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30 avril 2009

Probable dérive de la junte militaire de Conakry

« Le CNDD [Note du blogueur : la junte au pouvoir] n’est pas une institution. Elle ne peut donc pas être légale, encore moins légitime. C’est une association d’individus qui se sont cooptés du seul fait qu’ils ont des armes que le pays leur a confiées pour sa défense. Cela ne peut pas fonder une légitimité. Le CNDD est pour l’essentiel, composé de personnes qui ont organisé et matériellement exécuté les assassinats massifs de Janvier et Février 2007.» Dixit Mamadou Billo SY SAVANÉ dans une interview exclusive accordée à Guineenet.org.

Source : guineenet.org

Voilà presque quatre mois qu’une junte militaire s’est emparée du Pouvoir à Conakry. Son centième jour à la tête de notre pays a donné lieu à une avalanche d’éditoriaux enflammés de journalistes qui confondent leur opinion personnelle fort respectable avec ce que le pays souhaite ou ne souhaite pas. Vous êtes celui qui a inlassablement appelé les jeunes militaires à chasser M. Lansana Conté et à assurer une transition. Vous les appeliez alors des « Patriotes Républicains en uniformes ». Depuis, vous n’êtes pas resté tout à fait silencieux, mais vous ne vous êtes pas non plus directement adressé à vos « Patriotes Républicains.. ». Certains, dont moi-même, se demandent si le moment n’est pas venu de leur adresser une 40ème lettre, et peut-être plus. C’est l’occasion d’en savoir plus sur vos liens supposés ou réels avec cette junte.

Guineenet : Commençons d’abord par l’actualité immédiate. Au camp Alfa Yaya de Conakry, certaines troupes sont venues prêter « serment » de fidélité au capitaine Dadis comme « président » de la république. La cérémonie est passée en boucle sur la TV guinéenne. Cela ne vous surprend pas ?

Mamadou Billo SY SAVANÉ : Si ! Tout comme des millions de nos compatriotes, je suis plus que surpris. Je suis choqué. Le capitaine Dadis est chef d’une junte. Il n’est pas Président. J’insiste bien. Il est chef d’une junte militaire, mais en aucun cas le Président de la République. Je suis choqué. Car, selon moi un militaire Républicain ne prête qu’un seul serment : celui d’être fidèle à sa Patrie, ses institutions et à la personne ou l’équipe que le pays a choisie comme son incarnation pour une certaine durée. Le choix de cette personne ou de l’équipe devant être LIBRE, TRANSPARENT, PLURALISTE et HONNÊTE. Cela a un nom, c’est la compétition électorale. J’ai bien vu cette cérémonie. Elle rappelle un peu une scène où des esclaves viendraient prêter allégeance à leur propriétaire. C’est étrange.


Si vous voulez bien, on va commencer d’abord par préciser vos rapports avec la junte. Avez-vous des liens personnels avec ses principaux chefs ?

Non ! Personnellement, je ne les connais pas. Je n’ai pas de lien ni avec DADIS, ni avec aucun d’eux. On me dit souvent que certains d’entre eux me lisent régulièrement et attentivement. C’est tout. Mais il n’est pas nécessaire de les connaître en personne pour être en accord ou en désaccord avec ce qu’ils ou ne font pas, ou font mal. En tout état de cause, il ne faut pas donner une importance exagérée aux lettres, même si elles étaient numérotées. Si elles ont joué un petit rôle pédagogique, c’est tant mieux.

Vous les appeliez « Patriotes Républicains ». En principe, une armée est par définition patriote. Pourquoi cette appellation spécifique ?

Je n’ai peut être pas été très explicite. Puisque vous m’en donnez l’occasion, je vais essayer de l’être un peu plus. Dans mon esprit, c’est le qualificatif REPUBLICAIN qui prévaut. L’armée dans nos contrées, et plus particulièrement chez nous, est restée CORPORATISTE. Elle a à devenir REPUBLICAINE. Cela veut dire qu’elle doit elle-même admettre qu’elle a un périmètre bien défini et qui est le suivant :
1°. La défense de l’intégrité et de l’unité de la terre que nous ont léguée nos Pères qui l’ont eux-mêmes reçues des leurs. Cette première mission s’exécutant sous l’autorité de la personne ou de l’équipe que le pays dans la liberté, la transparence et l’équité, aura choisie à l’issue d’une compétition électorale honnête.
2°. La défense des institutions que le pays s’est librement données lorsque les REPRESENTANTS légitimes du peuple le lui demandent.Hors de ces deux missions, c’est le banditisme qui se déguise en armée.

Et si elle ne se contentait pas de ce périmètre républicain ?

Sortir de ce périmètre, c’est à mes yeux devenir une armée CORPORATISTE. C’est-à-dire une association d’intérêts privés, avec en plus grave, la possession d’instruments de mort, les armes achetées avec les ressources d’une population miséreuse. Il n’y a pas de différence entre cette armée corporatiste et une armée coloniale d’occupation ou une association de malfaiteurs. L’armée qui a maintenu Lansana Conté au pouvoir pendant plus de vingt ans, contre la volonté du pays est à mes yeux assimilable à cette armée d’occupation coloniale. Elle s’est d’ailleurs comportée comme telle en Janvier et Février 2007. Je continue de nourrir l’espoir que certains membres du CNDD ont un désir sincère de se comporter en Républicains et donc de se racheter des graves crimes de sang qu’ils ont commis contre leurs propres compatriotes et revenir immédiatement au périmètre républicain défini plus haut.

Mais une armée a des missions!

Tout à fait. Cette question est essentielle. Vous me permettrez donc de prendre un peu plus de temps pour y répondre. Aucune armée n’a à se fixer elle-même une quelconque mission. Le faire, c’est en un certain sens, se soustraire aux Lois de la République, se mettre au-dessus de la SOUVERAINETE populaire. Le médecin de Donka ou de Yomou ne décide pas de la politique sanitaire, ni l’enseignant de la politique éducative du pays. Tous appliquent une politique définie et approuvée par la REPRESENTATION nationale laquelle est désignée à l’issue d’une compétition électorale qui devra être LIBRE, TRANSPARENTE, PLURALISTE et HONNÊTE. Le fait de détenir les armes acquises avec l’argent public n’indique pas qu’on est d’une nature particulière, ou qu’on doit s’octroyer des droits sur la vie des populations. C’est le pays, dans son ensemble qui décide de confier à un groupe d’hommes et de femmes, les outils matériels de sa défense. C’est ce qu’on nomme une armée et une gendarmerie républicaines. Être dans ces corps, devrait en principe inciter ses membres à plus de retenue, plus de loyauté à l’égard de ceux dont le travail a permis l’acquisition des armes. Et les utiliser à des fins corporatistes, par exemple pour se maintenir au pouvoir contre la volonté du pays, est une terrible TRAHISON. D’un point de vue moral, quelle confiance peut inspirer un groupe d’individus dont l’unique fait d’arme , depuis 1958 a d’abord consisté à torturer des « opposants » pour le compte de Sékou Touré, ensuite à massacrer en Janvier et Février 2007 des centaines de jeunes Guinéens à la demande de Lansana Conté pour qui notre pays n’était qu’une OCCASION, et maintenant à conserver par des massacres déjà planifiés, un pouvoir que vraisemblablement le pays lui refuse toujours ? -Aucune !

Vous êtes sévère avec vos "Patriotes Républicains", non ?

J’ai acquis le droit d’être sévère, en tout cas je me le donne. Je ne cherche ni à plaire, ni à déplaire. Lorsque certains membres de la junte sont injustement accusés de tribalisme, comme l’a été par exemple le capitaine Dadis à un moment, j’ai estimé que j’avais à combattre ce mensonge. Je l’ai fait. Pour certains, je chercherais à « séduire » Dadis que je ne connais pas et qui peut-être ne me connaît pas non plus. Je rassure tout le monde. Je ne suis pas nécessiteux. Les plus grandes notabilités politiques et militaires guinéennes le savent. Aucune d’entre elles ne peut me démentir sur ce point. Je suis donc un homme LIBRE. Je suis sévère avec l’esprit qui a toujours prévalu dans le rang de l’armée guinéenne depuis toujours et qui est le suivant : l’armée est au-dessus de la nation. Elle fait ce qu’elle veut. Elle n’a pas de compte à rendre, sauf à ses supérieurs. Et celui qui peut dégainer le premier, s’empare du pouvoir, interdit toute expression politique et impose une servitude parfois sanglante à ses compatriotes. Voilà schématisé l’esprit dans lequel le capitaine Dadis et son CNDD ont l’air de vouloir s’installer. Je suis hostile à cet esprit. Je le combats donc sans parti pris, mais sans complaisance. Je ne suis pas seul à le faire.

Vous n’ignorez pas que beaucoup de nos compatriotes pensent à juste titre, que vous êtes en quelque sorte leur « parrain » intellectuel. Estimez-vous qu’ils vous ont bien compris ?

J’ai déjà répondu à cette question. Ils n’ont pas besoin de moi pour agir. Ils sont tout à fait responsables des actes qu’ils accomplissent. Je n’ai pas la naïveté de croire qu’ils obéiraient à mes « conseils ». Mais, cela ne me gêne pas non plus que certains d’entre eux considèrent que mes observations successives ont pu encourager la junte à barrer la route à SOMPARE et à son clan Pdgiste sanguinaire. Je n’ai pas la prétention d’être un leader d’opinion. Je dis ou écris ce que je crois juste.

Je reviens à ma question. Vous ont-ils compris ?

