous demandons de :
Faire respecter le droit de tous les Guinéens de choisir leurs représentants dans le cadre d'élections parlementaires et présidentielle libres, équitables et transparentes dès que possible.
Abroger l'interdiction de toute activité politique et syndicale, imposée par le CNDD le 23 décembre 2008.
Accepter un contrôle international adéquat des élections.
En ce qui concerne la longue période d'impunité et de crise de l'Etat de droit, nous vous appelons à vous engager sans équivoque à respecter les droits humains fondamentaux de tous les Guinéens et de :

. Garantir que la Commission d'enquête indépendante, créée pour enquêter sur l'assassinat d'au moins 137 manifestants non armés par des forces de sécurité pendant la grève de janvier et de février 2007, soit financée et opérationnelle dès que possible.
. Garantir que l'Observatoire national pour la démocratie et les droits de l'homme, mandaté pour enquêter sur les violations des droits humains et de mener des initiatives d'éducation des droits humains, soit entièrement opérationnel et financé, et autorisé à fonctionner indépendamment.
. Garantir une enquête approfondie sur tous les membres du CNDD et du gouvernement récemment nommé, concernant leur éventuelle participation à des violations de droits humains, à des actes de corruption, ou à d'autres crimes graves, et s'assurer qu'ils sont tenus responsables pour tout crime qu'ils auraient commis, conformément aux normes internationales de procès équitables.

Élections parlementaires et présidentielle

Human Rights Watch se réjouit de votre engagement à organiser des élections avant la fin de l'année 2009, et vous demande ainsi qu'à votre gouvernement de prendre des mesures concrètes afin de garantir leur tenue dès que possible. Le droit de tous les Guinéens de participer aux affaires publiques et d'élire librement leurs représentants est garanti par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par la Guinée le 24 janvier 1978. Comme vous le savez, l'ajournement des élections parlementaires, prévues initialement pour juin 2007, est une violation sérieuse de ce droit. Des mesures concrètes pour l'organisation d'élections parlementaires, qui auraient dû être tenues il y a longtemps, ainsi que de l'élection présidentielle charnière, constitueraient un grand pas en avant vers le rétablissement de la confiance et du financement des bailleurs de fonds, nécessaires à la préparation satisfaisante des élections. Nous vous demandons aussi d'abroger l'interdiction de toute activité politique et syndicale imposée par le CNDD peu après sa prise de pouvoir le 23 décembre 2008.

Des observateurs nationaux et internationaux d'élections ont régulièrement exprimé leurs inquiétudes à l'égard des élections en Guinée dans le passé, remarquant que les élections de 1993, 1998 et 2003 étaient entachées par des ajournements, des boycotts par les partis de l'opposition, des accusations de fraude, d'intimidation et de violence par l'Etat. Votre gouvernement doit prendre des mesures concrètes et importantes pour assurer que toute élection à venir marque un éloignement avec les problèmes qui ont entaché les élections passées. Les dernières décennies de vie politique en Guinée ont été caractérisées par une influence militaire importante et inappropriée sur les affaires de l'Etat, et le décès de l'ancien Président Conté fournit une opportunité de retourner à un gouvernement civil, responsable vis-à-vis du peuple guinéen. Nous saluons votre engagement à rendre le pouvoir à un gouvernement civil élu de façon équitable et nous vous demandons de garantir l'impartialité des élections, y compris en acceptant la présence d'observateurs internationaux d'élections.

Un Etat de droit affaibli et l'impunité liée aux violations

Depuis 2006, Human Rights Watch effectue des recherches approfondies sur diverses violations de droits humains en Guinée, y compris la torture, les exécutions extrajudiciaires, l'extorsion de fonds répandue dont font l'objet les citoyens, ainsi que d'autres graves violations commises essentiellement par des membres des forces de sécurité. Les auteurs de ces abus ont profité d'une immunité quasi totale. Au-delà de ces violations, le système judiciaire qui est en proie à des carences comme le manque d'indépendance du pouvoir exécutif, l'insuffisance des ressources, la corruption ainsi que la formation inadéquate des juges et d'autres employés, a laissé les Guinéens avec un maigre espoir de réparations. Nous prions votre gouvernement de commencer à aborder cette crise de la façon suivante.

1. La commission d'enquête relative aux abus liés à la grève

Presque deux ans après la répression par les forces de sécurité d'une grève nationale contre la détérioration de la situation économique et la mauvaise gouvernance où 137 personnes ont perdu leurs vies et plus de 1700 personnes ont été blessées, il n'y a pas eu d'avancée significative dans l'enquête et encore moins dans les poursuites judiciaires contre les responsables des abus.

En avril 2007, Human Rights Watch a publié un rapport sur les violations de droits humains commises pendant la grève de janvier et février 2007, intitulé: « Mourir pour le changement: Les forces de sécurité guinéennes répondent par la brutalité et la répression à une grève générale ». Le rapport fournit un compte-rendu détaillé des violations généralisées des droits humains, commis par les membres des forces de sécurité, en particulier de la garde présidentielle, qui ont tiré directement dans la foule des manifestants non armés et ont perpétré d'autres graves exactions y compris le viol, l'agression et le vol.

En mai 2007, l'Assemblée Nationale a adopté une loi mettant en place une commission indépendante chargée d'enquêter sur les violences, et en septembre 2007, 19 membres de la commission ont prêté serment. Malheureusement, la commission n'a jamais reçu le financement ni le soutien logistique suffisant du gouvernement et le mandat de la commission a expiré le 7 janvier 2009 sans que la commission ait pu mener une enquête ou produire un rapport.

Ce manque apparent de volonté politique du gouvernement précédent de traduire en justice les auteurs de crimes, ou de rendre justice d'une autre façon aux victimes des violations sérieuses commises pendant la grève de janvier et février 2007, inquiète profondément Human Rights Watch. Ce manque contribue à une pratique dangereuse d'impunité, qui, à son tour, a des conséquences négatives pour la population guinéenne. La répression violente des manifestations en octobre et novembre 2008, pendant laquelle au moins cinq manifestants non armés ont trouvé la mort et 40 autres ont été blessés, renforce cette inquiétude.

La Guinée a l'obligation selon le droit international de mener une enquête approfondie et indépendante sur les violations de droits humains perpétrées par les forces de sécurité et autres, suivie de poursuites judiciaires contre les personnes contre qui des preuves sont réunies, conformément aux normes internationales. Ces poursuites devraient inclure les personnes dans des positions d'autorité, celles qui donnaient les ordres ou celles qui étaient dans une position d'empêcher les abus mais qui ne l'ont pas fait.

Nous vous demandons de relancer et de prolonger immédiatement le mandat de cette commission d'enquête et d'assurer son indépendance suffisante, la protection de ses membres et des témoins, et d'offrir les garanties de financement pour qu'elle entame son travail immédiatement et le finisse équitablement et rapidement.

Des poursuites judiciaires indépendantes et conduites de manière professionnelle contre les auteurs des abus commis en janvier et février 2007 seraient une contribution importante à la lutte contre l'impunité. Nous vous implorons de saisir cette occasion sans délai.

2. L'Observatoire national de la démocratie et des droits de l'homme

En juin 2008, le Premier ministre de l'époque, Ahmed Tidiane Souaré, a créé l'Observatoire national de la démocratie et des droits de l'homme (ONDH), mis en place pour enquêter et rapporter sur les violations de droits humains, mener des initiatives d'éducation sur les droits humains, essentiellement au sein des forces de sécurité, et conseiller le gouvernement sur des sujets liés aux droits humains et au droit humanitaire. A la fin de 2008, l'ONDH a mené quelques investigations mais n'est pas encore entièrement opérationnel dû à des problèmes de financement.

Alors que la Guinée traverse une période d'incertitude politique et constitutionnelle, une institution nationale des droits humains dédiée à la surveillance et à la de ion des violations de droits humains, dont celles liées aux élections, est indispensable. Cette institution sera aussi essentielle dans l'enquête sur les problèmes chroniques tels que la maltraitance des suspects, le mauvais état des prisons, et les abus liés au travail, au trafic et au mauvais traitement des enfants. Une telle institution devrait être mise en place conformément aux normes internationales relatives à ces organismes, y compris les Principes de Paris des Nations Unies.

Human Rights Watch estime que l'ONDH peut apporter une contribution importante à la résolution des problèmes imminents et chroniques de l'Etat de droit auxquels la Guinée fait face aujourd'hui. Nous demandons à votre gouvernement d'assurer le soutien financier et logistique de l'Observatoire et de lui permettre de fonctionner indépendamment. Votre soutien déclaré à l'ONDH est une des mesures importantes par lesquelles votre gouvernement peut montrer son soutien à la protection et à la promotion des droits humains.

3. La vérification et la conduite des membres du CNDD

Human Rights Watch a reçu des informations crédibles sur la présence au sein de la CNDD d'officiers militaires qui ont été liés à de graves violations de droits et à des crimes, dont la torture. Compte tenu de ces préoccupations, nous vous prions d'examiner minutieusement les dossiers de ceux qui occupent une place actuellement au sein du CNDD et du nouveau gouvernement. Tout individu contre qui des preuves existent, sur sa participation dans le passé à des violations de droits humains, à des actes de corruption, ou à d'autres crimes graves, doit être poursuivi en justice conformément aux normes internationales relatives aux procès équitables.

Nous faisons aussi part de notre inquiétude au sujet d'une vingtaine de militaires et d'officiers civils haut placés au sein du gouvernement précédent. Nous avons appris que ces hommes, arrêtés autour du 3 janvier 2009, sont détenus au camp militaire Alpha Yaya Diallo. Une enquête formelle doit être menée sur ceux d'entre eux qui sont toujours détenus. Ils doivent être inculpés ou libérés si aucune inculpation n'a lieu dans un délai qui respecte les principes de jugement en bonne et due forme.

Conclusion

Le gouvernement guinéen a une obligation juridique sous divers traités internationaux et africains relatifs aux droits humains, dont le Pacte internationale relatif aux droits civils et politiques ainsi que la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, qui lui imposent le respect du droit à la vie, à l'intégrité physique, à la liberté et à la sécurité de la personne, ainsi que le respect de la liberté d'expression, d'association et de réunion.

Human Rights Watch vous conseille vivement de réitérer publiquement votre attachement à ces obligations légales, et d'exiger de tout représentant du gouvernement guinéen de les respecter. Enfin, nous vous demandons de garantir la tenue d'élections dès que possible, conformément aux normes internationales, et le respect des résultats de ces élections.

L'avenir politique de la Guinée est en jeu. Nous espérons que vos actions et celles de votre gouvernement mèneront aux améliorations essentielles des problèmes chroniques qui ont ébranlé les droits civils, politiques, sociaux et économiques de la population guinéenne pendant des années. Human Rights Watch se tient à votre disposition pour soutenir les efforts de votre gouvernement visant à renforcer l'Etat de droit et à garantir que les auteurs de violations des droits humains seront tenus pour responsables.

Veuillez agréer, Mon Capitaine, l'expression de mes salutations distinguées.

Corinne Dufka
Directrice de projet pour l'Afrique de l'Ouest
Human Rights Watch


CC :
. M. Kabiné Komara, Premier ministre de la République de Guinée
. Dr. Mohmed Ibn Chambas, Président de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)
. M. Ramtane Lamamra, Commissaire à la paix et la sécurité de l'Union africaine
. M. Said Djinnit, Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest

Lire la suite

18 janvier 2009

Des citoyens brutalisés par la junte militaire

Décidément, la Guinée change de gouvernements sans changer de régime. Les pratiques ubuesques du régime Conté sont encore omniprésentes. L'impunité érigée en véritable mode de gouvernance se perpétue sans que personne ne s'en plaigne.
Les banlieusards du quartier Lambanyi vivent la hantise de la brutalité des gardes du corps de Moussa Dadis Camara qui s'est autoproclamé chef d'État guinéen au lendemain du décès du président Général Lansana Conté le 22 décembre dernier.

Les "chiens de garde" du président Dadis, se livrent à toutes sortes de bavures depuis qu'ils assurent la sécurité de son domicile. Leurs comportements est décriés par tous les habitants de Lambanyi, notamment les jeunes qui en ont assez de se coltiner des imbécillités de voyous incorporés dans l'armée.

Ils effarouchent, tarabustent et agressent sexuellement. Tenez, il y a seulement quelques jours, le nommé Kandé, enseignant de son état et voisin d'à coté de la famille présidentielle, s'est payé les frais de la nervosité des "chiens de garde" de monsieur le président. Il a été copieusement bastonné pour le simple motif qu'il s'était permis une réplique aux enragés qui sautent sur tout ce qui bouge et bougent sur tout ce qui saute. Il en est de même pour cette jeune fille qui a été molestée et traînée sur plusieurs mètres par un militaire pour avoir osé répondre non aux avances de ce dernier.

Des bavures, brimades et rackets sont signalés un peu partout dans ce quartier. Les habitants terrorisés ne savent plus à quel saint se vouer. À quand donc la fin de ces pratiques d'un autre âge ? Voilà toute la question.