Dans mon esprit, puisqu’ils avaient empêché la population de se débarrasser de Lansana Conté et de son régime en perpétrant ou en facilitant les massacres de Janvier et Février 2007, ils devraient barrer la route au clan dont j’ai parlé. En faisant cela, ils ont rempli leur mission. Je pense que le pays attendait qu’ils fassent ce geste .Et c’était d’autant plus facile que le pouvoir était en déshérence. A mon avis, la mission implicite que le pays réel leur demandait d’accomplir est terminée. Ils doivent en tirer les conséquences.

Vous dites que la mission implicite que le pays leur demandait est terminée. Vous pouvez préciser un peu plus votre pensée ?

Depuis quelques semaines, je lis ici et là des appels à M.Dadis et au CNDD à garder le pouvoir que le pays ne leur a pas donné. J’ai même lu le dimanche 26 Avril sur les sites guinéens un appel demandant au capitaine Dadis de ne pas partir et de refuser des élections ou plutôt de ne les accepter que quand bon lui semblera. Tous ces appels sont suspects à mes yeux et dangereux pour M.Dadis lui-même et pour le pays. A bien y réfléchir, le CNDD et Dadis seraient devenus soudainement plus intelligents, plus « dignes » que les 10 millions de Guinéens. Inutile de les consulter, puisque M. Dadis est plus fort que tous. Soyons sérieux. Le capitaine Moussa Dadis a pris des engagements de façon solennelle. Il doit les respecter et il les respectera. Il en sortira grandi. Par contre, s’il se laissait tromper par certains de ses « conseillers » d’ailleurs non exempts d’arrières-pensées peu dignes, alors tout peut arriver. Et le fait d’avoir des armes achetées avec l’argent du pays n’est pas nécessairement la garantie d’une victoire certaine. Qu’on me comprenne bien : en disant ce que je dis, je suis plus sincère avec Dadis que tous ces nouveaux conseillers qui lui demandent de commettre l’irréparable. Avoir les armes du pays à sa disposition n’est pas un droit automatique au pouvoir.

Comment voyez-vous le CNDD ?

Le CNDD n’est pas une institution. Elle ne peut donc pas être légale, encore moins légitime. C’est une association d’individus qui se sont cooptés du seul fait qu’ils ont des armes que le pays leur a confiées pour sa défense. Cela ne peut pas fonder une légitimité. Le CNDD est pour l’essentiel, composé de personnes qui ont organisé et matériellement exécuté les assassinats massifs de Janvier et Février 2007. Je précise que tous les membres du CNDD ne sont pas tous des tueurs déguisés en militaires. Mais qui peut prétendre sérieusement que M. Claude PIVI dit Coplan est le modèle de soldat Républicain ? Que signifient ses ascensions fulgurantes en grade ? Il ne s’agit pas de l’accabler. Il n’a fait qu’exécuter les ordres de ceux qui le gratifient aujourd’hui de « services » rendus. A mon humble avis, le CNDD doit disparaître le plus rapidement possible. Cette association ne peut pas engager notre pays. Car, c’est une association d’intérêts privés. Il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître. Quand le clan PIVI mène une expédition punitive contre Cellou Dalein dans le seul but de l’humilier, il y a un problème. J’ai sévèrement critiqué la démarche politique de M. Cellou Dalein. Mais il n’a tué personne. Et certains membres du CNDD ont commis de plus grands détournements. Pourquoi ceux-là seraient-ils protégés et Cellou Dalein humilié ?

Le capitaine Moussa Dadis a d’abord menacé de changer de tenue pour se présenter à une élection, ensuite fait état d’un « complot » et finalement interdit l’expression des partis politiques. Malgré vos réserves de plus en plus vives, vous avez l’air de considérer qu’il est de bonne foi. Vous croyez que cette ligne est tenable ?

Oui, à condition qu’il nous « aide à l’aider » comme l’avait écrit mon ami Baldé Abdoul, il y a quelques semaines. Alors comment ? En respectant l’engagement solennel pris devant le pays. Or, ses variations successives et contradictoires laissent penser qu’il n’en prend pas le chemin. Que voyons-nous depuis quelques semaines? La formation d’une milice privée hâtivement baptisée « garde présidentielle ». Elle est surarmée. Elle se livre impunément à des agressions et intimidations dans la ville de Conakry. On est là dans la continuité stricte du régime de Lansana Conté. A mon avis, tous les corps sociaux de notre pays doivent réagir énergiquement à cette dérive qu’on perçoit en pointillé.

On dit ici et là qu’il faut leur laisser le temps d’assainir l’économie, de réviser la constitution... Qu’en pensez-vous ?

Tout cela, c’est des arguments à posteriori. C’est très facile. On pourrait même le comprendre, s’ils avaient la compétence technique et intellectuelle de ce qu’on leur prête comme intention. Ce n’est pas leur faire injure que de dire qu’ils n’ont aucune compétence pouvant laisser croire qu’ils auraient la moindre chance de redresser quoi que ce soit. Ils auraient pu commencer par balayer devant leur « maison » comme le leur avait suggéré Elhadj BIRO, c’est-à-dire débarrasser l’armée des brebis galeuses que Lansana Conté a recrutées, comme les Pivi et tous ceux de son genre. Or, qu’ont-ils fait ? Comme toujours, ils se sont acharnés sur des civils désarmés comme Cellou Dalein DIALLO, ou d’autres. Le clan de Lansana Conté a été épargné. La théâtrale incarcération de Ousmane Conté a tout l’air d’une mise en scène. Ce qu’il faut, c’est l’arrestation de ce bataillon qui a massacré nos populations en Janvier et Février 2007. Tous ses membres sont parfaitement identifiés.

Avez-vous des exemples ?

Ecoutez, certains officiers qui ont organisé et réalisé les massacres de Janvier et Février 2007 ont été discrètement mutés dans les casernes de l’intérieur du pays. Par exemple, Mougné DONZO commandant à l’époque des faits a été muté à Labé. Or des soupçons très lourds pèsent sur lui concernant les massacres. Je l’avais moi-même appelé au téléphone pour lui poser la question de sa responsabilité dans les massacres. Il m’avait fait un démenti peu convaincant. A l’heure où je vous réponds, j’ai des informations tendant à montrer qu’il se livrerait à des intimidations sur les populations du Fouta, plus exactement celles de Labé, Pita et environs. Il prétend récupérer des terres qui appartiendraient à l’ «Etat». Mais à Conakry même, ce sont les militaires liés à la famille de Lansana Conté qui se sont emparés de tous les biens fonciers que MM. Bahna SIDIBE, alors ministre de l’habitat et de l’aménagement du territoire avait réservés aux futures infrastructures collectives. Dadis le sait, tout comme ses autres collègues. Autre exemple : c’est Pivi et sa troupe qui tiraient sur les jeunes gens à partir du pont 8 Novembre. En quatre mois, il est passé de simple adjudant à capitaine. Qui peut honnêtement admettre cela ? Si les généraux Mamadou SAMPIL et autres sont en prison, les Mougné DONZO, PIVI et leurs hommes doivent être en prison.

Il y aurait un complot. Ce qui aurait justifié l’annulation au dernier moment du voyage du Président Dadis à Tripoli. Qu’en pensez-vous ?

C’est dommage que M. Dadis et certains de ses collègues se soient livrés à cette petite « habileté » dérisoire. Chaque Guinéen sait que chez nous, celui qui veut anéantir ses adversaires, fabrique des complots, procède à l’arrestation et à l’exécution de tous ceux qui peuvent lui porter ombrage. Je me suis convaincu moi-même que Dadis était « sincère » et qu’il ne fallait pas lui faire un procès d’intention. Je l’ai écrit. Mais, j’avais ajouté que si je parvenais, sur la base de faits réels à la conclusion qu’il n’était pas Républicain et que je me suis trompé, je le dirai aussi. Ma perplexité est de plus en plus grande. Si « complot » il y a, ça voudrait dire que M. Dadis n’est plus souhaité au pouvoir, même pour une courte transition. S’il est Patriote Républicain comme je le crois, il devrait en tirer la conclusion qui s’impose, c’est-à-dire partir. Il aura été celui qui a cassé l’élan des Pdgistes. Ce n’est pas peu. Je suggère dans cette hypothèse peu probable (mais la seule pacifique à mes yeux), que les Forces Vives réfléchissent dès maintenant à la mise en place d’ un Haut Conseil de Transition qui pourrait être dirigé par Monseigneur Vincent KOULIBALY. Je peux, si besoin est, préciser, ma pensée sur ce point. Si le « complot » est une mise en scène pour se débarrasser d’autres militaires, ou d’autres civils, on peut affirmer alors que le capitaine Dadis a inauguré un cycle qui pourrait s’avérer infernal. Je ne le connais pas. Mais, je ne souhaite pas qu’il passe de la gloire à la déchéance. Il peut encore redresser la barre en s’en tenant strictement à son engagement, en ayant le courage de récuser les flagorneurs nécessiteux, venant d’ici ou d’ailleurs.Certains de ses «conseillers » occultes jouent avec le feu pour des raisons inavouables.

Et pour la révision de la constitution ?

Selon moi, la constitution n’a pas besoin d’être révisée. Il y a juste à apporter quelques modifications limitées. Je fais la suggestion suivante :

1°Suppression de l’âge maximum limite auquel on peut être candidat à l’élection présidentielle. C’est une disposition inutilement conflictuelle.

2° ramener la durée du mandat présidentiel à 5 ans, renouvelable une seule fois. En clair, personne ne devra faire plus de deux mandats consécutifs.

4°Inscrire dans la Loi Fondamentale que toute personne sortant de l’armée, de la gendarmerie et de la police ne peut être candidat à une élection présidentielle avant un délai de quinze ans à compter de sa date de sortie de son corps d’armes.

5°Inscrire dans la constitution que la durée du mandat présidentiel, le nombre de fois qu’il peut être renouvelé et la non candidature de tous ceux qui sortent d’un corps d’armes ne peuvent faire l’objet d’aucune modification, suppression, amendement avant un délai de 30 ou 40 ans à compter de la date de promulgation de la constitution rénovée.
Vous voyez, tout cela peut être fait en une semaine. Ce qui veut dire que la junte peut tenir son engagement, si elle le veut. Il n’y a aucun obstacle à cela. Sauf si elle cherche à gagner du temps pour elle-même. On entrerait alors dans une zone de turbulences.Mais peut-être, le capitaine Dadis et Claude Pivi pensent-ils sortir vainqueurs parce que disposant de lance-roquettes, bazookas et autres kalachnikovs. Pourtant tout le pays était bien disposé à l’égard de Dadis. Et j’en étais.

Vous avez commenté un document concernant ce qui serait des malversations minières auxquelles M. Facinet FOFANA se serait livré quand il était ministre. Vous avez déploré la « diplomatie » maladroite de Dadis.Le journal «L’OBSERVATEUR » et toute sa rédaction vous ont personnellement attaqué. Je voudrais savoir votre réaction par rapport à ces deux évènements.

Il faut séparer les deux faits. Je répliquerai à M. Facinet FOFANA. Patientons. Quant à la Rédaction de L’OBSERVATEUR, je n’ai honnêtement pas de temps à perdre. A qui voulez-vous que je réponde ? Certainement pas à M. Tibou KAMARA. Je n’aime pas briller facilement aux dépens de quelqu’un qui n’a ni formation, ni niveau. Sa profession, c’est « Jeune ». Avouez que c’est court comme formation ou niveau. Et le drame de notre pays, c’est qu’il est peuplé de gens ignorants qui ignorent leur ignorance. De ce fait, ils se prétendent cadres. On ne peut pas blâmer des gens comme ceux-là. Ils sont excusables. Voilà. Mais je répondrai à M. Facinet FOFANA.

Guineenet.org vous remercie!


Propos recueillis par Ibrahima Kylé Diallo
Rouen, le 29 avril 2009

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27 avril 2009

Halte aux vols et exactions ! Human Rights Watch dénonce la junte guinéenne

« Le coup d'Etat semble avoir déclenché une série d'exactions commises par l'armée ; l'impunité dont bénéficient ces soldats doit cesser. Les leaders du coup d'Etat doivent tenir les simples soldats sous contrôle, et garantir que les responsables de ces crimes fassent immédiatement l'objet d'enquêtes et de poursuites judiciaires. » a déclaré Corinne Dufka, chercheuse senior pour l'Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch.

Source: Human Rights Watch (HRW)


Guinée : Le gouvernement doit discipliner les soldats

Vols à main armée, extorsions et intimidations sous le nouveau gouvernement

(Dakar) - Des soldats guinéens ont été impliqués dans des vols et actes de violence contre des hommes d'affaire et des citoyens ordinaires depuis l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement à la faveur d'un coup d'Etat militaire en décembre 2008, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le nouveau gouvernement devrait faire cesser ces attaques et s'assurer que la police, la gendarmerie et le système judiciaire mènent des enquêtes indépendantes et engagent des poursuites contre les soldats impliqués.

Human Rights Watch a recueilli les récits de victimes et de témoins de 19 de ces incidents, presque tous commis par des soldats lourdement armés portant des bérets rouges et se déplaçant dans des véhicules tant civils que militaires officiels sans plaques d'immatriculation. Des groupes comptant parfois jusqu'à vingt soldats ont attaqué des bureaux, des magasins, des entrepôts, des cliniques médicales et des maisons, aussi bien en plein jour que la nuit. Ces soldats ont volé des voitures, des ordinateurs, des générateurs, des médicaments, des bijoux, de l'argent liquide, des téléphones portables, et de grandes quantités de marchandises en gros et au détail, entre autres articles. Des Guinéens et des étrangers figurent parmi les victimes. De nombreux témoins de ces incidents ont indiqué que les soldats semblaient sous l'emprise de la drogue. Nombre des victimes ont aussi été menacées ou agressées physiquement.

« Le coup d'Etat semble avoir déclenché une série d'exactions commises par l'armée ; l'impunité dont bénéficient ces soldats doit cesser », a déclaré Corinne Dufka, chercheuse senior pour l'Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch. « Les leaders du coup d'Etat doivent tenir les simples soldats sous contrôle, et garantir que les responsables de ces crimes fassent immédiatement l'objet d'enquêtes et de poursuites judiciaires. »

Human Rights Watch a aussi documenté de multiples cas d'extorsion de la part de soldats au cours de contrôles d'identité de routine ; le viol d'une jeune fille de quinze ans commis le 31 mars par un soldat ; et plusieurs cas d'intimidation de magistrats, au cours desquels de petits groupes de soldats ont interrompu des procédures judiciaires ou ont menacé des avocats, tentant semble-t-il d'influencer le résultat des poursuites judiciaires.

Un groupe d'officiers militaires guinéens se désignant comme le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) s'est emparé du pouvoir le 22 décembre 2008, quelques heures seulement après la mort de Lansana Conté, président de la Guinée depuis 24 ans. Les leaders du coup d'Etat, dirigés par un président autoproclamé, le Capitaine Moussa Dadis Camara, ont rapidement suspendu la constitution du pays, et se sont engagés à organiser des élections en 2009 et à rendre le pouvoir à un gouvernement dirigé par des civils.

Le niveau auquel les actes documentés par Human Rights Watch ont été ordonnés ou sanctionnés par de hauts responsables de l'armée n'est pas clair. Dans certains cas de vol, les agresseurs ont annoncé qu'ils étaient en mission officielle pour le CNDD. Toutefois, il n'a été présenté à aucune des victimes de document officiel justifiant ces actions, par exemple un mandat d'arrêt ou de perquisition.

La plupart des actes criminels et d'intimidation de magistrats documentés par Human Rights Watch impliquaient des soldats porteurs de bérets rouges. Avant le coup d'Etat, deux divisions au sein des services de sécurité guinéens étaient habituellement pourvues de bérets rouges : le Bataillon autonome de la sécurité présidentielle, ou garde présidentielle (BASP) ; et le Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA), un groupe d'élite de commandos. Depuis le coup d'Etat cependant, ces deux unités et quelques autres bataillons d'élite ont été regroupés en une seule unité basée au quartier général du CNDD, au camp militaire d'Alpha Yaya Diallo. Human Rights Watch a également été informé que des soldats appartenant à d'autres divisions avaient été vus portant des bérets rouges.

Depuis qu'il est au pouvoir, le CNDD a mené une répression officielle contre les trafiquants de drogue, les criminels impliqués dans la production et la vente de médicaments de contrefaçon et d'anciens fonctionnaires accusés de corruption. Paradoxalement, nombre des atteintes aux droits humains documentées par Human Rights Watch semblent avoir été commises dans le contexte de cette répression.

Par exemple, à la suite de l'arrestation en janvier 2009 de plusieurs ressortissants chinois soupçonnés de fabriquer et de vendre de faux antibiotiques, plusieurs entreprises appartenant à des Chinois, notamment des cliniques médicales et des restaurants, et au moins une pharmacie gérée par un Guinéen, ont été dévalisées par des soldats prétendant qu'ils étaient à la recherche de médicaments de contrefaçon. Aucun des militaires impliqués dans ces opérations n'a produit de mandat de perquisition, ni n'a saisi officiellement de médicaments soupçonnés de contrefaçon. Dans trois cas documentés par Human Rights Watch, les commerçants ont été détenus arbitrairement et embarqués dans un véhicule militaire. Ils ont été dépouillés par les soldats de leur argent, de leurs téléphones portables et d'autres objets de valeur, puis ils ont reçu l'ordre de descendre des véhicules quelques kilomètres plus loin.

Human Rights Watch a documenté de nombreux cas dans lesquels les soldats avaient volé les citoyens guinéens habitant à proximité des domiciles ou des commerces des individus soupçonnés d'être impliqués dans le trafic de drogue. Les victimes ont raconté comment elles avaient été dépouillées par des soldats fouillant leurs maisons ou leurs commerces à la recherche de produits de contrebande que les militaires prétendaient s'y trouver. Un avocat guinéen représentant six clients demandant réparation pour effraction et vol à main armée ont indiqué que les soldats avaient fracassé des portes, détruit du mobilier et volé un générateur, sept voitures, des ordinateurs, des vêtements et de l'argent. L'avocat a déclaré à Human Rights Watch :

« Le combat contre le trafic de drogue est noble, mais ils s'en servent comme excuse pour agir comme des criminels de droit commun - s'emparant de véhicules, d'argent, de bijoux - qu'est-ce que tout cela a à voir avec les drogues ? Ils n'ont trouvé de la drogue chez aucun de mes clients. Il n'existe dans aucun de ces cas de plainte légitime, ou tout au moins aucune qui ait été confirmée. »

De nombreux autres cas d'entrée par effraction ont été similairement sans relation avec la répression. Il s'agit par exemple d'attaques contre des petits kiosques tenus par des familles et au cours desquelles les contenus ont été transférés dans des véhicules conduits par les militaires, contre des magasins le long des routes vendant des matériaux de construction, contre des domiciles privés, surtout de riches Guinéens, et contre des entrepôts contenant des produits d'importation.