Lire la suite

13 janvier 2009

Moussa Dadis Camara : « Pourquoi j'ai pris le pouvoir »

Quelques heures après le décès, le 22 décembre, du président Lansana Conté, c’est un capitaine de l’armée, inconnu de la population mais apprécié au sein de la troupe, qui s’est imposé à 44 ans comme le nouvel homme fort du pays. Son programme affiché : assurer la transition, organiser un scrutin présidentiel et retourner en caserne. C’est en président autoproclamé, mais critiqué par une partie de la communauté internationale, qu’il a accordé sa première longue interview à Jeune Afrique.

Quand il nous reçoit, à la nuit tombante, le 25 décembre, au siège du Bataillon autonome des troupes aéroportées (Bata), une bâtisse jaunâtre au cœur du camp Alpha-Yaya-Diallo, en périphérie de Conakry, le capitaine Moussa Dadis Camara, qui s’est emparé du pouvoir deux jours plus tôt, est très entouré. Dès le portail de la caserne, des hommes surexcités, kalachnikovs en main, et des Jeep équipées de ­lance-roquettes entourent le bâtiment fortifié qui abrite le nouvel homme fort du pays. Pour nous accueillir, le colonel Aboubacar Sidiki Camara, ancien de l’École militaire de Paris et numéro cinq du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) nouvellement constitué. Installés dans un bureau dépouillé – une table, des chaises et une armoire en bois rouge –, nous sommes rejoints après quelques minutes par « Monsieur le président de la République ». Ainsi l’annonce son garde du corps. Avec lui, les numéros deux et trois de la junte : le général de brigade Mamadouba « Toto » Camara et le lieutenant-colonel Sékouba Konaté. Tous deux ont ensuite été désignés respectivement ministre de la Sécurité et de la Protection civile et ministre de la Défense nationale.

Béret rouge incliné, treillis, manches retroussées, une seule bague fétiche, Moussa Dadis Camara lance d’emblée : « Excusez-moi, mais je ne tiens plus. Depuis le début des événements, je n’ai pas mangé, ni dormi. Permettez-moi d’avaler un morceau avant de démarrer. » De son assiette de riz-sauce agrémenté de viande, il laissera la moitié. « Je ne savais pas le pouvoir si stressant », lâche-t-il pour justifier son faible appétit. Traits tirés, yeux rougis par le manque de sommeil, débit hésitant, voix éteinte, Dadis est alors prêt pour deux heures d’entretien. D’un ton franc et direct.

Jeune Afrique : Vous avez brutalement fait irruption sur le devant de la scène. Tous ceux qui ont découvert votre visage se posent des questions. Qui êtes-vous ?

Moussa Dadis Camara : Je suis un homme ordinaire, mais je me reconnais certaines qualités : l’honnêteté, la franchise, la sincérité… Ces traits de caractère se reflètent dans mes actions comme dans mes relations avec les autres. Je suis déterminé au point de paraître borné. Quand je me fixe un objectif, je ne m’arrête pas avant de l’avoir atteint. Je suis allergique à l’injustice et je réagis spontanément pour la combattre. Tous ceux qui me connaissent le savent : je dis toujours la vérité même si je dois en pâtir. Je déteste le mensonge, l’hypocrisie et l’ingratitude… Je réagis à toute attaque injuste quel que soit le rang de la personne de laquelle elle émane. Et quelles qu’en soient les conséquences. Enfin, je crois sans réserve en Dieu. C’est cela ma force.

Vous êtes né dans une famille modeste à Nzérékoré, au cœur de la Guinée forestière, très loin de Conakry. Vous venez de loin au propre comme au figuré.

Je vois là des atouts et non des handicaps. Ma naissance dans une famille modeste m’a appris à avoir de la compassion pour les personnes défavorisées et à me détacher des biens matériels. J’ai fait mes études dans des conditions très dures. J’ai grandi sous la férule d’un père autoritaire, qui a forgé mon caractère. Je suis fier de cette famille – qui m’a inculqué le courage, la persévérance et le rejet de l’envie –, notamment de ma mère, âgée de plus de 100 ans et qui vit chez moi, à Conakry.

Vous êtes devenu « le patron ». Vous attendiez-vous à arriver si haut après être parti de si bas ?

Rien de ce que je vis actuellement ne m’impressionne, car je considère que tout ce qui m’arrive était inscrit. C’est Dieu qui détient le pouvoir, et il le donne à qui il veut, quand il veut. Je l’ai reçu sans jamais en avoir rêvé. Je ne suis ni le plus valeureux, ni le plus populaire des officiers guinéens, encore moins le plus gradé. Je prends ce fait du destin non pas comme un privilège, mais comme une énorme responsabilité qui pèse sur mes épaules. Seuls ceux qui n’ont jamais été chef d’État considèrent ce job comme une sinécure. Vous ne pouvez pas imaginer le poids que représente le fait d’avoir entre ses mains le destin de toute une nation.

Alors pourquoi avez-vous pris le pouvoir ?

Je n’avais pas trop le choix. Je ne compte pas que des amis dans la haute hiérarchie militaire. J’étais donc face à un dilemme après la mort du président Lansana Conté : soit je prenais le pouvoir, soit je quittais le pays. Si le pouvoir était tombé entre les mains du chef d’état-major, Diarra Camara, j’aurais été obligé de m’exiler pour échapper à une mort certaine. Une autre raison, plus générale, m’a poussé à agir. Je ne pouvais pas, en tant que patriote, voir mon pays continuer à s’enliser. Remettre le pouvoir au président d’une Assemblée nationale périmée [Aboubacar Somparé, NDLR], dont le mandat a expiré depuis plusieurs mois, aurait été pure supercherie. Il aurait été également irresponsable de laisser le pays entre les mains d’un gouvernement corrompu et, de surcroît, déchiré par des querelles intestines. L’armée devait prendre ses responsabilités pour mettre fin à des années de dérive. Elle l’a fait, fidèle à son devoir de protection de la nation.

Mais pourquoi vous à la tête de la junte ? Des éléments comme le général de brigade Mamadouba « Toto » Camara sont plus gradés et plus âgés que vous.

La troupe en a décidé ainsi. Et puis, chez l’officier, le grade compte moins que l’efficacité.

D’aucuns évoquent un tirage au sort…

Parole de soldat, il n’y a jamais eu de tirage au sort. Nous nous sommes parlé et entendus.

Quel sort allez-vous réserver au général Diarra Camara, à Ahmed Tidiane Souaré, Premier ministre jusqu’au décès du président Conté, et à Aboubacar Somparé, le dauphin constitutionnel ?

J’ai convoqué, le 25 décembre, Souaré et tous les membres de son gouvernement. Les yeux dans les yeux, je leur ai dit que l’armée avait pris le pouvoir en raison de leur incapacité à enrayer la descente aux enfers de notre pays. Je les ai ensuite laissés libres de leurs mouvements. Quant au général Diarra Camara, nous nous sommes expliqués en soldats, et je pense que nous nous sommes compris. Il ne tient qu’à lui désormais de vivre dans la tranquillité ou la tourmente [par communiqué, il a été mis à la retraite le 28 décembre avec vingt et un autres généraux de l’armée, NDLR]. J’ai pardonné à tout le monde. Mais je ne tolérerai plus le moindre dérapage. Quiconque tentera d’entraver cette transition sera traité comme un ennemi, au sens militaire du terme.

Comment réagissez-vous aux condamnations ou désapprobations de la communauté internationale ?

Je souhaite formuler une seule demande, qui me paraît être la moindre des choses : qu’on nous juge sur nos actes au lieu de nous rejeter sans nous connaître. Loin d’être des aventuriers, nous sommes des hommes sérieux. Le risque d’un basculement dans la guerre ethnique nous a contraints à agir pour enrayer la spirale du pire. Nous allons respecter les droits de l’homme, les règles de l’État de droit et les exigences de la bonne gouvernance. Nous allons redresser ce pays, aligner sur les standards internationaux tous les textes qui ont été tripatouillés, conduire un processus électoral débouchant sur des élections incontestables… La communauté internationale reviendra bientôt à de meilleurs sentiments si elle nous regarde agir. D’ailleurs, je crois savoir que l’annonce de la fixation de la date de la présidentielle à décembre 2010 a dissipé bien des inquiétudes exprimées durant les premières heures après notre prise du pouvoir.

Quelles sont vos priorités pour redresser la Guinée ?

Par souci de méthode, je vais commencer par un état des lieux, un audit général pour connaître la santé de notre économie. Inutile de dire que les fautes de gestion seront punies. Tous les contrats de l’administration vont être revisités. La concession du Port autonome de Conakry à Getma International, par exemple, va être purement et simplement annulée. En dépit d’un audit mené par FFA Ernst & Young, qui déclare ce contrat manifestement défavorable à l’État, le gouvernement sortant s’est entêté à brader notre port. Pour servir quels intérêts ? Nombre de ressources de notre pays ont été cannibalisées pour engraisser des fonctionnaires véreux. Nous allons renégocier tous les contrats miniers pour rétablir l’équilibre au profit de la Guinée. Nous n’avons rien contre les entreprises qui ont investi dans notre pays, mais nous voulons sauvegarder nos intérêts.

Vous avez également promis aux Guinéens de lutter contre un mal qui ronge leur pays, la corruption. Comment allez-vous vous y prendre ?


En commençant par donner l’exemple. Je suis incorruptible. J’interdis quiconque d’accorder la moindre faveur à ma femme, à mes enfants et à n’importe quel membre de ma famille. Les Guinéens sont coutumiers du fait, mais personne ne m’y prendra. J’exige la même conduite de tous mes collaborateurs, des membres du CNDD comme de ceux du gouvernement.

La corruption a gangrené notre pays. Ce n’est plus possible. Celui qui tue sera tué, celui qui vole l’argent de l’État ira en prison. Je ne ferai pas de chasse aux sorcières. Le CNDD n’a pas pris le pouvoir pour instaurer la dictature, mais il sera impitoyable avec les prédateurs.

Vous promettez également des élections transparentes. Si la présidentielle requiert du temps et des moyens pour être organisée, les législatives, elles, avaient été fixées avant votre arrivée aux affaires, au 31 mai 2009. Ses préparatifs semblent avancés. Allez-vous tenir ce délai ?


Je ne me fixe aucune échéance. J’ai demandé aux partis politiques, à la société civile et aux structures impliquées dans le processus, comme la Commission électorale nationale indépendante [Ceni] et le ministère de l’Intérieur, de se réunir et de me soumettre des propositions. Le CNDD les étudiera avec attention, dans le souci d’organiser des élections les plus transparentes qui soient et dans le délai le plus court possible.

Allez-vous, comme vous l’avez promis, laisser toute liberté au nouveau chef du gouvernement [Kabiné Komara a été nommé le 30 décembre, NDLR] ?


Absolument. Il dirige un gouvernement de mission chargé de redresser le pays et d’organiser des élections transparentes dans un délai de deux ans. Le Premier ministre bénéficie de la marge de manœuvre nécessaire pour travailler, sous le contrôle du CNDD. Mais, attendu sur des résultats, il ne saurait être inamovible. S’il remplit sa feuille de route, il bénéficiera de notre soutien. S’il faut à sa mission, le CNDD prendra les mesures correctrices qui s’imposent.

Pourquoi vous réfugiez-vous systématiquement derrière le CNDD ? N’êtes-vous pas, en dernier ressort, le décideur ?

Ce n’est pas cela ma conception de la collégialité. Toutes les décisions vont être prises par consensus, dans la plus grande transparence.

La collégialité, vraiment ? Beaucoup avant vous, qui l’avaient promise, n’ont pas tenu parole…

Je serai alors l’exception. Je n’ai pas l’âme d’un dictateur. J’ai pris le pouvoir avec des frères d’armes que je respecte et avec qui je déciderai à la faveur de débats d’idées. Je ne trancherai que s’il y a blocage sur une question essentielle dont la non-résolution risquerait d’entraver la transition.

Aimez-vous le pouvoir et l’argent ?

Je ne connais pas assez le pouvoir pour l’aimer. Quant à l’argent, je ne veux que ce qu’il me faut pour vivre décemment avec les miens. J’ai horreur de l’argent mal acquis. Je n’ai aucun désir de conduire des bolides ou de vivre dans des châteaux. Je ne suis pas riche et ne le serai pas davantage quand je quitterai le pouvoir.

À quel personnage politique passé ou présent vous identifiez-vous ?

Je ne m’identifie pas à une personnalité politique précise. J’ai un idéal d’homme d’État qui considère le pouvoir comme un moyen pour changer le sort du peuple et non comme un instrument de jouissance personnelle. Et si je devais avoir un modèle, ce serait mon grand-père Koulé Moluba, qui fut chef du village de Koulé Yakéta, à 40 km de Nzérékoré.

Que pensez-vous de vos prédécesseurs à la tête de la Guinée, Ahmed Sékou Touré et Lansana Conté ?

Je n’ai pas connu Ahmed Sékou Touré de près. Lansana Conté, avec qui j’ai longtemps travaillé, m’inspire le respect. Alors qu’il était mal-en-point, il m’a invité à partager son repas une semaine avant sa mort. Après avoir formulé des prières pour qu’il se relève de sa maladie, je lui ai dit : « Si vous connaissez l’humiliation de votre vivant, c’est que Dieu n’existe pas. » Et je le pense vraiment. Voilà pourquoi j’ai attendu sa disparition pour prendre un pouvoir qui était à ma portée depuis plusieurs années.