Des militaires interrogés par Human Rights Watch ont suggéré que des individus se faisant passer pour des soldats étaient les responsables des actes criminels. Toutefois plusieurs facteurs jettent le doute sur cette affirmation. Premièrement, de nombreux témoins ont parlé à Human Rights Watch de soldats commettant des exactions en plein jour dans des lieux publics et vêtus d'uniformes militaires complets, certains portant des barrettes indiquant des grades allant jusqu'à celui de sergent. Deuxièmement, dans deux cas, des hommes d'affaires dont les voitures ont été volées sous la menace des armes par des soldats ont ensuite vu leurs voitures conduites par des hommes portant l'uniforme militaire ; dans un cas, la voiture a été vue entrant et sortant d'un camp militaire à Conakry. Troisièmement, plusieurs victimes ont assuré à Human Rights Watch avoir reconnu des soldats qu'elles savaient être des membres de l'armée. Quatrièmement, les soldats ayant commis de nombreux crimes opéraient par groupes de dix ou plus, et circulaient en petits convois de deux véhicules ou plus.

Selon la loi guinéenne, ce sont la gendarmerie et la police qui sont mandatées pour enquêter sur les crimes, que les coupables présumés soient des civils ou des membres de l'armée. Toutefois, les victimes ont toutes affirmé à Human Rights Watch que depuis le coup d'Etat, l'armée avait de plus en plus pris la responsabilité de certaines tâches de police, notamment des enquêtes criminelles. Les propriétaires de cinq commerces cambriolés à peu près au même moment le 16 février ont déposé plainte à la police, mais les policiers leur ont dit que depuis le coup d'Etat, ils n'étaient plus « autorisés par l'armée à mener des enquêtes ».

Ils ont dit aux commerçants de déposer plainte directement auprès de l'armée.

Quand Human Rights Watch a demandé à des officiers de police comment ils répondaient à une vague de crimes apparemment perpétrés par des soldats dans un quartier de Conakry, les policiers ont répondu que l'armée leur avait « défendu » de conduire des patrouilles et des enquêtes ; un des policiers a raconté comment un suspect civil qu'il avait appréhendé pour l'interroger à propos d'un cambriolage au poste avait été soustrait à la police pour être placé dans un véhicule militaire et emmené pour interrogatoire dans un camp militaire. Une autre victime a rapporté à Human Rights Watch qu'après s'être plaint auprès de la police, ils lui avaient dit que s'il voulait que justice soit rendue, il faudrait qu'il dépose plainte auprès de l'armée ou qu'il dénonce les faits à la radio. Pourtant une autre victime a déposé plainte au poste de police local et ensuite au bureau de la direction de la police judiciaire chargé des enquêtes criminelles, qui est sous l'autorité du procureur. Dans les deux cas, elle a été redirigée vers l'armée.

Cinq victimes interrogées par Human Rights Watch avaient déposé des plaintes auprès des autorités militaires, demandant une enquête officielle sur ce qu'elles affirmaient être des actes criminels commis par des soldats. Aucune enquête n'a été menée pour donner suite à ces affaires. L'une des victimes s'est rendue cinq fois au camp militaire pour réclamer une enquête, et a déploré : « Je suis allé au camp [militaire] et j'ai rappelé à maintes reprises, mais pas une fois je n'ai eu de nouvelles. L'affaire ne va nulle part. »

Le seul cas documenté par Human Rights Watch où il y a eu une action de l'armée concernait le viol de la jeune fille de quinze ans. Selon des membres de la famille et des dirigeants communautaires, l'officier supérieur du soldat accusé a rendu visite à la famille et a fait en sorte de régler l'affaire en dehors du tribunal. Le soldat a été incarcéré plusieurs jours au camp militaire. La famille a décidé de ne pas déposer plainte auprès de la police après que l'armée ait accepté de payer les frais médicaux de la jeune fille.

Selon l'article 14 de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, le gouvernement guinéen a l'obligation de protéger le droit à la propriété, ce qui comprend la garantie que des autorités de l'Etat (y compris l'armée) ne saisissent pas de biens arbitrairement et sans compensation.

« Le devoir de l'armée est de protéger le peuple guinéen et de garantir sa sécurité, et non de profiter de lui. L'anarchie qui transparait dans ces exactions n'a aucune excuse », a insisté Corinne Dufka. « L'armée devrait faire cesser les exactions et permettre à la police, à la gendarmerie et au système judiciaire de faire régner l'Etat de droit. »

Récits faits par des victimes et des témoins des exactions commises par des éléments de l'armée guinéenne à Conakry

Exactions commises sous le prétexte de la répression contre le trafic de drogue, la contrefaçon de médicaments et la corruption :

Le propriétaire et directeur guinéen d'une société de transport a raconté le vol de sa voiture et d'autres biens le 15 février par une douzaine de soldats en uniforme prétendant chercher de la drogue. Il a indiqué que les soldats, qui sentaient l'alcool, étaient lourdement armés et que plusieurs étaient bardés de cartouchières :

« Ils sont arrivés dans un pickup Nissan sans plaques d'immatriculation. Ils m'ont dit qu'ils étaient en mission avec l'ordre du CNDD de récupérer les 4x4 que je cachais pour le leader d'un parti d'opposition guinéen. Certains des Bérets rouges m'ont accusé de cacher de la drogue et des armes. Je leur ai dit que je n'étais pas un militaire et donc que je n'avais pas d'armes, mais ils ont fouillé l'entrepôt et vandalisé le bureau de ma secrétaire et le mien. Je ne cache rien. Ils ne m'ont pas dit leur nom, mais j'ai remarqué qu'ils s'adressaient à l'un d'entre eux en lui disant 'Excellence.' J'ai demandé un ordre de mission, mais ils ont dit qu'ils n'en avaient pas, que les ordres de mission sont des bêtises. Ils disaient : 'Vous n'avez pas vu le genre de véhicule dans lequel nous sommes venus ?' Les militaires ont menacé mes employés et leur ont dit de se coucher par terre, à plat ventre. Ils leur disaient : 'Vous ne sortirez pas d'ici vivants' et 'Rien ne sortira d'ici.' Ils n'ont trouvé ni drogue ni armes, mais ils ont pris deux ordinateurs, ma voiture personnelle, et une importante somme d'argent. Plusieurs personnes m'ont dit avoir vu ma voiture conduite à travers la ville par un militaire. »

Une Guinéenne qui réside à côté d'un groupe de Nigérians qui seraient soupçonnés d'être impliqués dans le trafic de drogue a été volée à deux reprises par des soldats. La première fois, ils ont prétendu être à la recherche de Nigérians. Elle a fait le récit des incidents qui se sont déroulés le 25 février et le 13 mars :

« La première nuit, ils m'ont réveillée en escaladant les murs de ma résidence. Ils m'ont demandé s'il y avait des Nigérians cachés et ils ont fouillé ma maison. Ils n'avaient pas de mandat de perquisition. Ils se sont excusés et sont partis. Je me suis rendue compte plus tard que mon téléphone portable avait disparu. Puis le 13 mars, huit Bérets rouges lourdement armés sont revenus chez moi à 10 heures du soir. Je n'étais pas là, mais ma tante m'a raconté ce qui s'était passé. Les soldats ont menacé de tirer si ma tante n'ouvrait pas la porte, alors elle les a laissés entrer. Quand ma tante leur a demandé pourquoi ils étaient là puisqu'ils n'avaient rien trouvé la première fois, ils lui ont crié de se taire. Ils ont pris un sac à dos noir avec un ordinateur portable, 3 millions de francs guinéens [environ 450 euros], et des bijoux. Cette fois, ce n'était évidemment pas une erreur comme la première fois qu'ils étaient venus. A cause de ces visites, j'ai décidé de déménager de ma maison. »

Le propriétaire d'une clinique médicale dévalisée par des soldats à 13h le 26 janvier a décrit ce qui s'était passé au cours d'une attaque contre sa clinique :

« Mon frère et moi sommes des médecins chinois et nous dirigeons une clinique à Conakry. Les soldats sont arrivés dans un pickup gris et trois motos. Ils étaient huit et portaient tous des bérets rouges. Trois d'entre eux avaient des fusils et ils portaient tous des uniformes de camouflage. Ils sont entrés en disant qu'ils cherchaient de faux médicaments, mais ils ont parcouru toute la maison et ont volé beaucoup de choses, dont deux machines pour faire des diagnostics médicaux, deux téléphones portables, 3 millions de francs guinéens [environ 450 euros], 3 000 dollars américains [2 250 euros], un poste de télé et un [lecteur] DVD, et des sacs contenant tous nos vêtements. Ils ont même ouvert le congélateur et volé la viande qui s'y trouvait ! Ils ont aussi volé la voiture [de mon frère] - nous ne l'avons pas encore retrouvée. Ils n'ont pris aucun médicament ; ils sont venus pour voler. [Mon frère] a été emmené dans la voiture par les soldats, comme s'ils allaient l'arrêter, mais ils l'ont ensuite laissé partir - arrêté la voiture et lui ont dit de sortir. Beaucoup de gens du voisinage avaient l'habitude de venir à la clinique, mais pour le moment nous sommes fermés. »

Un propriétaire de restaurant qui a été volé au beau milieu de la journée fin janvier a raconté ce qui s'était passé :

« Vers 3 heures de l'après-midi, 10 soldats sont arrivés au restaurant ; ils portaient des uniformes de soldats et plusieurs d'entre eux avaient des fusils. En entrant, ils ont donné des coups de pied dans la porte, ont pointé leurs fusils sur moi et m'ont frappé au ventre. Ils ont dit qu'ils cherchaient de faux médicaments, que c'était nous les Chinois qui les vendions. Je leur ai dit que c'était un restaurant chinois ! Qu'est-ce que nous avons à voir avec des médicaments ? Je leur ai même dit qu'ils pouvaient vérifier, sachant qu'ils ne trouveraient rien de cela chez nous. Ils ont volé plusieurs téléphones, pris deux cartons de bière et des affaires personnelles, entre autres nos vêtements. Ils étaient très agressifs. »