Pourquoi alors avoir cloué au pilori le bilan de Conté pour justifier la prise du pouvoir par le CNDD ?

Tous les maux que j’ai fustigés sont réels. Mais le défunt président n’en est pas le seul responsable. Notre situation actuelle trouve sa source dans le manque de patriotisme et de rigueur des Guinéens. Lansana Conté a fait ce qu’il a pu pour nous léguer un pays en paix, après nous avoir évité une guerre civile au lendemain de la mort de Sékou Touré, en 1984. Je ne jetterai pas l’opprobre sur un général d’armée qui, de surcroît, m’a protégé contre mes nombreux ennemis au sein de la haute hiérarchie militaire. En novembre dernier, veillant à ce que mon nom ne soit pas barré à la dernière minute, alors qu’il nommait les membres de l’état-major, il a dit devant témoins : « Si le nom de Dadis ne figure pas sur le projet de décret au poste de directeur général des hydrocarbures des armées, je ne le signerai pas. »

Allez-vous rendre le pouvoir, comme vous l’avez promis, en décembre 2010 ?

Absolument.

À cette date, vous n’aurez que 46 ans et vous aurez goûté pendant deux ans aux facilités et honneurs liés au pouvoir. Vous pourriez changer d’avis…

Je n’ai jamais été animé par l’ambition d’exercer le pouvoir. Je ne crois pas que je changerai d’avis. Et puis il faut tenir compte des réalités de notre temps. Ce qui s’est déroulé dans le passé n’est plus possible aujourd’hui.

Source : Jeune Afrique

Lire la suite

12 janvier 2009

Myopie politique de l’Opposition guinéenne

La danse autour du Feu
Se précipiter pour quelle élection ?


Il y a longtemps que nous dénonçons la myopie politique de l’Opposition Guinéenne, et nous croyons fermement à ce que nous affirmons. Nous n’avons jamais changé de discours et jusqu’à présent l’histoire ne nous a pas démenti.
Notre classe politique myope mérite-t-elle de conduire les destinées de la nouvelle génération ?
Nous en doutons fort ! Et parce qu’ils sont myopes, ils nous prennent pour des aveugles.

Depuis la prise de Pouvoir par la junte militaire, ils s’élèvent partout pour réclamer des Élections en 12 mois. Ceux qui réclament des Élections dans 12 mois n’ont jamais dit au Peuple s’il s’agit des Présidentielles ou des Législatives.
L’UFR et ses Associés viennent de confirmer ce constat.
C’est à dire que notre système politique est tellement malade que nous ne savons pas s’il faudrait commencer par les Législatives ou par les Présidentielles. Malgré tout on nous demande d’être prêt dans 12 mois !!!!

L’Assemblée Nationale était inconstitutionnelle et périmée depuis le 18 Juin 2007.
Le Mandat du Président de la République, élu avec 4,96% de la population, doit s’achever normalement le 23 Décembre 2009. Le Président est décédé et l’Assemblée Nationale est dissoute. Malgré cet imbroglio constitutionnel, on exige des Élections dans 12 Mois.

Ils nous demandent d’être prêts pour des Élections Libres et Transparentes dans 12 mois. En même temps ils font actuellement les pieds et le nez au Camp Alpha Yaya devant la junte Militaire pour participer au nouveau Gouvernement de Transition. Ceux qui demandent la Transparence veulent teinter le processus par leur opacité.

Ils veulent la Transparence ? Ils ne nous présentent aucune proposition sur les Audits exigés par le Peuple (et par eux-mêmes), nous permettant de tenir les Élections dans 12 mois.

Ils veulent la Transparence, mais ils ne nous présentent aucun programme de Révision de la Constitution, pouvant nous permettre de garantir la Transparence et la Liberté pendant les Élections dans 12 mois…

Ils exigent des Élections dans 12 mois, mais ils ne nous disent pas comment ils les financeront, pour garantir la participation effective de tous les habitants du pays. Rappelez-vous que le Gouvernement du Foiré nous avait bien dit qu’il n’y avait plus d’argent dans les caisses, et personne n’exige des comptes à Ben Sékou Sylla jusqu’à présent. Le Premier Ministre vient d’affirmer qu’il a besoin de 87 millions de dollars pour boucler l’année 2009. C’est à dire que nous n’avons pas 87 millions de dollars dans les caisses.

Les Partis politiques auraient-ils aussi un problème d’interprétation ? Où trouveront-ils l’argent nécessaire pour la période qu’ils demandent ?

Quel que soit le type d’élection, nous recommandons la prudence. Les Élections Transparentes et libres, ouvertes à tous les enfants du pays sont les voeux de tous les citoyens. C’est pourquoi nous luttons. Faut-il les faire dans la précipitation ? Sommes-nous prêts ? Serons-nous prêts dans 12 mois ?

Nous avions raté 1958 ;
Raté Avril 1984 ;
Raté Mars 2007 !
Aujourd’hui la junte militaire nous donne une autre chance ….
Faudrait-il rater cette occasion par précipitation ?
Faudrait-il bâcler des Élections pour satisfaire la France ? La CEDEAO ET L’UA?
Pendant que nos enfants mourraient pour le Changement, avez-vous rencontré des secouristes de la CEDEAO à Boulbinet ? Avez-vous rencontré des gardiens des Droits de l’Homme de l’UA à Kaporo ? Avez-vous vu un simple container de médicaments du Gouvernement Français pour aider nos blessés ?
Quelle que soit la décision des Institutions étrangères ou des pays qui ne comprendront jamais rien à la lutte de notre Peuple, nous devons rester sereins et conscients qu’il s’agit de notre Patrie, de notre vie et de nos enfants …
Nous avons un problème Politique. Nous sommes le Problème. Nous sommes la Solution ! Pas eux.
La Guinée n’est pas une Province de la France.

Ne nous masquons pas la figure. Nous sommes en Afrique. Par inconscience ou par naïveté, ne croyons pas qu’on nous offrira des Élections Transparentes et Libres sur un plateau d’Or chaque deux ans.
Le Pouvoir sur notre continent cohabite avec la Force et le sang.

Dans un pays ethniquement divisé et sans aucune expérience électorale normale, une élection bâclée pourrait nous réserver le pire : L’éternisation d’un Clan ou d’une Junte Militaire au pouvoir sur fond de chaos politique, après un bain de sang. Ne nous précipitons pas. Ne dansons pas autour du feu les yeux fermés. Rappelez-vous du Kenya : Une élection Présidentielle, 7200 morts en une semaine. Aucun Pouvoir Civil ou Militaire ne passera volontairement le flambeau à un Parti Politique de l’Opposition.

La prise de Pouvoir par voie démocratique est un combat qui peut être gagné par des Partis Politiques, s’ils existent ! Combien de Partis Politiques avons-nous en Guinée ? Avant de parler de la transparence des Élections, c’est l’existence physique même des Partis Politiques qui pose de sérieux problèmes moraux dans notre pays. C’est à dire une Organisation Politique dont l’existence physique peut être prouvée.
Exemple : Nous venons de lire la Proposition de l’UFR et de l’ANAD.
Avant d’entrer dans le débat, regardons la liste des Partis signataires : UFR, UNPG, MEAG, ANP, PLD, PLG, PGUD, UDR.
Voici un échantillon des Partis politiques qui nous appellent à voter dans 12 mois et dont les membres seront éventuellement nos Représentants Démocratiquement Elus.

Dites chers compatriotes : en âme et conscience, sans aucune idée partisane, savez-vous qui sont ces Partis Politiques ? Connaissez-vous leurs adresses ? Leurs sièges ? Ont-ils un numéro de téléphone ? D’ou sortent-ils ? Qu’est-ce qu’ils nous proposent exactement ? Pourquoi voterions-nous pour eux ? Pourquoi voterions-nous contre eux ? Autant de questions auxquelles vous ne trouverez jamais la réponse.

Allez-y voir du coté du RPG … il y a là aussi une coalition d’une douzaine de Partis Politiques et reprenez le même exercice. Après faites un tour du coté de l’UPG. Posez les mêmes questions …. Vous vous rendrez compte que 85% des Partis Politiques guinéens n’ont aucune preuve d’existence physique et morale. Rien que le nom. Pas d’adresse, pas d’activité.

Chers compatriotes, ça ne vous donne pas la chair de poule d’aller voter pour des Partis Politiques Fantômes ? Ou pour des Partis Politiques clandestins ? Des Partis Politiques invisibles ont-ils le Droit de parler en votre nom ? Etes-vous prêts pour des Élections avec des Partis Politiques fictifs? S’ils existent et se ressemblent, pourquoi ne se regrouperaient-ils pas au sein d’une seule Organisation ?
On dit « qui se ressemblent, s’assemblent ». Mais pas eux ? C’est pourquoi nous pensons que nous n’avons pas des Partis Politiques, mais des entreprises privées gérées pas des gangsters politiques. Ils font peur. Ce sont ces « Partis Politiques » qui demandent des Élections dans 12 mois ! Nous disons non ! Pas de précipitation. Ne dansons pas au tour du Feu les Yeux fermés.

Notre souci ne s’arête pas à ce problème d’existence des « Partis Politiques ». Il y a pire !
Regardons aussi de l’autre côté et supposons qu’ils existent tous. Dites-nous honnêtement, quelle est la durée du mandant du Président de votre Parti Politique ? Cinq ans ? 10 ans ? 20 ans ou l’Eternité ?
Le premier problème moral est ici que ceux qui réclament la démocratisation de la vie politique et publique, n’ont jamais mis leur mandat en jeu depuis qu’ils ont créé et autoproclamé Président de leur Organisation et choisi selon leurs propres critères les membres éminents de leurs bureaux. A part le Président de l’UPR, Bah Ousmane, nous ne nous souvenons pas avoir vu le mandat du Président d’aucun autre Parti Politique soumis à un vote de confiance. C’est toujours « tu es d’accord avec le Président ou tu t’en vas ». Comment peut-on croire que quelqu’un qui n’a jamais mis son mandat en jeu, qui n’a jamais organisé une seule élection au sein de son Parti, deviendra subitement un « démocrate » une fois à la "Magistrature Suprême" avec tous les Pouvoirs en mains, qui garantira des futures Élections Libres et Transparentes au Peuple ?
En plus, les Élections Libres et Transparentes ne sont pas une garantie de la Démocratie.

A cet effet, nous rappelons à l’Opinion publique guinéenne, africaine et internationale, que Adolf Hitler n’est pas venu au Pouvoir par un Coup d’État. Il avait été élu, … démocratiquement élu dans un contexte de Multipartisme. Avant d’aller aux Élections dans 12 mois, quelle garantie, les Partis Politiques nous offrent-ils, que nous n’allons pas démocratiquement élire un autre MONSTRE ?

Chers compatriotes, ne nous précipitons pas.
Il nous faut des garde-fous. Ne dansons pas autour du feu les yeux fermés. Personne ne sait de quoi vivent ces Partis Politiques. Ils n’ont jamais fait, à notre connaissance, de comptes financiers à leurs adhérents ou au Gouvernement, pour bénéficier d’une exemption légale des taxes ou pour payer des taxes. Et 90% de leurs Leaders politiques ne travaillent pas du tout ou ne font aucun travail pouvant supporter un Parti Politique à caractère national. Le salaire d’un fonctionnaire guinéen ne peut pas faire vivre un Parti Politique. Alors de quoi vivent-ils ? La Plaie de notre pays est la malversation économique et financière.

La vie des Partis Politiques ne nous offre aucune fenêtre permettant de les juger.
Comment pourrons-nous dans un climat de corruption générale, confier notre Nation et ses Institutions financières aux chômeurs économiques chroniques ?
Les gangsters politiques pensent-ils que nous sommes aveugles ?
Des Élections ? Oui mais pas dans la Précipitation. Il nous faut des garde-fous. Ne dansons pas autour du Feu les yeux fermés.

Au vu de tout ce qui précède, nous proposons :
Pas d’élections avant la fin des Audits : l’Assemblée ne doit pas être un abri pour les délinquants économiques.
Tout fonctionnaire accusé, indexé par les Audits, ne doit pas être candidat aux Élections (quel que soit le type d’élections ).
Pas d’Élections avec la participation des Partis Politiques fictifs ou régionalistes : il faut que tous Partis Politiques candidats soient physiquement implantés et participent à des activités politiques dans toutes les préfectures du territoire national. C’est à dire avoir un bureau, un secrétariat avec des activités politiques concrètes.
Tout Parti Politique qui n’aurait pas fait 10% en moyenne sur l’ensemble du territoire national n’entrera pas à l’Assemblée Nationale. Notre but est de forcer au regroupement des Partis Politiques par sensibilité et de forcer le départ ou la disparition des Partis fictifs. Avec pour objectif de réduire le nombre de Partis Politiques à quatre (4) maximum représentant deux grands courants (droite, gauche, centre-droit et centre-gauche).
Tout Parti Politique candidat devra dévoiler son mode de financement, afin de démystifier la vie Politique.
Réviser intégralement la Constitution.
Amender immédiatement tout ce qui est nécessaire pour garantir la Transparence des Élections et réserver le reste pour la Nouvelle Assemblée.
Refuser la participation des Partis Politiques au Gouvernement de Transition.
Refuser la participation des Partis Politiques à un éventuel Conseil de Transition.
Refuser la participation des Partis Politiques à un éventuel Conseil pour la Révision Constitutionnelle. Refuser la participation des Partis Politiques à tout comité chargé d’organiser les Élections.

Le mot clé ici est la Transparence et l’indépendance de tous les organismes en charge de la Transition. La Transition doit être considérée comme un Arbitre. Elle être neutre, incolore et inodore, sur tous les plans et dans tous ses aspects.

Douze mois ou Deux ans, nous irons aux Élections quand nous aurions résolu tous les problèmes liés à la Transparence et la Liberté. Préparons les Élections avec sérénité. Si nous perdons cette occasion, nous risquons de perdre le pays. Il faut que chacun prenne conscience qu’au delà d’aller aux Urnes qui ne garantissent pas la Démocratie, le pays est actuellement divisé en parcelles Ethniques. Il faut en être conscient. Si nous ratons ces Élections, nous risquons de perdre le pays. Vu l’enjeu de ce tournant historique, nous croyons que la précipitation serait une très dangereuse idée. Fixons la date des Élections en fonction de nos problèmes. Ne dansons pas autour du feu les yeux fermés.

Ben Daouda Touré
Source : www. zaley.info

Lire la suite

8 janvier 2009

Le cadeau empoisonné de Lansana Conté

Le pire cadeau empoisonné de Conté à son pays : une armée à la fois dangereuse et incontournable

Il n'aura fallu que quelques jours pour que la junte au pouvoir à Conakry rappelle à ceux qui l'auraient trop vite oublié qu'elle était bien l'héritière du défunt Lansana Conté. Un des acteurs politiques du pays a vu débarquer dans sa résidence un groupe de soldats envoyés par le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) pour y mener une fouille musclée et illégale, à la recherche d'armes et de mercenaires appelés à servir à une hypothétique contre-tentative decoup de force. Le lendemain, les nouveaux maîtres de Conakry ont cependant présenté leurs excuses à l'infortuné et évoqué la responsabilité d'« éléments incontrôlés ». Seulement voilà : l'armée que le général Conté laisse à son pays sans être monolithique ne sait pas grand-chose du rôle et des méthodes qui devraient être les siens dans un Etat démocratique et respectueux de quelques droits élémentaires de ses citoyens.

Le pouvoir que les militaires ont servi jusqu'au dernier souffle de Conté était en réalité militaire sous un vernis civil et démocratique. Depuis le coup de force, le CNDD a gratté le vernis et le camp AlphaYaya Diallo est devenu la présidence de fait. Tout n'a pas été fait au niveau national, régional et international pour éviter une prise de pouvoir par l'armée après la disparition attendue de Conté. Loin delà. Mais il faut aussi reconnaître qu'il n'y avait pas de formule magique pour éviter un tel scénario, sauf à être prêt à dépêcher à Conakry une force militaire extérieure qui ferait face aux bérets rouges à la gâchette facile afin d'imposer le respect de l'ordre constitutionnel. Il faudra donc faire avec les « enfants de Conté » pendant et après la transition. Avant de définir la politique à adopter face à la junte et à l'armée qui la soutient, ceux qui veulent le bien de la Guinée doivent impérativement se souvenir de deux ou trois choses. Le capitaine Moussa Dadis Camara n'est pas Lansana Conté. Cela est évident. Il représente une génération plus jeune que les frères d'armes de celui qui a présidé le pays 24 ans durant. Le CNDD s'est d'ailleurs empressé de mettre à la retraite une trentaine de généraux dont le chef d'état-major des armées. Mais les membres de la junte ne représentent pas non plus exclusivement cette génération idéalisée et mythifiée de jeunes officiers qui seraient bien formés, modernes, dégoûtés de la corruption au sein et en dehors de l'armée et mus par la défense de l'intérêt général du peuple guinéen.

Le CNDD n'a pu s'imposer dans les camps militaires du pays que sur la base d'un compromis obtenu entre différentes tendances au sein d'une armée dont les plus récents faits d'armes furent la répression sanglante des manifestations populaires de janvier et février 2007 et des mutineries récurrentes et irresponsables au cours des deux dernières années. Si le nouveau président Dadis Camara n'a pas manqué d'honorer à plusieurs reprises la mémoire de Conté, la junte n'a à aucun moment rappelé l'extraordinaire mobilisation des citoyens guinéens, le sacrifice de près d'au moins 186 jeunes appelant au « changement » au début de l'année 2007. Il a encore moins inscrit sa prise du pouvoir dans la continuité du puissant mouvement de contestation du régime qui a présidé à la déchéance économique, sociale et morale du pays. Et pour cause : les militaires qui avaient délibérément ouvert le feu sur des manifestants non armés, avaient exécuté dans certains cas bien documentés des enfants qui se cachaient, étaient entrés dans des maisons ou avaient tiré des rafales depuis leurs pick-up et tué des innocents à coups de balles perdues font partie, au même titre que les autres, du socle du nouveau pouvoir.

Le CNDD est peut-être crédible dans ses discours incisifs sur la lutte contre les détournements de fonds par les militaires et les civils du régime Conté, mais sur la question des droits humains et de l'importance qu'il accorde à la protection de la vie des populations civiles et des valeurs démocratiques, tous les doutes sont permis. L'aura du capitaine Dadis Camara, chef de la section carburant de l'armée avant sa propulsion fulgurante à la tête de l'Etat, serait liée à son rôle de meneur au cours des mutineries qui ont notamment secoué le camp Alpha Yaya Diallo, le plus grand camp militaire de Conakry et du pays. Les sautes d'humeur des soldats qui revendiquaient le paiement de l'intégralité de leurs primes et accusaient certains de leurs chefs de les avoir détournées à leur profit ne s'étaient point distinguées par une volonté de protéger les populations civiles avoisinantes des dégâts collatéraux des rafales d'armes automatiques.Je me souviens encore des témoignages de résidents de Conakry et de N'Zérékoré dans la région forestière traumatisés par les nuits blanches imposées par le crépitement des armes et les pillages de commerces par les hommes en uniforme.

Chacune des mutineries avait fait des victimes civiles, venues s'ajouter au lourd bilan desr éflexes brutaux d'une bonne partie de l'armée guinéenne sous l'ère Conté. Dans la liste des 32 membres du CNDD, le nom du numéro 19 fait sans doute encore froid dans le dos des policiers de Conakry : le sous-lieutenant Claude Pivi. Celui qui était l'adjudant-chef « Coplan » s'était fait le porte-parole des mutins en mai 2008 et apparaissait comme le vrai maître du camp Alpha Yaya. Lorsque les revendications des mutins furent satisfaites par Conté, notamment le limogeage de quelques hauts gradés et le paiement d'arriérés de primes, les policiers eurent la mauvaise idée de vouloir utiliser les mêmes méthodes que les militaires pour obtenir l'amélioration de leurs conditions de vie : lancer un mouvement de protestation. L'adjudant-chef Pivi Coplan à la tête d'un groupe de soldats se chargea alors de mater la rébellion policière par une expédition sanglante dans des commissariats qui furent saccagés et criblés deballes. La junte ne se réduit heureusement pas à ce type de personnage mais elle repose aussi sur leur soutien et leur influence.

On ne saurait sans doute fonder un jugement sur l'attelage militaro-civil qui se met en place à Conakry depuis le 23 décembre dernier sur la seule base de la personnalité sulfureuse de quelques membres de la junte et de la violence des rapports récents entre les populations civiles guinéennes et leur armée. C'est cependant un fait que l'évolution politique, économique et sociale du pays depuis sa création comme Etat indépendant a été largement déterminée par les humeurs, les qualités et surtout les défauts et les limites d'une poignée de personnes, au premier rang desquels le premier président Sékou Touré (1958-1984) et son successeur Lansana Conté (1984-2008).

L'enjeu de la page qui s'est ouverte avec la disparition de Conté est précisément de mettre un terme à la personnalisation d'un pouvoir parailleurs acquis et conservé par la force et d'y substituer un système politique dont les règles auront été collectivement déterminées. Dans ce contexte, la personnalité des membres du CNDD, leur histoire partagée ainsi que les caractéristiques de l'armée dont ils sont issus et qu'ils représentent seront déterminantes.

Le défi qui se pose en ce début d'année 2009 à tous les acteurs guinéens, à la communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest(CEDEAO) et à tous les autres acteurs internationaux est en réalité formidable. Acculer le président Camara à organiser les élections législatives et la présidentielle anticipée dans les plus brefs délais et au plus tard à la fin de cette année ne devrait constituer qu'un élément d'une stratégie plus ambitieuse de construction de la démocratie et de la sécurité des populations en Guinée. Celle-ci implique de travailler à éloigner durablement les militaires du pouvoir politique et à créer les conditions d'une réforme profonde du secteur de la sécurité et de la défense au plus tôt. Le pire n'étant jamais sûr, la junte pourrait en effet bien respecter ses promesses et remettre le pouvoir sans broncher à un président civil élu dans les douze mois à venir. Mais qu'est-ce-qui les empêchera, ou empêchera un autre groupe de galonnés, de refuser toute soumission à l'autorité du gouvernement issu des urnes et de réinvestir le siège de la radiotélévision guinéenne pour perpétrer un nouveau coup de force? La fin de la transition militaire pourrait inaugurer l'ère du coup d'Etat permanent. Laissée à elle-même, la Guinée a peu de chances de conjurer cette menace.

Auteur: Gilles Yabi est consultant indépendant et fut précédemment analyste politique au bureau Afrique de l'Ouest de l'organisation International Crisis Group.

Lire la suite

27 décembre 2008

Alpha Condé : «Pas de gouvernement militaire»

« Nous allons mobiliser le peuple pour qu'il soutienne notre mot d'ordre en faveur d'élections libres et transparentes », a affirmé Alpha Condé, l'un des principaux opposants du président décédé Lansana Conté, lors d'un entretien avec nos confrères du Figaro.

Le Figaro - Avez-vous eu des contacts avec les putschistes ?
Alpha Condé -
Pas pour l'instant. Mais nous avons ­élaboré des demandes claires que nous allons leur transmettre.

Quelles sont ces demandes ?
La mise en place d'un gouvernement provisoire d'union nationale et l'organisation d'élections libres et transparentes avant fin 2009, de préférence avant mai. Nous ne voulons pas d'un gouvernement militaire.

Quel rôle joueraient les militaires dans ce gouvernement d'union nationale ?
Leur comité devrait jouer le rôle d'un organisme de contrôle, qui s'assurerait que le gouvernement intérimaire respecte sa «feuille de route».

Pourquoi refusez-vous d'appliquer la Constitution, qui prévoit des élections dans un délai de deux mois après le décès du chef de l'État ?
Parce que cette Constitution n'a jamais été respectée par Lansana Conté et ses gouvernements successifs, et qu'il n'y a pas de raison pour qu'ils ne continuent pas à la bafouer. Par exemple, nous nous sommes retrouvés, pendant deux ans, avec un président de la Cour suprême qui était en même temps premier ministre. Par ailleurs, l'Assemblée nationale actuelle est illégitime. Son mandat s'est terminé en juin 2007, et il n'y a pas eu d'élection depuis cette date.

Pouvez-vous faire confiance aux militaires ?
Notre seule garantie, c'est la mobilisation populaire. Nous allons mobiliser le peuple et la société civile pour qu'ils soutiennent notre mot d'ordre en faveur d'élections libres et transparentes.

Qui devrait participer, selon vous, au gouvernement intérimaire d'union nationale ?
Tous les partis, sauf ceux qui ont participé aux gouvernements de Conté. De même, le gouvernement d'union nationale ne ­pourra pas comprendre des gens qui ont été ministres de Lansana Conté ces cinq ou six dernières années.

Le premier ministre actuel vient de présenter l'allégeance de son gouvernement au président autoproclamé. Qu'en pensez-vous ?
Ce premier ministre est issu d'un gouvernement fantoche, formé de prédateurs. Personne ne peut les soutenir.

Le président Sarkozy, pour sa part, a demandé l'organisation d'élections «dans les plus brefs délais», sans mentionner le délai constitutionnel de deux mois. Y voyez-vous un encouragement ?
Je partage entièrement son point de vue. La priorité, c'est le retour au fonctionnement normal des institutions.

Lire la suite

Fin d’une présidence à vie

De là où il est, désormais, Lansana Conté peut, en contemplant son œuvre sur la terre de Guinée, comprendre que l’Afrique ne le regrette pas. Certes, la douleur de ceux qui l’ont aimé mérite respect. Mais un dictateur ne devient pas respectable, simplement parce qu’il a rendu l’âme. Le général Conté s’était donné les moyens de rester au pouvoir jusqu’à son dernier souffle. Et le propre de la présidence à vie est que la vie doit s’achever, pour que finisse le calvaire de ceux qui la subissent. Que Allah lui pardonne tout le mal qu’il a fait à son peuple !