Un commerçant guinéen dont la pharmacie a été dévalisée par 10 soldats le 28 janvier a raconté à Human Rights Watch ce qui s'était passé :

« A 2 heures de l'après-midi, j'étais dans ma pharmacie lorsque 10 Bérets rouges ont fait irruption disant qu'ils voulaient vérifier si les médicaments dans ma pharmacie étaient faux. Ils prétendaient regarder les médicaments, mais ensuite ils sont allés tout droit au petit coffre-fort que j'ai dans un coin. Ils l'ont fracturé et ont volé les 50 millions de francs guinéens [environ 7 700 euros] qu'il contenait. Ils sont arrivés dans un pickup militaire vert sans plaques d'immatriculation. Après avoir volé l'argent, ils m'ont emmené avec eux, comme si c'était moi qui avais fait quelque chose de mal. Ils m'ont poussé dans la voiture, mais m'ont relâché quelques kilomètres plus loin sur la route. Ils voulaient que ça ressemble à une véritable opération mais ils voulaient juste voler l'argent - ils n'ont même pas emporté de médicaments avec eux ! »

Exactions contre des juges et des avocats

Human Rights Watch s'est entretenu avec un juge à Conakry qui a relaté une tentative d'intimidation faite par six soldats pour qu'il modifie une décision judiciaire qu'il avait prise dans un litige civil opposant deux femmes d'affaires, dont l'une avait un proche dans l'armée. L'incident a eu lieu le 17 février :

« Le jour en question, je devais rendre la décision officielle dans une affaire civile opposant deux femmes d'affaires. Tout à coup, six soldats sont entrés dans la salle du tribunal. Pour moi, il semblait que la femme dont le proche était soldat avait organisé l'intervention des Bérets rouges pour son compte. Ils étaient armés, et portaient des bérets rouges. J'ai déclaré : 'Vous n'avez rien à voir avec cette procédure - j'ai rendu une décision judiciaire qui est totalement indépendante de l'armée !' Ils se sont mis très en colère et l'un d'eux a répliqué : 'Les choses ont changé ; vous devez changer cette décision.' Ils ont menacé de faire en sorte que je sois déchu de mes fonctions - ils ont dit que c'étaient eux qui avaient le pouvoir maintenant. Je suis resté ferme et ils ont fini par s'en aller. »

Un avocat a décrit la façon dont le 23 février, deux soldats armés agissant semble-t-il pour le compte d'un plaignant - un général à la retraite - ont tenté d'intimider le juge qui présidait l'affaire :

« Ce jour-là, j'étais au tribunal pour représenter un client indigent. Au même moment, il y avait une affaire civile qui passait en jugement - un litige à propos d'argent - entre un général à la retraite et un autre homme. L'avocat du général faisait pression pour que le jugement soit rendu ce jour-là, mais l'avocat de l'autre homme lui, faisait pression pour que l'affaire soit reportée en invoquant un détail technique, à savoir que le deuxième homme n'avait pas été cité à comparaître en bonne et due forme. Peu après, deux soldats armés sont entrés dans la salle. Ils ont paradé avec leurs longs fusils en parcourant la salle de tribunal pendant 10 à 15 minutes. Quand l'avocat de l'homme a vu cela, il a abandonné la salle et je l'ai remplacé. Les soldats n'ont pas pointé directement leur fusil sur le juge, mais leur présence était réellement terrifiante pour tout le monde. Il était évident que le juge avait peur, mais à la fin, le juge a tenu bon et a reporté l'affaire. Quand le général a entendu ça, il s'est mis à hurler des insultes au juge et à moi ! Il a dit : 'Si vous faites ça, vous verrez ce que nous ferons.' J'avais très peur. Quand nous sommes sortis du tribunal, j'ai vu cinq à sept soldats, tous avec des bérets rouges, dans un véhicule sans plaques d'immatriculation. »

Divers actes criminels commis par des membres de l'armée

Le garde de sécurité non armé de la résidence d'un riche homme d'affaires guinéen a raconté le vol commis par une dizaine de soldats le 13 mars :

« J'étais assis dehors avec quelques amis. C'était à peu près 9 heures du soir. Nous avons entendu une voiture s'arrêter, puis une dizaine d'entre eux - portant tous des tenues de camouflage, des bérets rouges et de longs fusils - ont fait irruption à la porte de la résidence. Ils sont arrivés dans un pickup blanc qu'ils ont garé devant notre portail - il n'avait pas de plaques d'immatriculation. L'un d'entre eux avait une barrette sur son uniforme - je crois que c'était un sergent ; et j'en ai reconnu un autre - je l'avais vu dans Conakry en uniforme. Ils sont entrés en pointant leurs fusils sur nous ; l'un d'eux a crié à la femme du propriétaire de lui donner les clefs de leur voiture. Elle leur a répondu que son mari n'était pas là et que c'était lui qui avait les clefs de la voiture. Ils se sont mis en colère et sont entrés dans la maison pour chercher la clef. Ils ont trouvé son sac, l'ont fouillé et ont fini par trouver la clef. Pendant que l'un d'eux montait dans la voiture, les autres cherchaient des choses à voler. Ils ont pris deux ordinateurs, trois téléphones, un générateur 2 KVA, des bijoux et de l'argent - environ 500 000 CFA [750 euros]. Ils buvaient - leur haleine sentait l'alcool. »

Un homme d'affaires guinéen a raconté le vol par un groupe de soldats de 50 cartons de vin rouge qu'il avait récemment importé d'Europe. Il a expliqué comment quelques jours après le vol, il a vu et photographié les marchandises volées en vente dans un magasin juste devant le camp militaire d'Alpha Yaya Diallo :

« Le 8 janvier vers 6 heures du soir, 10 Bérets rouges - tous en uniformes et armés - sont arrivés chez moi dans un pickup. Ils sont entrés dans la maison et ont demandé à mon frère la clef du conteneur. Il ne voulait pas la leur donner, mais ils l'ont frappé et il a fini par leur donner la clef. Ils ont alors volé les 50 cartons de vin. Auparavant, j'avais pris contact avec un magasin juste devant le camp d'Alpha Yaya et je leur avais demandé s'ils voudraient vendre mon vin ; il [le magasin] appartient à un gendarme. J'ai laissé une bouteille comme échantillon pour qu'ils puissent l'essayer. J'avais la sensation que le vin volé se trouvait là et après le vol j'y suis allé, et oui, le vin était dans ce magasin ! J'ai pris des photos de mon vin, dont j'ai pensé qu'elles pourraient être utilisées comme preuve. J'ai demandé aux gens où ils avaient trouvé le vin et ils ont dit que les soldats étaient venus quelques jours plus tôt leur demander s'ils voulaient acheter le vin. J'ai apporté les photos à la police et à un gendarme, qui m'ont donné un document m'autorisant à reprendre possession du vin, mais la deuxième fois que je suis retourné au magasin, tout le vin avait disparu. Je me suis adressé à l'armée plusieurs fois pour régler ce problème, mais pour le moment je n'ai pas eu de chance. »

Recommandations

Human Rights Watch exhorte le gouvernement guinéen à entreprendre les actions suivantes :

- Reconnaître et condamner publiquement les atteintes aux droits humains - notamment les vols à main armée, les extorsions, le viol et autres violences - commises depuis le coup d'Etat du mois de décembre en 2008 par des membres de l'armée.

- Donner des instructions publiques claires à tous les membres du personnel militaire pour cesser de commettre des exactions et pour garantir que leurs actions n'outrepassent pas leur mandat.

- Demander une enquête menée par les autorités légalement compétentes sur tous les soldats soupçonnés d'avoir perpétré des atteintes aux droits humains. Demander que soient poursuivis en justice tous ceux contre lesquels il existe des preuves suffisantes, en accord avec les normes internationales de procès équitable.

- Encourager le travail des institutions légalement mandatées pour mener des enquêtes criminelles et engager des poursuites - la police, la gendarmerie, et le système judiciaire.

- Garantir que les victimes de vol à main armée, d'extorsion, de viol et d'autres exactions commises par des membres de l'armée soient correctement et rapidement indemnisées.

Au Groupe international de contact sur la Guinée :

- Exprimer sa préoccupation relative aux atteintes aux droits humains actuelles et au manque de devoir de rendre des comptes de leurs actes de la part des membres des services de sécurité guinéens.

- Exhorter les chefs du gouvernement à prendre des mesures concrètes pour faire cesser les exactions commises par l'armée guinéenne.

- Exhorter les chefs du gouvernement à exiger des comptes en accord avec les normes internationales de procès équitable aux soldats contre lesquels existent des preuves suffisantes des exactions commises.

- Encourager le travail des institutions de l'Etat de droit - notamment la police, la gendarmerie et le système judiciaire - et leur fonctionnement en accord avec les normes internationales de procès équitable.

© Copyright, Human Rights Watch 350 Fifth Avenue, 34th Floor New York, NY 10118-3299 USA

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3 mars 2009

Des militaires perquisitionnent le domicile de la dirigeante syndicale Rabiatou Serah Diallo

Un groupe de militaires a perquisitionné le domicile de Hadja Rabiatou Serah Diallo, secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée, lundi, à Boffa, préfecture située à près de 300 km de Conakry, a appris APA de bonne source.
Les militaires qui se sont introduits dans cette concession que Rabiatou Serah Diallo utilise pour ses vacances, à Boffa, localité d’origine de son époux, n’auraient cependant rien emporté, selon nos sources.