Pour les Guinéens, la période qui s’ouvre peut déboucher sur le meilleur, comme sur pire encore. La seule profession de foi des militaires qui se sont emparés du pouvoir à Conakry ne peut suffire à rassurer. D’autant que certains de ces soldats se sont plus souvent illustrés par leur zèle à tirer sur le peuple qu’à le protéger. Et si tous les fléaux qu’ils évoquent pour justifier leur putsch sont réels, alors, on se demande pourquoi un réveil aussi tardif.
Evidemment, ils violent la loi fondamentale. Mais s’est-on jamais soucié du respect de la Constitution en Guinée ? De tout temps, celle-ci a été froissée, gommée, raturée, travestie, au gré des intérêts et de l’humeur du général Conté. Et les institutions qui en résultent inspirent davantage la circonspection qu’un quelconque respect.
Quant à l’Union africaine, elle joue sa crédibilité à venir brandir son bréviaire, pour réclamer, aujourd’hui, le respect d’une telle Constitution. Peut-on, en quelques mois, passer du champ de ruine actuel à une démocratie crédible, simplement parce qu’on aura voté ?
Au sortir de l’apartheid, les Sud-Africains ont dû apprendre à travailler et à vivre ensemble. Blancs, Noirs, Indiens, métis, racistes et autres ont partagé le pouvoir, pour mettre en place des institutions crédibles et créer les conditions d’une transparence totale, avant de passer aux élections.
Les militaires guinéens veulent deux ans. Et pourquoi pas vingt-quatre ans ? Tout agenda est fantaisiste, s’il ne s’appuie sur un rigoureux état des lieux et une évaluation minutieuse des conditions pour aller aux urnes avec la certitude que ceux qui auront gagné seront véritablement les vainqueurs.
Aux hommes politiques guinéens qui exultent à la prise du pouvoir par l’armée – en espérant secrètement que les militaires leur faciliteront l’accession au pouvoir –, on a envie de rappeler que dans les années soixante, au Zaïre et au Togo, des intellectuels estimaient que Mobutu et Eyadema étaient bien trop limités pour tenir. La plupart des apprentis sorciers qui les ont soutenus, en croyant pouvoir ensuite prendre leur place, ont fini par être liquidés, au propre ou au figuré. Les opposants guinéens sont pour la plupart des intellectuels. Ils ne peuvent donc ignorer cela.

par Jean-Baptiste Placca
Source : Rfi "Les chroniques de Jean-Baptiste Placca"

Lire la suite

26 décembre 2008

L'autoproclamé Président de Guinée, portrait express

Son nom, Moussa Dadis Camara. Quadragénaire (né vers 1964) d'une taille de 1,60m est originaire du district de Koulé - dans la préfecture de Lola - en Guinée Forestière, à l'extrême sud du pays (1042 Km de la capitale Conakry). En 1990, il fut inscrit sur les rôles de l'armée avec le grade de Caporal après un grade universitaire ès Sciences économiques de l'université Gamal Abdel Nasser de Conakry en 1986 et un baccalauréat série Sciences mathématiques au lycée Samory Touré de N'zérékoré. Il fut d'abord officier de Génie militaire de Sangoyah, puis chef de section carburant de l'armée, poste qu'il abandonnera au profit d'une formation en Gestion d'une durée d'un an et demi en République fédérale d'Allemagne. De retour au pays, il sera nommé quelques années plus tard au cabinet du Ministère de la Défense nationale comme directeur général des Hydrocarbures de l'armée. Meneur de troupe, il s'est surtout fait remarqué lors de la rébellion des militaires du mois de mai 2007 pour des soldes impayées et de la dernière mutinerie de 2008 qui exigeait le paiement des arriérés et des primes depuis 1996.
Lire la suite

25 décembre 2008

Coup d'État en Guinée? faut-il encore laisser faire?

Nous avons appris la mort du Président Lansana Conté. Certains s'en réjouissent et dansent, d'autres s'en moquent, d'autres s'inquiètent et ils ont raison, car la dépouille de l'ancien Président n'a même pas eu le temps de se refroidir, que les radios du monde annoncent un coup d'Etat militaire et la voix des putschistes qui étalent leurs piètres griefs pour justifier déjà leur coup de force.

Pourquoi ne l'avoir pas fait plutôt du vivant de leur collègue, le soldat Conté ? Une triste répétition de l'histoire pour la pauvre République de Guinée si le coup de force se confirmait. Faut-il encore laisser faire les militaires pour deux générations à venir ? La Guinée n'a-t-elle pas trop souffert des dictatures militaires ? Sékou Touré aura-t-il finalement fait moins mal à la Guinée que ces régimes militaires qui se passent le témoin une fois tous les vingt cinq ans ? La communauté internationale -encore elle! -, l'Union Africaine -encore elle !-, l'ONU -encore elle !- doivent-elles laisser faire ? Leurs sempiternelles menaces et déclarations vertueuses vont-elles encore accompagner à installer un régime militaire dans un pays qui n'a que assez payé l'inégalable médiocrité de ses dirigeants et tortionnaires et la prise en otage de tout un peuple au cours de tant d'années de peur, de misère crasse, de privations indignes de notre civilisation ? J'en appelle à l'Afrique d'abord, à l'Union Africaine pour qu'elle ne laisse pas faire.L'exemple de la Mauritanie est encore là et les pressions africaines et internationales déstabilisent pour le moment les militaires putschistes qui n'arrivent pas à trouver l'impossible « justificatif » pour demeurer au pouvoir. Il faut maintenir « l'encerclement » ! Promettre des élections libres et démocratiques ne fait plus recette. Cela fait rire. Il faut continuer à être exigeant, sans concessions avec la Mauritanie. Que peut-on négocier avec des putschistes sinon leur indiquer la porte de sortie ? C'est également fini les sempiternelles libations du genre « si on les prive d'aide financière, c'est le peuple qui en pâtira le plus ».
Combien d'années donc le pauvre peuple en pâtit avec l'aide financière en place ? Ce n'est plus là le débat. Le débat est qu'il est enfin temps, au 21ème siècle, que l'ONU s'outille, matériellement et juridiquement, pour que « l'ingérence internationale » soit un droit au service des peuples opprimés.
C'est cela aussi les droits de l'homme, les droits à la vie tout court, à l'exercice d'un peuple à sauvegarder sa dignité, à conférer librement par les urnes le droit démocratique d'être bien gouverné pour manger, s'éduquer, travailler, jouir d'une justice indépendante et égalitaire.
J'ai si mal pour la Guinée, un pays si merveilleux, « béni des dieux » comme aimait le dire Senghor, car tout y pousse, car la saison des pluies y est régulière et abondante, car elle regorge de richesses minières inestimables, car la Guinée jouit d'un climat exceptionnel qui, à certaines périodes de l'année, en fait une Suisse doucereuse, loin du climat tropical chaud et sec, car ce pays à de formidables ressources humaines qui peuvent le servir et le développer.
Pourtant, voilà ce pays laissé depuis plus de trois générations à des vampires inassouvis, des bêtes et des monstres d'un autre âge.
Si nous sommes civilisés, si nous sommes dignes de notre temps, nous devons tous nous lever, lever notre voix pour secourir la Guinée. Il est temps maintenant. Personne ne sait, personne ne comprend comment le peuple guinéen a pu survivre à tant de calamités, de misères, d'injustices, de brimades et de privations. Nous sommes tous des Guinéens à partir d'aujourd'hui ! La Constitution laissée par l'indéfinissable Président Lansana Conté doit être respectée pour que la Guinée puisse aller enfin à des élections civiles démocratiques. L'UA doit y veiller. L'UE doit nous y accompagner.
L'ONU doit voter une résolution dans ce sens. Tous nous devons nous mobiliser pour ce combat. Il peut arriver que des peuples changent le cours de leur propre existence en prenant en charge leur propre libération du joug de l'oppression et de l'injustice. Il peut arriver qu'ils ne le puissent pas. Il peut arriver qu'ils s'en remettent à un Dieu trop occupé ailleurs. Nombre de paramètres culturels, sociologiques, historiques entrent en jeu. La Guinée est devenue un cas déroutant de tragédie sans nom. C'est un pays qu'une longue et très douloureuse oppression a meurtri et tétanisé depuis le régime « psychiatrique » de Sékou Touré. On ne se relève pas facilement d'une nuit aussi noire et infinie. Il n'existe pas en vérité de « tyran sauveur » ! Nous le savons tous maintenant hélas : la politique n'a rien à faire avec la morale et l'éthique. Elle s'en moque. Il n'y a pas, bien sûr, que notre continent, pour le confirmer. Même les Etats-Unis n'y ont pas échappé ces dernières années.
Les régimes politiques guinéens depuis l'indépendance ont été des exemples achevés de barbarie, de cupidité, d'hypocrisie, de tricherie, de corruption. Face à ce drame, comment ne pas être envahi d'un irrépressible élan de révolte et de dégoût devant le monde qui regarde faire ? Tout change aujourd'hui. Il n'est plus possible de dire « je ne savais pas » ou « c'est leur affaire ». Il est fini le temps de la réflexion sur la politique, les régimes dictatoriaux civils ou militaires. C'est le temps d'agir, et vite !
Il y'a un temps pour la pensée et la réflexion et un temps pour l'action. C'est le temps de l'action pour la Guinée. Quand on sait maintenant que « le jeu des démocraties est plus caché, plus retenu, plus subtil que celui des tyrannies », que pouvons-nous attendre des dictatures militaires sans masque ? Nous sommes arrivés aux rivages de l'absurde ! Même la démocratie nous trompe. Il ne faut pas que le prince soit l'Etat, ou pire : tout l'Etat. Oui, il existe tant de « démocraties dégradées » ! Mais nous ne pouvons plus rester des témoins muets, encore moins des voyeurs, car nous sommes restés longtemps des voyeurs, un vice bien partagé sous les tropiques.
La Guinée a besoin de nous. Elle a besoin d'une Union Africaine plus ferme, plus engagée, plus opérationnelle surtout, moins conciliante, attentiste. Qui disait que « les bonnes lois naissent des tumultes » ?
Nous ne pouvons plus être du côté des coups d'Etat militaires ou des coups d'Etat constitutionnels. Ceux qui tentent de les justifier ont tort. L'histoire les rattrape toujours quelque part, un jour, dans leur conscience. Notre pente naturelle doit être la démocratie, le vote libre et garanti des citoyens, même si la démocratie, par sa nature contraignante pour les princes, commence par le devoir de tuer en soi la tentation du pouvoir absolu par un dépassement de soi. Cela exige une infaillible noblesse, une hauteur et un détachement à toute épreuve. Je disais affectueusement à Senghor l'inoubliable, que je n'avais pas partagé sa manière d'avoir passé le pouvoir à Abdou Diouf. Je trouvais la méthode anti-démocratique. Il avait marqué un long silence avant de me répondre que si c'était à refaire, il l'aurait refait, car le temps du Sénégal l'exigeait.
J'ai rapporté ce moment d'échange dans le livre que je lui ai consacré lors de son 100ème anniversaire en 2006, « Senghor : ma part d'homme ». Je n'étais pas bien sûr d'accord avec lui sur cette question, même si son argument fut que notre pays n'était pas encore prêt pour une vraie alternance. Pour ma part, il n'existe pas « un temps » pour garder le pouvoir et « un temps » pour le mettre démocratiquement en jeu. Certains pères des indépendances africaines ont eu souvent ce vilain péché, ce maladroit réflexe. En Guinée, justement, il est temps de laisser la société civile gouverner si le peuple le souhaite souverainement, au regard de la décomposition et de l'insoutenable gâchis économique d'un pays si riche, si prospère, si séduisant. Si les ballets de Keïta Fodéba n'avaient pas existé et fasciné le monde, si l'orchestre du Bembeya Jazz national n'avait pas existé et fasciné le monde, si l'équipe de football du Syli National n'avait pas marqué l'histoire du ballon africain, qu'aurait-on retenu de la Guinée ? C'est bien la culture, en un mot, qui a mis ce beau pays dans le cœur de tous les peuples du monde.
Il est alors temps que la politique, incarnée par des hommes de talent et d'éthique, prenne enfin le relais pour le bonheur d'un grand peuple que celui de Guinée, pour la fierté de l'Afrique, pour le respect d'une civilisation d'un 21ème siècle moins barbare, moins inquiétant, mais apaisant, digne de notre humanité et de nos enfants, demain.

Amadou Lamine Sall
Poète Sénégalais
Lauréat des Grands Prix de l'Académie française

Lire la suite

17 décembre 2008

Guinée : black-out sur les tueries de 2007

«Quelle commission pourrait arrêter ceux qu’on soupçonne ou seulement enquêter au sein de toute la haute hiérarchie militaire, policière et de l’ensemble des « corps habillés », collectivement responsables des massacres en question ? Seul un État refondé, une nation recomposée peuvent interpeller ces hauts personnages, qui se trouvent être de hauts gradés. Et vous croyez que c’est le gouvernement actuel qui pourrait le faire ? Seuls des organes souverains issus d’un débat national, peuvent amener à la barre les quidams en question, cela, sous la veille étroite et massive du peuple debout comme lors des évènements de janvier-février»¹.

Près d'un an et demi après l'instauration par le Parlement d'une commission d’enquête sur la répression étatique des manifestations de l'année 2007, l'on pourrait se demander pourquoi cette commission n’a pu travailler correctement. La citation de l'écrivain Saidou Nour Bokoum en exergue donne à cette interrogation une réponse lucide : il ne faut pas rêver.
L'impunité se perpétue en raison principalement de l’absence de volonté politique réelle au plus haut sommet de l’État. Même si le gouvernement (L. Kouyaté) issu des manifestations de janvier et février 2007 a fait des promesses pour faire toute la lumière sur les cas de meurtres, les passages à tabac et autres abus délibérément perpétrés afin que les auteurs et commanditaires soient traduits en justice, force est de constater que rien n’a pu être réalisé de façon concrète. Mise en place pour une durée d'un an, cette commission des rebuts va bientôt disparaître pour laisser place à l'impunité galopante dans le pays.
L'intervention récente dans les médias étrangers de Dr Ahmed Tidiane Souaré, l'actuel Premier ministre, à propos de ladite commission a soulevé toute ambigüité quant au manque de volonté de son gouvernement pour sa mise en marche : « Je l'ai trouvée [la commission] en place. Elle n'avait pas de moyens et quand je suis arrivé, ça ne pouvait pas être ma priorité de la mettre en marche dans la mesure où il y a eu une grosse mutinerie que je me suis attelé à maîtriser. […] Le contexte était particulièrement flou au point qu'il fallait plutôt jouer à l'apaisement, jouer à la sérénité pour que le calme revienne dans la cité.» Le grand mot est lâché ! le gouvernement Souaré a préféré l'apaisement plutôt que de rendre justice. Rien d'étonnant à cela, lorsqu'on sait que les résultats de la commission pourraient déboucher sur des sanctions de hauts responsables du pays, notamment le Président de la république, le général Lansana Conté et son fils Ousmane. A quand donc la fin de l'impunité dans le pays ? C'est toute la question.


1. Saïdou Nour Bokoum, « Interview de Saïdou Nour Bokoum avec "L'Observateur Guinée" », consultée en ligne sur www.manifeste-guinee2010.com, 16 décembre 2008.

Lire la suite

24 novembre 2008

Guinée : usage excessif de la force et tortures

« Les militaires nous ont enfermés dans une cellule où se trouvaient déjà une dizaine de personnes. Nos vêtements ont été enlevés et nous n’avions que nos slips, la cellule était très petite et on avait du mal à s’allonger au milieu des excréments et de l’urine. Une fois par jour, des militaires nous donnaient des coups à l’aide de lanières de caoutchouc sur le corps. Quand ils nous frappaient, ils nous demandaient de compter et quand on se trompait dans les chiffres, ils recommençaient à zéro, on recevait régulièrement cinquante coups par jour pendant toute la durée de la détention ».
Témoignage d'une victime rencontrée par Amnesty International suite à la manifestation du 31 octobre 2008 à Korera, près de Boké à 300 km au nord de Conakry, qui visait à réclamer l’approvisionnement en eau potable et la fourniture d’électricité dans cette région. Au moins une dizaine de personnes ont été arrêtées et conduites au camp militaire de Boké où elles ont été torturées.

Dans sa déclaration publique du 20 novembre dernier, Amnesty International appelle le président Conté à donner immédiatement et publiquement l’ordre à ses forces de sécurité de cesser tout usage excessif de la force contre des manifestants qui ne représentent pas de menace pour la vie de tiers. L’organisation demande également la constitution d’une enquête indépendante visant à faire la lumière sur ces événements et à traduire en justice les auteurs de ces actes.

À rappeler qu'au cours de ces dernières années, les forces de sécurité guinéennes ont eu régulièrement recours à un usage excessif de la force lorsque des manifestations populaires demandaient des réformes politiques ou des améliorations de la vie économique. Ainsi en 2007, plus de 130 personnes ont été tuées et plus de 1 500blessées, lors de la répression violente des manifestations le plus souvent pacifiques qui ont eu lieu dans le pays. En dépit de la création d’une commission d’enquête, à ce jour cet organe n’a pas encore commencé ses travaux et aucun responsable de ces actes n’a été sanctionné ou traduit en justice.

Lire la suite

22 octobre 2008

Guinée : La culture de l'impunité

Depuis l'adoption d'une nouvelle Constitution et l'accès au multipartisme au tournant des années 90, la Guinée se trouve grisée d'impunité. Le régime de Lansana "Ubu" Conté en a fait un véritable mode de gouvernance. L'impunité élevée à la hauteur d'une institution se perpétue. La démocratie en léthargie et des droits de l'Homme asphyxiés, sinon ignorés.
Impunité, corruption, détournements des deniers publics, … Des fléaux devenus un sport national qui rongent et condamnent la Guinée à une médiocrité outrancière et honteuse. La carence d'autorité et la faiblesse des institutions donnent l'assurance à certains indétrônables du système d'être au dessus de la loi. En tête de liste, le premier magistrat de Guinée. Le Général condamne qui il veut, libère qui il veut. Qui ne se rappelle pas encore de la satanique phrase de Lansana "Ubu" Conté : « Je suis la justice », lâchée publiquement en décembre 2006 lorsqu'il s'était rendu à la prison centrale de Conakry pour la libération de ses "indéboulonnables collaborateurs", Mamadou Sylla (le Pdg du Groupe Futurelec) et Fodé Soumah (le parrain national du Parti au pouvoir, le PUP). Des collaborateurs perçus par l’opinion comme des exemples de fossoyeurs de l’économie nationale. La suite de cet acte qui relève du pur crétinisme fut indescriptible dans les mois qui suivirent en boucherie humaine. La répression sanglante commise par les forces de l'ordre du Général sur la population fut blâmée par les organisations de défense des droits de l'Homme de par le monde. Du coup, le pays s'est retrouvé en tête du hit-parade mondial de l'impunité.
Adepte de la culture de l'impunité, le vieux général sans ambition constructive pour son pays, se soucie des dérapages à répétition de son régime comme d'une guigne. Les atteintes aux droits de l’homme sont restées toujours impunies et la violence policière va s'enracinant. Et ceux qui s'y adonnent ne courent aucun risque.
La Commission nationale d’enquête indépendante sur la répression des manifestations de janvier, février 2007 et de juin 2006 n'est pas encore rendue opérationnelle. Autant dire que l'impunité est devenue une devise chez les hauts dignitaires du régime.

Lire la suite

21 septembre 2008

Gouvernement Souaré : premier bilan !

Quatre mois après sa nomination surprise et la formation de son gouvernement de "large ouverture" jugé pléthorique et budgétivore (36 départements ministériels), le bilan du nouveau Premier ministre guinéen, Dr Ahmed Tidjane Souaré, est jugé globalement négatif par la presque totalité des éditorialistes guinéens et des observateurs avertis.

Nommé au poste de Premier ministre, le 20 mai dernier, à la place de M. Lansana Kouyaté, M. Souaré pérore sur les réformes nécessaires plutôt que d'agir. Son bilan économique, politique et social n'augure rien de bon.

L'économie nationale asphyxiée par la corruption et les marchés de gré à gré

La gestion du pays est incohérente et chaotique. L'incompétence économique de ce gouvernement est criante. La corruption s'est érigée en système de gouvernance. La pratique des marchés de gré à gré est de retour. Les montants octroyés ces derniers mois par cette pratique aux hommes d'affaires guinéens s'élèvent à des centaines de milliards de francs guinéens. Le ministre de l'économie et des finances, Dr. Ousmane Doré, a tout récemment fait savoir que le gré à gré est une forme de passation de marché tout à fait légale sous certaines conditions, notamment quand il y’a une urgence. Et, comme en Guinée, tout est une urgence, la pratique est devenue de facto légale. Le rapport d'audits du gouvernement Kouyaté est resté dans les tiroirs. La monnaie dégringole, l'inflation devenue galopante et le fait est incontestable : l'économie est dans le marasme.

Le désastreux gouvernement de " large ouverture"

Les rares actions de Souaré auraient été la composition de son gouvernement élargi aux partis d'opposition (tirés par la manche) et la désignation des cadres dans les différents cabinets ministériels et autres directions nationales. L'entrée de l'opposition au gouvernement fut une première, même si cette dernière n'a obtenu que quelques trois maigres postes ministériels. Pour donner une façade démocratique à son gouvernement, Souaré a fabriqué d'innombrables postes ministériels (22 sous Kouyaté et aujourd'hui 36) dont les frais d'installation (216 milliards de francs guinéens) ont coûté aux contribuables. Beaucoup plus douée pour les effets d'annonce que pour les réalisations, l'équipe du Premier ministre est incapable de rendre opérationnelle la commission d’enquête indépendante chargée d'identifier et de poursuivre les auteurs des actes de répression de 2007. Les perspectives d’organiser les élections législatives d'ici à la fin de l'année s’éloignent et la cacophonie au sommet de l'État portée à son paroxysme par la valse des vrais-faux décrets présidentiels font trébucher encore l'équipe.

La stabilité du pays entre remous sociaux et déficit moral

Nous assistons depuis l'arrivée de Dr Souaré à la primature et de plus en plus à des manifestations de ras-le-bol des populations. Des mouvements populaires se propagent comme une traînée de poudre, mettant ainsi en danger la fragile stabilité du pays. La mutinerie de l’armée, qui avait fait plusieurs morts et des blessés; le mouvement des policiers réprimé dans le sang par les militaires; la grève des enseignants en passant par celle du personnel de la santé et puis des manifestations contre le manque d’eau et du courant dans la capitale Conakry et la révolte des vendeuses du grand marché d'Avaria sont autant de mouvement sporadiques sur lesquels le Premier ministre et son gouvernement ont buté.
Citons de passage la fraude massive dans les examens scolaires. C'était du jamais vu ! Des épreuves d'examens avec corrigés types se vendaient comme des petits pains aux candidats et parents d'élèves. Une plainte a été déposée contre X mais, qui est restée sans suite.
Insécurité, droit de l'Homme et liberté d'expression ? Parlons-en ! Le courant électrique et l'eau apparaissent aujourd'hui comme un luxe. Depuis sa prise de fonction, l'équipe de Dr Souaré n'a esquissé aucune politique en la matière. Le banditisme a prit des proportions inquiétantes dans les zones de la capitale qui connaissent des délestages récurrents. Le gouvernement de "large ouverture" est inefficace face aux graves atteintes aux droits humains commises jusque-là en Guinée. Quant à la démocratie et à la liberté d'expression, mieux vaut ne pas en parler ! Elles sont chaque jour bafouées de manière à faire taire les insatisfaits.

Lire la suite

6 septembre 2008

Quand la France vend des armes à une dictature (la Guinée)

De récentes enquêtes sur les mouvements de grève et manifestations de janvier et février 2007, accusent la France d'avoir vendu des armes au régime du Président Conté. Selon les chiffres obtenus par les enquêteurs des ONG, la France aurait vendu à la Guinée pour 6 millions de dollars d'armes entre 2003 et 2006.
Dans un documentaire diffusé mardi 2 septembre sur Arte, les journalistes Paul Moreira et David André montrent que la France, en violation de ses propres engagements, a vendu des armes à une dictature, la Guinée. Dans une interview accordée au "Le nouvel Observateur", Paul Moreira, explique les motifs de ce reportage ...

Cliquez ici pour l'interview

Lire la suite

19 août 2008

Gouvernement : après des secousses claniques … un remaniement !

S'il y a un fait qui provoque du découragement aujourd'hui chez les guinéens, c'est bien ce laisser-aller qui s’est instauré comme mode de gestion par le régime de Conté. On ne cessera de le répéter, la Guinée s'en va à vau-l'eau. Comme un bateau ivre, elle cherche désespérément un repère depuis que son président Lansana Conté s'est libéré de sa tâche de premier magistrat du pays.
Avec la maladie du président, la présidence de la république est devenue une pétaudière où s'entre-déchirent une chapelle de clans, où se côtoient et se tutoient les prédateurs de tout bord et où les plus grands marabouts du pays s'y retrouvent pour prédire la destinée du régime moribond en place. Aujourd'hui, tout montre que le souci essentiel de ces prédateurs qui rodent autour du pouvoir n'a pour seule motivation que de profiter inlassablement du pouvoir. Sinon, comment comprendre le sacré "culot" que les sieurs Idrissa Thiam et Sam Mamady Soumah, deux anciens collaborateurs du chef de l’État, ont eu en falsifiant un décret présidentiel pour la nomination du second au poste de ministre d'État chargé des affaires présidentielles (un super ministre en quelque sorte). Un poste très stratégique et à la "juteux" parce qu'il permettrait de contrôler les nominations et de faire des fois des substitutions.
L'éviction récente de certains fidèles et proches du président qui se sont crus indéboulonnables, dont le tout puissant Sam Mamady Soumah qui a empêché tout remaniement important depuis 2007; le nouveau gouvernement (36 postes ministériels) jugé budgétivore et pléthorique par l'opinion publique guinéenne qui alourdirait de plus le fardeau de la population qui lutte désespérément pour sa survie; la nomination d'Alpha ibrahima Kéira au poste de ministre secrétaire général à la présidence; la crise économique et sociale qui sapent la population guinéenne; des revendications de corps de fonctionnaires qui se déchaînent au rythme endiablé des crises … sont autant de signes avant-coureurs d'un remaniement ministériel.