Toutefois, la syndicaliste et son entourage trouvent que ce comportement des forces de l’ordre viole les principes de l’Etat de droit auquel la Guinée aspire.

Depuis la prise du pouvoir par le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), c’est la seconde fois que des militaires font irruption chez des membres des syndicats en Guinée.

En janvier dernier, l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo avait reçu à son domicile à Conakry, la visite de militaires, venus du camp Alpha Yaya Diallo, quartier général de la junte, à la recherche d’armes et de mercenaires.

L’incident s’était terminé sur des excuses que la junte avait présentées au président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), l’une des principales formations politiques du pays.

Source : http://www.apanews.net

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14 février 2009

Suspension des activités politiques et syndicales

Ce samedi 14 février, les leaders de l’intercentrale syndicale ont rencontré les leaders politiques pour échanger des opinions au sujet de la suspension des activités syndicales et politiques par la junte militaire dirigée par l'autoproclamé président de la république, Moussa Dadis Camara. Pour les représentants syndicaux, la suspension des activités syndicales constitue une violation des règles internationales auxquelles la Guinée a donné son approbation. « C’est d’ailleurs une violation des conventions internationales qui, pour l’intérêt de la paix, veulent que les syndicalistes exercent pleinement leurs activités pour la pacification du paysage socio-politique du pays » a déclaré Dr Ibrahima Fofana, de l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG).

Le syndicaliste Fofana a, par ailleurs, rassuré la junte que la grève n’est point synonyme de pagaille : « La grève n’est pas synonyme de pagaille ou de désordre comme on a tendance à le croire en Guinée. Cette suspension des syndicalistes ne sert pas le CNDD. Elle nous pousse par contre à nous mobiliser davantage. Car pour nous, la paix signifie avoir le droit de s’exprimer librement. »

Quant à la Société civile, la crainte d’un retour aux vieilles méthodes de l’ère Conté a été rappelée. Elle a exprimé ses craintes face au risque de violations des droits humains en Guinée. « Je porte le message de la majorité des acteurs de la vie politique et de la société civile guinéenne en disant que nous ne pouvons pas continuer à être traités comme dans les anciens régimes », déclarait sans ambages Hadja Saran Daraba, représentante de la société civile.

La rencontre de ce samedi a enregistré la participation de plusieurs personnalités de la classe politique guinéenne (Ousmane Bah de l’Union pour le renouveau -UPR-, Jean Marie Doré de l’Union pour le progrès de la Guinée -UPG-), de la société civile et du corps syndical guinéen (Hadja Rabitaou Diallo -CNTG-, Yamodou Touré -ONSLG-, Abdoulaye Baldé - UDTG). Le président du Conseil national pour la démocratie et le développement-CNDD- a préféré se fait représenter par le lieutenant-colonel Morciré Camara.

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25 janvier 2009

Le début de la dérive du chef de la junte

La récente adresse du Chef de l’Etat faite à la nation Guinéenne nous donne l’image comme s’il venait d’être élu juste par le peuple pour un mandat bien précis. On se souvient qu’il avait demandé aux forces vives de la nation lors de leur rencontre, de s’entendre en vue de formuler au CNDD des propositions relatives à l’organisation des différentes consultations électorales.
Force est de constater qu’en un laps de temps, les partis politiques ont réussi à formuler des propositions dont entre autres la tenue d’élections législatives et présidentielles au courant de l’année 2009. Curieusement, le Chef de l’Etat dans son discours n’a mentionné nul part, la période et l’ordre desdites consultations électorales et ni de l’élaboration de la nouvelle Constitution ainsi que son mode d’adoption. Il s’est contenté de tenir des promesses impossibles à réaliser en l’espace de deux ans.

Le Chef de l’Etat devrait logiquement mettre à profit lors de son discours adressé à la nation pour donner une suite aux propositions formulées par les partis politiques afin de prouver sa bonne foie et sa détermination à honorer son engagement au lieu de se chercher à créer l’illusion d’être en mesure de réussir le pari de développement là où ses prédécesseurs ont échoué en 50 ans d’indépendance.

Cet état de fait devrait amener l’ensemble des acteurs politiques à prendre conscience de l’impérieuse nécessité d’exiger du CNDD une feuille de route claire et précise de la transition à suivre au risque de regretter plus tard leurs divisions et actes de passivité.

Comment pourra-t-on en deux ans réaliser les promesses faites par le Chef de l’Etat en matière d’agriculture et de sécurité alimentaire ou de création d’emplois ? Une analyse objective relative aux exigences liées à la modernisation de l’agriculture devrait nous amener à examiner les différentes viabilités (techniques, organisationnelles, financières, sociales et environnementales) indispensables à l’atteinte des tels objectifs. Si le Chef de L’Etat avait été plus précis sur le nombre d’hectare de terre irriguée à réaliser, les lieux et les différents paquets d’interventions, nous aurions pu mesurer le caractère du réalisme et du sens de l’équité de son programme.

La modernisation de l’agriculture suppose la maitrise de l’eau à travers des aménagements hydro-agricoles ou de retenues collinaires; l’appropriation des itinéraires techniques; de l’existence de semences améliorées; de la disponibilité d’engrais, de pesticides et de produits phytosanitaires; de l’appui à la professionnalisation des producteurs; de la recherche et du conseil agricole ; de la réalisation d’infrastructures de stockage, de la conservation et de la transformation des produits; du désenclavement des zones de productions et de l’accès à la terre et de la sécurisation foncière.

Quant à la création de l’emploi, nous apprécierons d’être édifié sur le comment il entend tenir sa promesse ? Dans l’hypothèse d’une transition en un ou deux ans tout au plus, l’Etat pourra-t-il mener toutes les reformes ou créer les conditions d’implantation des grandes entreprises pour absorber l’ensemble des chômeurs ? Quand on sait que l’Etat n’est pas en mesure de procéder au recrutement, on pourrait se demander pourquoi se lancer alors dans des promesses qui seront difficiles à réaliser ? Le Ministère en charge de la promotion de l’emploi sera-t-il en mesure de mettre en place des supports techniques et financiers pour soutenir la création d’entreprises économiques rentables ou initier la mise en place d’entreprises d’insertions (employabilité). Il risque fort de n’être même pas en mesure de s’occuper convenablement du sport à plus forte raison de l’emploi des jeunes.

Nous pensons qu’il ne sert à rien de formuler des vœux pieux au peuple de Guinée qui ne sont ni basés sur du réalisme et ni de l’engagement de l’ensemble des parties prenantes à s’occuper des questions fondamentales de développement avec un régime d’exception sommé d’organiser une transition rapide. Il nous semble très peu possible de mobiliser des ressources auprès des partenaires techniques et financiers pour s’occuper des questions de développement. Au contraire, les partenaires clés tels que la CEDEAO, l’UA, l’UE, les USA, etc. se sont manifestés en particulier pour appuyer l’organisation d’élections libres, transparentes et acceptées par tous les acteurs et partenaires. Le chantier pourrait bénéficier sans équivoque de soutien auprès des partenaires.

Le Chef de l’Etat nous a annoncé également son intention d’engager des actions visant la récupération des bâtiments et domaines rachetés ou accaparés par les anciens hauts cadres de l’Etat. Nous saluons cette heureuse initiative pourvu qu’elle concerne tout monde sans exclusive, en commençant par les anciens dignitaires de la première République. Le peuple pourrait être également situé sur le cas des immeubles de la cité de chemin de fer et des sources d’enrichissements de Santillo. Nous supposons que les Audits devront passer au peigne fin les cas des importations de Santillo et de Mamadou Sylla ainsi que l’impôt qu’ils doivent au trésor public. Nous attendons également de voir les nouvelles autorités faire l’Audit des 24 ans de la gestion des villas de la cité de l’OUA, du Novotel, de l’hôtel Camayenne et de la cession de l’hôtel Gbéssia. Il serait souhaitable de faire l’état des lieux sur l’ensemble du patrimoine bâti de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national. Si le but visé est de rendre justice au peuple de Guinée chacun sera fortement édifié sur les réelles motivations du CNDD ou s’il s’agit simplement de vouloir trouver l’alibi pour s’attaquer à leur cible. Par ailleurs, la décision prise par le Chef de l’Etat de confier la responsabilité de la conduite des Audits à des cabinets confirmés et de procéder à l’Audit du Ministère de la Défense Nationale et du service de carburant est à saluer. Car, elle ouvre la voie à l’équité et l’impartialité. Nous fondons l’espoir de voir lesdits Audits être conduits selon les règles de l’art en toute impartialité et objectivité.

Le fait de vouloir blanchir le feu Président Lansana Conté est une aberration totale et constitue une insulte au peuple de Guinée. Est-ce que les nouvelles autorités accepteront-elles de faire objectivement la lumière sur les responsables des tueries et des tortures des pauvres citoyens de la Haute Guinée en 1993-1994 et ceux de Conakry en 1998, 2000, 2006, 2007 et 2008 ? Quel fut le rôle de l’armée Guinéenne dans ces douloureux événements ? Des lors, on pourrait se demander quelle est sa vraie mission ?

Certains journalistes démagogues se permettent de considérer le feu Président Lansana Conté comme un démocrate. S’il en était un, le pays ne serait pas à ce stade. Car, il n’aurait pas changé la constitution dans le but de mourir au pouvoir comme il l’a souhaité. Aucune élection crédible, juste et transparente n’a été organisée en son temps. Sinon comment pourrait-on expliquer qu’il dise vouloir les cinq communes de Conakry et, au finish, les obtenir toutes ? Comment le PUP peut-il remporter les 38 circonscriptions uninominales lors des dernières élections législatives ?
Si par le passé le peuple de Guinée a accepté avec docilité de voir ses taxes et impôts servir à nourrir, à loger et à armer des gens rien que pour tirer sur lui quand il revendique ses droits les plus élémentaires, il ne sera désormais plus prêt à accepter cela. Cela devrait être connu des nouvelles autorités. Evitons de réveiller les morts ou de faire des promesses fallacieuses afin de focaliser nos énergies sur les actes de nature à favoriser la cohésion sociale, la paix et l’instauration d’une véritable démocratie.