Lire la suite

18 août 2008

Le Premier ministre interpellé par Human Rights Watch

Cliquez sur le titre pour lire la lettre
« La Guinée est un État partie à la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et au Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Malgré cela, nous ne sommes au courant d’aucun exemple, d’un policier ayant fait l’objet d’une enquête pour des actes de torture, encore moins ayant été sanctionné ou traduit en justice pour mauvais traitements contre des détenus. » a exprimé Corinne Dufka, directrice de projet pour l’Afrique de l’Ouest de l'Ong Human Rights Watch dans une lettre (du 7 août 2008) ouverte adressée au Premier ministre, Ahamed Tidjane Souaré, au sujet de l’inaction persistante de son gouvernement face aux graves atteintes aux droits humains commises en Guinée depuis 2006.
Lire la suite

11 août 2008

Les indéboulonnables collaborateurs du chef de l'État

"Ouf! bon débarras. Ouf! enfin, on peut respirer avec ce limogeage du duo infernal Sam-Thiam"…
Voilà des menues joies suite à la valse de décrets qui a nettoyé l'écurie du palais de la Colombe la semaine dernière. La révocation des deux hommes pour faux et usage de faux et falsification de décret présidentiel a suscité l'optimisme chez la population et les commentateurs en on fait leurs choux gras de l'événement. D'aucuns estiment que cette rétractation du Général n'est qu'un coup d'épée dans l'eau. Il n'y a aucune lueur d'espérance avec la coterie politique tapie dans l’ombre, qui manipule et tire les ficelles derrière un épais rideau de fumée. D'autres soutiennent mordicus que c'est tout de même un début de changement même si d'autres coups de balai dans les rouages de l'administration venaient à point nommé pour contrer l'anarchie.

Le Président Conté pris dans l'engrenage de la maladie …

Depuis quelques années, le président Lansana Conté est en proie à la maladie. Il ne jouit plus de toutes ses facultés mentales à cause des récurrents comas diabétiques qui le consument. Il ne contrôle plus rien et se désengage de plus en plus de la gestion quotidienne du gouvernement. Le prix que paie le pays, aujourd'hui, pour cette situation de fait est très élevé : léthargie du gouvernement, lutte des clans autour du pouvoir, confusion et anarchie institutionnelle au sommet, absence de projet global de société, corruption… Bref, le pays s'enlise. C'est révoltant et humiliant de voir encore le vieillard grabataire se cramponner, de toutes ses forces comme une sangsue, au pouvoir.

… et la pulsion des clans

La pluie de décrets qui s’est abattue sur Conakry début août prouve à suffisance que le Général s'est complètement dégagé de la gestion quotidienne du gouvernement. Les décisions d'État appartiennent d'ores et déjà à ses quatre épouses qui se partagent l'arène avec certains de ses fidèles et proches. Sans ambages, cette rocambolesque histoire de "Sam-Thiam" démontre que certains indéboulonnables collaborateurs du chef de l'État lui sont plus nuisibles que ses adversaires politiques. C'est bien connu, tous ces mouvements de sueurs et d'intrigues autour du pouvoir moribond par des politiques, non des moindres, c'est dans le seul but de protéger leurs intérêts et prendre les rênes de l'État en cas de vacance du pouvoir. Il est temps donc qu'ils arrêtent d’interférer dans les décisions d’État, pour le bonheur de chacun et de tous.

Lire la suite

5 août 2008

Les perpétuelles volte-face du Président Conté

Décidément, la Guinée périclite ! L'anarchie institutionnelle résultant d'une pulsion clanique de jusqu'au-boutistes et d'une carence d'autorité au sommet de l'État illustre cette décrépitude. L'on s'en souvient : le mélodrame du gouvernement mort-né du 4 avril 2006 de l'ancien Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, qui a été limogé dans la foulée pour « faute lourde » et qui a échappé la poursuite pour « falsification de documents administratifs, recel, faux et usage de faux. »
Les décrets du 3 et 4 août derniers s'inscrivent dans le même ordre d'idée de falsification et de faute lourde. Le lundi soir, un contre décret limogeant Idrissa Thiam et Sam Mamady Soumah, respectivement directeur du protocole d'Etat pour « faute lourde » et directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale pour « abandon de poste » était lu dans les médias d'État. A l'origine de ce contre décret, la diffusion, la veille (dimanche 3 août) d'un décret (qui serait probablement un faux) portant nomination de Sam Mamady Soumah au poste de ministre d'État chargé des affaires présidentielles. Un poste sans attribution, qui n'existerait pas dans les nouvelles structures gouvernementales. L'issue finale de cet autre round des clans autour du Président Conté donne des inquiétudes aux populations surtout en l'état actuel où la Guinée s'enfonce chaque jour davantage dans la misère.
Lire la suite

4 août 2008

Guinée : la valse des décrets présidentiels

Disons-le sans s'embarrasser de circonlocutions : la Guinée se meurt. La Guinée s'enfonce dans un échec au rythme machiavélique des menées subversives de son indécrottable président. Les habitudes invétérées du régime et l'énergie pulsionnelle clanique qui atomisent l'appareil administratif traduisent l'état de déliquescence du monde politique guinéen. Des décrets pris la veille, s'annulent le lendemain avant même que les commentateurs ne finissent de s'en donner à cœur joie. Le décret limogeant le 1er août dernier, le ministre secrétaire général de la Présidence de la République, Sam Mamady Soumah et actualisé le surlendemain en est une parfaite illustration. Ce dernier décret nomme Sam Mamady Soumah au poste de ministre d’État chargé des affaires présidentielles. Un poste qui vient s'ajouter aux trente six postes ministériels et secrétariats généraux du gouvernement d'Ahamed Tidjane Souaré jugé déjà pléthorique et obèse. Le seul intérêt de cette valse de décrets, c'est de satisfaire aux desiderata de la famille et des différents clans au sommet de l'État qui se collent et aspirent les maigres ressources du pays au détriment du reste de la population qui lutte désespérément pour sa survie. Alors, à quand la fin de ces décrets et contre décrets du Général ?
Lire la suite

2 août 2008

Les vétérans de la triche

Petits rouleaux de papiers fins glissés dans la coiffure mèche, boulettes de papiers qui traînent dans des rangers, des dessous rembourrés de synthèses, paumes et cuisses gribouillées de formules difficiles à mémoriser, échanges de brouillons, feuilles en plastique transparent dissimulées sous des vestes, téléphones portables, calculatrices à fonctions graphiques, …
Les méthodes de triche aux examens et concours scolaires ont beaucoup évolué ces derniers temps. Avec le développement fulgurant des nouvelles technologies, rien n'arrête les ravages de ce fléau qui fait plus de victimes que le sida parmi les futurs dirigeants du pays. Aujourd'hui, ils se comptent par milliers, des élèves qui passent en classe supérieure sans rédiger eux-mêmes un seul devoir. Et pourtant, il existe des schémas de solutions qui permettent de guérir cette gangrène qui ternit l'image de l'école guinéenne, par exemple, dans chaque salle d'examen, on place un intrus (un vrai faux candidat) qui passera, comme les candidats normaux, les épreuves. Son rôle sera d'observer attentivement et discrètement les faits et gestes des surveillants et des candidats pour en rendre compte. Il jouera en quelque sorte le rôle d'un observateur international lors d'élections présidentielles. Mais pour que cette pratique soit efficace, des dispositions doivent être prises au sommet pour contrer toute fuite de sujets. En attendant l'électricité et la dotation de nos salles d'examen en caméras détectrices de mouvements incongrus, la proposition pourrait réduire considérablement les dérapages et les futurs parchemins pourront recouvrer leur crédibilité à l'étranger.
Lire la suite

L'empreinte de la fraude !

Le cancer de la fraude qui ronge le système éducatif guinéen depuis quelques décennies est loin de se guérir. La recrudescence des cas de fraudes et l’ampleur que prend le phénomène de la fuite des épreuves aux examens scolaires démontrent la tendance du mal.

Tout comme les élections présidentielles, législatives et municipales, les examens nationaux croupissent sous le fardeau de fraudes massives. Les fuites de sujets d'examens et la vente des épreuves qui entachent les examens guinéens doivent être combattues et éradiquées avec énergie à un moment où le pays est en proie de la vie chère. Le ministre en charge des enseignements ainsi que les responsables gestionnaires de ces examens doivent prendre des dispositions pour contrer ce fléau insidieux.
Pour réussir à faire disparaître cette pratique qui n'honore point l'éducation guinéenne, il faut s'armer d'une dose de mesures dissuasives sans distinction aucune à l'endroit des fraudeurs et faire appel à des personnes jouissant d'une indéniable probité morale pour l'organisation des examens nationaux.

Lire la suite

5 juillet 2008

Le multipartisme de façade

L'avènement de la démocratie dont le vent a soufflé un peu partout sur le continent africain au début des années 90 permit de rompre avec l'ère des partis uniques. Dans la foulée, en Guinée, une Constitution pluraliste fut adoptée par référendum en décembre 1990. Deux ans plus tard, ce fut la légalisation du multipartisme. Un pluralisme qui laisse entrevoir un espoir d’ouverture démocratique. De nombreux partis, dont plusieurs appartiennent à l'opposition, se sont créés. Des formations politiques engagées à libérer la Guinée du régime autocratique de Conté. Seize ans après, la situation reste la même malgré la tenue d'élections. Le musellement de la démocratie et la mainmise du régime sur le processus électoral limitèrent les activités des partis politiques. Le pluripartisme de façade aidant, les mêmes visages permutent les postes à chaque élection. Le président Conté devenu réfractaire à toute suggestion (intérieure ou extérieure), s'accroche au pouvoir en piétinant tout ce qui va dans le sens d'un changement démocratique pour un développement durable. Il ne fait pas de sa priorité la sortie du pays de l'impasse. Les soulèvement sont devenus le sport favori des corps de l'administration. La léthargie du gouvernement enfonce la population dans la débine. Pas d'eau, ni d'électricité. Après 24 ans de pouvoir, la population continue à broyer du noir. La corruption et la fraude font des ravages. Le clientélisme et le copinage ont atteint leurs lettres de noblesse. La famine guette les familles. C'est la descente aux enfers. Le gouvernement nouvellement installé aura encore moins de pouvoir que celui de Lansana Kouyaté. Le Premier ministre, Ahamed Tidjane Souaré, tout comme ses prédécesseurs n’aura pas les coudées franches. Il n'aura non plus de réel pouvoir de proposition et de décision et sa marge de manœuvre sera très étroite. Tenez ! Le nouveau locataire de la primature aurait essuyé un refus catégorique du Président de la république lorsqu’il lui a soumis son projet de voyage à Sharm El Sheik en Égypte pour assister au 11e sommet ordinaire des chefs d'État et de gouvernement de l'Union africaine (UA). Des embûches qui jonchent déjà le chemin !
Lire la suite

30 juin 2008

Lansana Conté va-t-il briguer un quatrième mandat en 2010 ?

« Le pouvoir est doux », dit un dicton populaire qui passemente les chansons guinéennes. Le président Conté, arrivé au pouvoir en 1984 à la suite d’un coup d’état militaire après la mort de l’ancien président Sékou Touré, a été élu pour la première fois en 1993 (50,93 % des voix), puis réélu en 1998 (56,11 % ) pour un mandat de 5 ans, et réélu à nouveau en 2003 (95,25% ) pour 7 ans cette fois à la faveur d'un tripatouillage constitutionnel en novembre 2001, supprimant la limitation d'âge et celle du nombre de mandat pour une présidence à vie. Ces différents scrutins ont été contestés tous et dans la plupart boycottés par l'opposition. Le général président rechignait tout ce qui allait dans le sens d'un changement démocratique du pays. La moindre contestation contre les dérives du pouvoir était matée dans le sang. Les élections se sont suivies sans le moindre partage de pouvoir avec l'opposition. Son message à l'endroit des opposants, après les élections présidentielles de 2003, en témoigne : « aucun opposant ne viendra me battre ici. » Aujourd'hui, rongé par la maladie, invisible et absent sur la scène nationale et internationale, tout porte à croire qu'il n'est pas encore prêt à raccrocher même s'il laisse croire à l'opinion que la tentation serait très faible après le présent mandat : « je finirai mon mandat, si Dieu le veut, en 2010. Après, on verra. Pour diriger la Guinée, j’aimerais trouver quelqu’un qui ait de l’envergure. Mais je n’ai aucun souci, je sais que je trouverai. » L'entrée très timide de l'opposition dans le gouvernement d'Ahmed Tidjane Souaré confirme la conception de Conté du pouvoir : « j'ai été placé par Dieu à la tête de l'État guinéen et je ne m'encombrerais pas d'un dialogue avec l'opposition. » Le pays s'en va à vau-l'eau et les incessants remaniements ministériels devenus son jeu favori ne laissent présager aucune issue. Personne n'arrive à affronter son pouvoir. L'élite guinéenne complètement neutralisée est à bout de souffle. La tentation reste tout de même grande, surtout qu'il a du mal à trouver son dauphin. Attendons de voir !
Lire la suite

28 juin 2008

Les défis qui attendent le nouveau gouvernement

La rafale de passations des pouvoirs terminée, les guinéens gardent les yeux rivés sur le gouvernement "millefeuille" de Souaré qui doit s’atteler, illico presto, au travail pour relever les défis qui l’attendent.