Si les nouvelles autorités du pays veulent rentrer dans l’histoire par la grande porte, elles devront s’atteler à poser rapidement des actes concrets qui s’inscrivent dans le cadre de l’instauration d’une démocratie effective. Elles pourront se pencher sur l’élaboration et l’adoption d’une constitution qui garantira l’équilibre entre les différents pouvoirs et qui empêchera toute confiscation éventuelle du pouvoir en favorisant l’alternance démocratique. Elles procéderont à l’organisation d’élections justes, libres, transparentes et acceptées par tous sans prise de position partisane. Elles devront engager des actions vigoureuses pour assurer la sécurité des personnes et de leurs biens vivant sur le territoire Guinéen. Elles initieront le dialogue entre les fils et filles du pays dans une logique de réconciliation nationale. Elles lanceront des reformes ardues au niveau des secteurs clés tels les finances, la fonction publique, la décentralisation et le secteur privé à l’image des pays réformateurs comme L’Ile Maurice, le Botswana, le Ghana, le Burkina, l’Ouganda, le Mali, etc.

Par contre il ne sert à rien de vouloir procéder à la privatisation de SOTELGUI, d’EDG et de la SEG dans le contexte actuel. Car le pays ne pourra pas tirer profit desdites privatisations. Nous risquons de revivre l’expérience amère des privatisations réalisées au lendemain de la prise du pouvoir par le CMRN. L’option idéale serait de transformer ces sociétés en Agence dotée de l’autonomie de gestion qui sera rattachée à la Primature. L’Etat devrait procéder au recrutement sur appel d’offres aux postes clés à pourvoir et mettre en place un système incitatif à la performance et de sanctions positives et négatives.

Il appartiendra au futur Président de la République élu démocratiquement de mettre en œuvre son projet de société qui pourrait certainement couvrir la gouvernance, l’éducation, la santé, les infrastructures de base, l’agriculture, l’emploi des jeunes, la décentralisation et le développement local, etc. Il est tout à fait souhaitable de pouvoir engager la renégociation de l’ensemble des contrats où les intérêts de la Guinée semblent être moins pris en compte. Nous devons mettre à contribution les fils et filles du pays ayant l’expertise confirmée en la matière et faire recours aux spécialistes de grande réputation internationale pour conduire lesdites renégociations dans l’esprit gagnant-gagnant entre les deux parties et non gagnant- perdant.

Le créneau relatif à la prévention et gestion des conflits pourrait être une opportunité pour le Chef de l’Etat et ses compagnons pour promouvoir la consolidation de la paix en Guinée. Ils pourront mettre en place une structure ayant pour mission la préservation de la paix et la quiétude sociale. Cette structure devrait mener des études sur les types et sources de conflits, conseiller les décideurs sur les risques éventuels de conflits, faire du plaidoyer et du lobbying et former les acteurs clés de la nation sur la prévention, la négociation/médiation ainsi que la gestion post conflit en vue de contribuer activement à la pacification du pays. Ils pourront saisir les opportunités existantes auprès du PNUD, de l’USAID, de l’UE, etc. pour réaliser leur mission. Car, aucun développement ne saurait être possible sans la paix. Le Chef de l’Etat pourrait créer également le poste de Médiateur National et nommer une personne de grande probité morale ayant les vertus du dialogue et de la tolérance en vue de faciliter la médiation et la résolution des différents qui opposent l’Administration et les administrés.

Oumar Wann,
Consultant en Gouvernance et Développement Local.
Conakry, République de Guinée


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24 janvier 2009

Et si Conté avait préparé Dadis !

Il se susurre que le général Lansana Conté, avant de rendre le dernier soupir, aurait jeté son dévolu sur le directeur du service des essences de l’armée (14 novembre 2008), le capitaine Moussa Dadis Camara, pour lui succéder. Vrai ou faux ?
En tout cas, l’actuel homme fort de Guinée avait de très bons rapports avec le défunt président. La preuve ? Lorsqu’il fallait le nommer directeur du service des essences, de l’armée, « Pessè » (celui qui parle cru en langue soussou) aurait affirmé, c’était le 14 novembre 2008, que « si le nom de Dadis ne figure pas sur la liste, je ne signe pas le décret.

En effet, il était coutume à l’époque, dans l’atmosphère de fin de règne, que, concernant les nominations, entre chez Conté et la Radio télévision guinéenne, des noms soient biffés pour être remplacés par d’autres. A cette histoire de nomination s’ajoute l’amitié qui lie Dadis au capitaine Ousmane Conté, fils de son père.

- « Allo, mon commandant ! »

En me rendant chez l’ex-Premier ministre Sidya Touré, j’ai appelé ce dernier qui a, d’abord, répondu : « Allo, mon commandant ! ». J’ai dû dire que c’était moi. C’est bien plus tard chez lui qu’il me dira qu’il a cru que c’était l’aide de camp de Blaise Compaoré, le commandant Céleste Coulibaly, qui le rappelait, car il venait de s’entretenir téléphoniquement avec le PF. En fait, c’est parce que nous avions utilisé notre numéro du Burkina Faso avec l’indicatif 226 qu’il a été induit en erreur, car il croyait que l’appel émanait de Ouagadougou.

- Moi, Rouguy Baldé, amazone de Matam

Au cours d’une rencontre entre Moussa Dadis Camara et les femmes de Guinée le 7 janvier dernier, une femme a été particulièrement félicitée pour son courage, son intégrité et sa combativité par le capitaine-président : Rouguy Barry/Baldé, ancienne maire de la commune de Matam. A un certain moment sous le règne de Conté, elle a souffert le martyr. Pourtant, elle a beaucoup fait pour sa commune. Elle a dû s’exiler en France avant de revenir.

- Alpha Condé du RPG : à Conakry ou à Paris ?

L’opposant Alpha Condé était injoignable dans la semaine du 5 au 8 janvier. Etait-il dans la capitale guinéenne ? Ou à Paris, comme certains Guinéens l’ont laissé croire ?

- Si près, si loin de Dadis Camara

Lorsque j’ai pu accéder à l’antichambre où officie le capitaine Dadis Camara, j’étais avec Cheick Yerim Seck de Jeune Afrique et un financier que Yerim avait accompagné. Nous étions trois civils, entourés de militaires, dans une salle climatisée avec un téléviseur plasma, qui nous permettrait de suivre France 24. De là, des proches du maître des lieux, tels le capitaine Keletigui Faro (SG de la présidence), un certain capitaine Barry et le fameux Claude Pivi (Coplan), bardé de ses wack, émergeaient de temps en temps du bureau présidentiel. Cheick se levait et parlementait souvent avec l’un deux.

- « Déplacement à Conakry »

Lorsque vous prenez un taxi dans la capitale guinéenne, si vous dites « déplacement », cela signifie que vous voulez être seul dedans jusqu’à destination. Sinon, vous devez vous serrer à 5 ou 6. L’avantage avec le déplacement, c’est qu’il vous dépose devant chez vous, mais c’est plus cher. Quand vous êtes à plusieurs, c’est en chemin que chacun descend selon l’itinéraire du taxi.

- Tabula rasa


A suivre le discours de la junte en Guinée, c’est une sorte de table rase qu’elle veut faire. Les 27 membres du gouvernement ont pratiquement été imposés au PM, Kabiné Komara, avec 10 militaires. Mais avant le gouvernement, les nouveaux maîtres ont pratiquement changé les premiers responsables des 7 gouvernorats et des 33 préfectures que compte la Guinée.

- Merci Cheick Yerim

Si j’ai pu vraiment bien effectuer mon travail à Conakry, je le dois à mon confrère de Jeune Afrique, Cheick Yerim Seck, qui m’a « tuyauté », comme on dit dans notre jargon. Merci Cheick, c’est confraternel. Et naturellement aussi, merci à mon ami Caleb Kolié, patron de la radio Familia FM.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

L’Observateur Paalga
Source : Le Fasonet

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21 janvier 2009

Halte aux tortionnaires ! Human Rights Watch interpelle la junte guinéenne

« Human Rights Watch a reçu des informations crédibles sur la présence au sein du CNDD d'officiers militaires qui ont été liés à de graves violations de droits et à des crimes, dont la torture. Compte tenu de ces préoccupations, nous vous prions d'examiner minutieusement les dossiers de ceux qui occupent une place actuellement au sein du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et du nouveau gouvernement » a indiqué Corinne Dufka, directrice de projet pour l’Afrique de l’Ouest de l'Ong Human Rights Watch dans une lettre (du 21 janvier 2009, voir ci-dessous) ouverte adressée au Capitaine Moussa Dadis Camara , président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, junte), qui s'est autoproclamé Président de la république au lendemain de l'annonce officielle de la mort du Général Lansana Conté le 22 décembre 2008. Corinne demande aux nouvelles autorités guinéennes de poursuivre les enquêtes sur les assassinats de 137 guinéens en janvier et février 2007 lors des grèves qui avaient secoué le pouvoir du défunt président guinéen, Général Lansana Conté.

Lettre au leader du coup d’État guinéen sur la nécessité de tenir des élections et de mettre fin à l’impunité.