La semaine qui s'achève a nourri de folles rumeurs dans les rues de la capitale. Les plus mortels reproches indexent les circonstances confuses et suspectes qui ont présidé à la formation de ce gouvernement (formé bien avant le choix du Premier ministre) jugé pléthorique et non équilibré, avec le retour de plusieurs membres de l'équipe mort-née de l'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo. Certains titres de la place on fait leurs choux gras de la falsification. L'équipe de Souaré, ironiquement baptisée "gouvernement Cellou bis" par certains observateurs, doit s'attaquer dès à présent aux nombreux problèmes de restauration de la distribution d’eau et d’électricité (le calvaire du guinéen va crescendo, au point que l’eau potable apparaît comme un luxe); de corruption et de denrées de premières nécessités qui sont sur les lèvres de tous. Dans les mois à venir, le nouveau gouvernement est appélé à poursuivre les travaux de la commission d’enquête sur les tueries de janvier-février 2007 (le bilan officiel fait état de 137 morts et près de 1 700 blessés à travers le pays) et de juin 2006 afin d'identifier et de poursuivre les auteurs des ces actes; se pencher sur les résultats des audits (des milliards de francs guinéens détournés) effectués par le gouvernement de Lansana Kouyaté qui n'a pu les mener jusqu'à terme. Il doit également assainir le fichier de la fonction publique (plus de 13 000 fonctionnaires fictifs payés par mois); poursuivre le processus d'organisation d'élections législatives libres, crédibles et transparentes d'ici à la fin de l'année 2008 et bref, promouvoir les politiques visant à atténuer les impacts de la crise économique sur les couches les plus vulnérables de la population.
Lire la suite

25 juin 2008

Un Gouvernement de "large ouverture" pour la façade

La composition du nouveau gouvernement élargi aux partis d'opposition (tirés par la manche) a été rendue publique le 19 juin dernier. Un gouvernement à la petite semaine, tramé par quelques figures de proue de la coterie (famille à "manches courtes" du président, hommes d'affaires, anciens caciques du pouvoir) qui forment l'entourage immédiat du chef de l'État pour y donner une façade démocratique.

Le président Conté dans son indicible langueur ne contrôle presque plus rien. Il a laissé la gestion du pays dans les mains d'une colonie de taons dont le seul objectif est de rester encore plus longtemps dans la course débridée contre les maigres caisses de l'État. Au lendemain de son appel à toutes les composantes sociales pour une participation à la gestion des affaires de la Nation, le Premier ministre, Ahmed Tidjane Souaré, a été acclamé par de nombreux commentateurs qui voyaient dans cette initiative une sorte de transition qui ne disait pas son nom. Signe évocateur, sans doute, d'un changement depuis l'avènement de la démocratie dans le pays. Mais, ce fut la déception. La composition de l'équipe a laissé plus d'un pantois. Le Général président fidèle à sa politique de "Président sans concurrent" et son entourage, qui continuent à monopoliser l'appareil d'État guinéen, se sont taillés la part du lion, - tous les postes clés. L'opposition s'est retrouvée avec seulement trois maigres portefeuilles. Une présence plutôt symbolique que significative font remarquer les observateurs les plus avertis. Il faut s'attendre, dans les mois à venir, à un blocage des réformes car l'appel à toute les composantes de la société pour un gouvernement élargi n'était que du chantage (venez dans le gouvernement pour que le changement puisse avoir lieu). Voilà qui laisse à penser que la situation du pays va perdurer dans son engourdissement chronique. Le pays essuie une tempête de soulèvements sociaux sans précédent depuis que les prix des produits alimentaires de base deviennent fous. Les tenanciers du pouvoir ne font aucun effort pour juguler la vague de crises qui obère le budget des ménages. Le Général, gravement malade, continue à entuber la population par ses fréquents remaniements ministériels pour assurer la continuité de son régime vermoulu. A quand donc le changement ? C'est toute la question.

Lire la suite

22 juin 2008

36 postes ministériels, espoir ou leurre!

Ça y est. La composition du gouvernement est connue. C'est un gouvernement élargi (33 ministres sans compter le Premier d'entre eux et trois secrétariats généraux), non paritaire (32 hommes pour 4 femmes) et moins ouvert à l'opposition (3 portefeuilles).

La seule surprise, la participation de certains partis politiques (l'Union des forces démocratiques de Guinée, l'Union pour le progrès et le renouveau et l'Union pour le progrès de la Guinée). Une première sous le régime de Conté, se moque-t-on dans les rues de Conakry. Seuls le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) d'Alpha Condé et l'Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré, avaient repoussé la demande de participation au gouvernement du tout nouveau Premier ministre. Le premier entend rester dans l'opposition radicale tant que Lansana Conté sera au pouvoir, le second a refusé d'y entrer à cause d'une divergence de vues.
Le nouveau gouvernement de M. Ahmed Tidjane Souaré, ironiquement appelé par certains analystes "gouvernement budgétivore" (14 ministres de plus que celui de son prédécesseur M. Lansana Kouyaté révoqué suite à une guéguerre avec l'entourage présidentiel), à cause de son caractère pléthorique, offre la particularité d'être élargi à l'opposition même si cette dernière est à peine représentée. L'incrédulité à l'égard de cette nouvelle équipe, tient à la création de nouveaux postes et au morcellement de certains ministères en deux (Affaires Étrangères, Intérieur et Sécurité, Agriculture et Élevage, …) ou trois (Commerce, Éducation, Tourisme et Artisanat,…) départements. L'objectif visé étant le changement (dans la corruption), il est important de souligner que, les compétences conflictuelles qui saperont les départements de même ordre dans les mois à venir, l'omniprésence du clan présidentiel dans les rouages de la haute sphère de l'administration qui piétine les projets de développement à cause des intérêts personnels, le budget de fonctionnement de tous ces ministères et leurs cortèges auront des conséquences énormes pour les caisses de l'État déjà au rouge.

Lire la suite

21 juin 2008

La Guinée otage de son armée

Devenez militaire, faites-vous enrôler dans l'armée, dans une milice ou dans un de ces mouvements de rébellions qui se créent à tout propos. Vous aurez un métier facile qui ne nécessite ni de longues études ni une formation sophistiquée. Surtout, vous aurez comme outil de travail une arme à feu ce qui dans certains pays vaut mieux qu'une carte de crédit. Ainsi, quand vous n'avez plus rien à manger à la maison, il suffit de vous présenter dans la première boutique avec votre arme de services, un ou deux coups de feu en l'air et vous repartirez avec au moins un sac de riz et un bidon d'huile de table et tous les condiments souhaités. Non seulement, vous ne payerez pas, mais on vous remerciera de vous contenter de si peu. A ceux qui s'interrogeaient encore de l'utilité de certaines armées du continent, les soldats du Général Lansana Conté viennent de décliner en ce mois de juin toutes les facettes d'une réputation désormais bien établie : séquestrations, assassinats, vols, braquages, pillages et bien pire. La Guinée est l'otage de son armée, preuve que tout cela n'est pas glorieux, le chef d'État-major dans une déclaration lue à la télévision le 18 juin a présenté les excuses du chef de l'État, du gouvernement et de toutes les forces armées pour dit-il tous les incidents malheureux et douloureux dont la population a été victime. Mais le Général Diarra Camara n'a pas été capable de promettre que cela ne se reproduira plus. D'ailleurs, comment aurait-il osé après la promotion collective que le président Conté a accordé aux pilleurs, aux braqueurs et assassins en uniforme qui se croient désormais absous pour les crimes passés et à venir. En Guinée, les enseignants, les personnels de santé et autres fonctionnaires n'ont pas moins faim que les militaires et leurs familles. Mais, seuls les militaires peuvent se permettre impunément les violences qu'ils exercent sur la population. Et personne n'a le courage de dire au Général Conté que lui et son armée n'ont pas le droit de traiter de la sorte leurs concitoyens. Aucune voix, ni l'Union Africaine ni la CEDEAO ne protestent. Et lorsque les douaniers et policiers guinéens inspirés par le succès des militaires ont osé manifester à leur tour, l'armée s'est chargée de les tabasser et de les emprisonner au motif qu'ils auraient manqué du respect au chef de l'État. Et si, le message des douaniers et des policiers était justement que le chef de l'État par la façon dont il a traité le soulèvement des militaires ne leurs inspiraient plus ce sentiment que l'on appelle le respect.

Chronique de J.B Placca, Rfi.
Une retranscription signée Tamala

Lire la suite

18 juin 2008

Halte aux médias de la haine!

Depuis un certain temps, nous assistons en Guinée à une recrudescence de la haine à travers d'articles «ethnophobes» dans les médias plus particulièrement ceux en ligne. Une situation qui avive les rivalités ethniques dans un régime politique moribond où le malaise généralisé et la lassitude ont atteint une phase paroxysmale. Sans doute les rivalités ethniques existent en Guinée, mais pas à un degré aussi élevé comme dans les pays voisins où de grands groupes ethniques réclament la paternité de la nation. Il y a aujourd’hui de véritables Ayatollahs de la dé(sin)formation, de la propagande et de mercenaires de la plume à la solde des hommes ou des femmes d'affaires qui, sans vergogne, s’arrogent le droit d’accuser et d’interpeller à tort et à travers les acteurs politiques ou tout bonnement des paisibles citoyens. La presse électronique croule sous un déluge de dé(sin)formations. Le traitement de l'info a prit des proportions inquiétantes. Du vrai foutoir si ce ne sont pas de règlements de comptes entre les différents antagonistes. Personne ne s'en soucie ni ne s'en plaint. Dommage! Des apprentis "analystes politiques", dont les textes pullulent d'erreurs et sont d'une vacuité absolue, abondent sur nos maigres sites dans le seul but de médire avec des informations qui tâtent le pouls des internautes. Que chacun prenne, d'ores et déjà, ses responsabilités. Une réglementation de cet espace devenu une arène serait salutaire et impérieuse pour limiter les dérives avant que la case ne prenne feu.
Mais le régime anachronique de Conté a-t-il la volonté d'exiger un droit de regard limité sur cette presse embryonnaire qui pousse aujourd'hui comme un champignon et qui ne respecte aucune déontologie ?

Lire la suite

L'envolée du prix des denrées alimentaires

La crise alimentaire mondiale qui frappe de plein fouet l'Ouest de l'Afrique va perdurer. Elle a prit des proportions particulièrement inquiétantes. Les prix grimpent, la crise s'installe. Les soulèvements populaires se suivent. En Guinée, la crise risque d'être longue et douloureuse. Le prix du riz, - l'aliment de base de la population, a atteint des niveaux insupportables. La politique agricole en léthargie, l'agriculture moribonde. Les ménages, démoralisés, n'arrivent plus à joindre les deux bouts. Depuis 2004, l’année des émeutes de la faim, la Guinée est prise dans l’engrenage de soulèvements sporadiques et de la flambée spectaculaire des prix. L’on s’en souvient, en juillet et août 2004 (période de grande soudure où les greniers sont vidés et les récoltes attendues), le pays a connu une hausse du prix du riz déclenchant des attaques de civils contre des semi-remorques principalement à Conakry. La population avait érigé des barricades et dévalisé des poids lourds de leur cargaison. N'eût été l’intervention quotidienne de l’armée, des convois de camions auraient été pilliés par des émeutiers. Et tout récemment lors des remous sociaux de janvier et février 2007 (grève des syndicats, réprimée dans le sang par les forces de l’ordre), parmi les principales revendications, figure le prix élevé des denrées alimentaires principalement le riz. Tenez ! de janvier 2004 à mai 2008 le sac de riz importé de 50 kilos est passé de 27 000 à 230 000 francs guinéens (de 6 à 51 dollars), soit l’équivalent du salaire mensuel moyen d’un fonctionnaire. Quand on sait qu’il en faut au moins deux sacs par mois pour nourrir une famille, on a une idée de la dégradation du niveau de vie.
Des plats de substitution
L’envolée spectaculaire du coût de la vie, devenue presque le lot quotidien, astreint des ménages à se tourner de plus en plus vers des aliments de consommation sur place (Manioc, Fonio, Patate, Taro, Igname, Mangue, …). Les familles les plus démunies sautent des repas pour pouvoir traverser sans dette la crise qui obère déjà leur pouvoir d’achat. La purée de mangues trempée dans l’huile rouge a remplacé le plat de riz. Une substitution qui ne va pas durer longtemps, la période des mangues étant passagère. Et que va-t-il advenir des ménages qui tirent déjà le diable par la queue ?
Crainte de nouveaux troubles sociaux
Un spectre permanent de troubles sociaux plane sur le pays. A Conakry comme dans les grandes villes règne un climat de psychose depuis que de folles rumeurs au sujet d’une énième augmentation du prix du carburant à la pompe courent les rues. Les associations des consommateurs élèvent le ton et menacent de descendre dans la rue si le gouvernement n’intervenait pas pour stabiliser la hausse vertigineuse du prix des denrées alimentaires à l’importation. Aussi, le syndicat des enseignants tape du poing sur la table et attend impatiemment les examens nationaux qui sont reportés sine die pour demander des comptes au gouvernement …
Solutions pour une sortie de crise
Pour résorber la crise du riz, le gouvernement doit supprimer en partie ou en totalité la taxe à l’importation sur cette céréale. Investir davantage dans le secteur de la production rizicole afin de le revitaliser. Donner un coup de pouce aux paysans, en leur fournissant en quantité suffisante, semences, engrais et autres intrants agricoles. Autrement dit renforcer la production nationale en élaborant en fonction des réalités du terroir, une véritable politique de développement agricole seul réel gage d’une autosuffisance alimentaire.

Lire la suite