21 Janvier 2009

Capitaine Moussa Dadis Camara
Président du Conseil national pour la démocratie et le développement
République de Guinée

Mon Capitaine,

Human Rights Watch est l'une des principales organisations internationales indépendantes de défense des droits humains. Nous vous écrivons aujourd'hui pour vous enjoindre de prendre des mesures concrètes et significatives pour résoudre la crise constitutionnelle survenue à la suite du récent décès du Président Lansana Conté, et aborder certains problèmes chroniques en matière de droits humains et aux faiblesses correspondantes de l'Etat de droit qui ont caractérisé son administration durant 24 années.

En votre qualité de président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), l'amélioration de la réputation de la Guinée en matière de droits humains devrait selon nous figurer parmi les toutes premières priorités de votre gouvernement. Nous vous recommandons donc de démontrer vos qualités de dirigeant en vous attaquant à plusieurs problèmes très urgents. Par rapport à la crise constitutionnelle, nous vous demandons de :
Faire respecter le droit de tous les Guinéens de choisir leurs représentants dans le cadre d'élections parlementaires et présidentielle libres, équitables et transparentes dès que possible.
Abroger l'interdiction de toute activité politique et syndicale, imposée par le CNDD le 23 décembre 2008.
Accepter un contrôle international adéquat des élections.
En ce qui concerne la longue période d'impunité et de crise de l'Etat de droit, nous vous appelons à vous engager sans équivoque à respecter les droits humains fondamentaux de tous les Guinéens et de :

. Garantir que la Commission d'enquête indépendante, créée pour enquêter sur l'assassinat d'au moins 137 manifestants non armés par des forces de sécurité pendant la grève de janvier et de février 2007, soit financée et opérationnelle dès que possible.
. Garantir que l'Observatoire national pour la démocratie et les droits de l'homme, mandaté pour enquêter sur les violations des droits humains et de mener des initiatives d'éducation des droits humains, soit entièrement opérationnel et financé, et autorisé à fonctionner indépendamment.
. Garantir une enquête approfondie sur tous les membres du CNDD et du gouvernement récemment nommé, concernant leur éventuelle participation à des violations de droits humains, à des actes de corruption, ou à d'autres crimes graves, et s'assurer qu'ils sont tenus responsables pour tout crime qu'ils auraient commis, conformément aux normes internationales de procès équitables.

Élections parlementaires et présidentielle

Human Rights Watch se réjouit de votre engagement à organiser des élections avant la fin de l'année 2009, et vous demande ainsi qu'à votre gouvernement de prendre des mesures concrètes afin de garantir leur tenue dès que possible. Le droit de tous les Guinéens de participer aux affaires publiques et d'élire librement leurs représentants est garanti par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par la Guinée le 24 janvier 1978. Comme vous le savez, l'ajournement des élections parlementaires, prévues initialement pour juin 2007, est une violation sérieuse de ce droit. Des mesures concrètes pour l'organisation d'élections parlementaires, qui auraient dû être tenues il y a longtemps, ainsi que de l'élection présidentielle charnière, constitueraient un grand pas en avant vers le rétablissement de la confiance et du financement des bailleurs de fonds, nécessaires à la préparation satisfaisante des élections. Nous vous demandons aussi d'abroger l'interdiction de toute activité politique et syndicale imposée par le CNDD peu après sa prise de pouvoir le 23 décembre 2008.

Des observateurs nationaux et internationaux d'élections ont régulièrement exprimé leurs inquiétudes à l'égard des élections en Guinée dans le passé, remarquant que les élections de 1993, 1998 et 2003 étaient entachées par des ajournements, des boycotts par les partis de l'opposition, des accusations de fraude, d'intimidation et de violence par l'Etat. Votre gouvernement doit prendre des mesures concrètes et importantes pour assurer que toute élection à venir marque un éloignement avec les problèmes qui ont entaché les élections passées. Les dernières décennies de vie politique en Guinée ont été caractérisées par une influence militaire importante et inappropriée sur les affaires de l'Etat, et le décès de l'ancien Président Conté fournit une opportunité de retourner à un gouvernement civil, responsable vis-à-vis du peuple guinéen. Nous saluons votre engagement à rendre le pouvoir à un gouvernement civil élu de façon équitable et nous vous demandons de garantir l'impartialité des élections, y compris en acceptant la présence d'observateurs internationaux d'élections.

Un Etat de droit affaibli et l'impunité liée aux violations

Depuis 2006, Human Rights Watch effectue des recherches approfondies sur diverses violations de droits humains en Guinée, y compris la torture, les exécutions extrajudiciaires, l'extorsion de fonds répandue dont font l'objet les citoyens, ainsi que d'autres graves violations commises essentiellement par des membres des forces de sécurité. Les auteurs de ces abus ont profité d'une immunité quasi totale. Au-delà de ces violations, le système judiciaire qui est en proie à des carences comme le manque d'indépendance du pouvoir exécutif, l'insuffisance des ressources, la corruption ainsi que la formation inadéquate des juges et d'autres employés, a laissé les Guinéens avec un maigre espoir de réparations. Nous prions votre gouvernement de commencer à aborder cette crise de la façon suivante.

1. La commission d'enquête relative aux abus liés à la grève

Presque deux ans après la répression par les forces de sécurité d'une grève nationale contre la détérioration de la situation économique et la mauvaise gouvernance où 137 personnes ont perdu leurs vies et plus de 1700 personnes ont été blessées, il n'y a pas eu d'avancée significative dans l'enquête et encore moins dans les poursuites judiciaires contre les responsables des abus.

En avril 2007, Human Rights Watch a publié un rapport sur les violations de droits humains commises pendant la grève de janvier et février 2007, intitulé: « Mourir pour le changement: Les forces de sécurité guinéennes répondent par la brutalité et la répression à une grève générale ». Le rapport fournit un compte-rendu détaillé des violations généralisées des droits humains, commis par les membres des forces de sécurité, en particulier de la garde présidentielle, qui ont tiré directement dans la foule des manifestants non armés et ont perpétré d'autres graves exactions y compris le viol, l'agression et le vol.

En mai 2007, l'Assemblée Nationale a adopté une loi mettant en place une commission indépendante chargée d'enquêter sur les violences, et en septembre 2007, 19 membres de la commission ont prêté serment. Malheureusement, la commission n'a jamais reçu le financement ni le soutien logistique suffisant du gouvernement et le mandat de la commission a expiré le 7 janvier 2009 sans que la commission ait pu mener une enquête ou produire un rapport.

Ce manque apparent de volonté politique du gouvernement précédent de traduire en justice les auteurs de crimes, ou de rendre justice d'une autre façon aux victimes des violations sérieuses commises pendant la grève de janvier et février 2007, inquiète profondément Human Rights Watch. Ce manque contribue à une pratique dangereuse d'impunité, qui, à son tour, a des conséquences négatives pour la population guinéenne. La répression violente des manifestations en octobre et novembre 2008, pendant laquelle au moins cinq manifestants non armés ont trouvé la mort et 40 autres ont été blessés, renforce cette inquiétude.

La Guinée a l'obligation selon le droit international de mener une enquête approfondie et indépendante sur les violations de droits humains perpétrées par les forces de sécurité et autres, suivie de poursuites judiciaires contre les personnes contre qui des preuves sont réunies, conformément aux normes internationales. Ces poursuites devraient inclure les personnes dans des positions d'autorité, celles qui donnaient les ordres ou celles qui étaient dans une position d'empêcher les abus mais qui ne l'ont pas fait.

Nous vous demandons de relancer et de prolonger immédiatement le mandat de cette commission d'enquête et d'assurer son indépendance suffisante, la protection de ses membres et des témoins, et d'offrir les garanties de financement pour qu'elle entame son travail immédiatement et le finisse équitablement et rapidement.

Des poursuites judiciaires indépendantes et conduites de manière professionnelle contre les auteurs des abus commis en janvier et février 2007 seraient une contribution importante à la lutte contre l'impunité. Nous vous implorons de saisir cette occasion sans délai.

2. L'Observatoire national de la démocratie et des droits de l'homme

En juin 2008, le Premier ministre de l'époque, Ahmed Tidiane Souaré, a créé l'Observatoire national de la démocratie et des droits de l'homme (ONDH), mis en place pour enquêter et rapporter sur les violations de droits humains, mener des initiatives d'éducation sur les droits humains, essentiellement au sein des forces de sécurité, et conseiller le gouvernement sur des sujets liés aux droits humains et au droit humanitaire. A la fin de 2008, l'ONDH a mené quelques investigations mais n'est pas encore entièrement opérationnel dû à des problèmes de financement.

Alors que la Guinée traverse une période d'incertitude politique et constitutionnelle, une institution nationale des droits humains dédiée à la surveillance et à la de ion des violations de droits humains, dont celles liées aux élections, est indispensable. Cette institution sera aussi essentielle dans l'enquête sur les problèmes chroniques tels que la maltraitance des suspects, le mauvais état des prisons, et les abus liés au travail, au trafic et au mauvais traitement des enfants. Une telle institution devrait être mise en place conformément aux normes internationales relatives à ces organismes, y compris les Principes de Paris des Nations Unies.

Human Rights Watch estime que l'ONDH peut apporter une contribution importante à la résolution des problèmes imminents et chroniques de l'Etat de droit auxquels la Guinée fait face aujourd'hui. Nous demandons à votre gouvernement d'assurer le soutien financier et logistique de l'Observatoire et de lui permettre de fonctionner indépendamment. Votre soutien déclaré à l'ONDH est une des mesures importantes par lesquelles votre gouvernement peut montrer son soutien à la protection et à la promotion des droits humains.

3. La vérification et la conduite des membres du CNDD

Human Rights Watch a reçu des informations crédibles sur la présence au sein de la CNDD d'officiers militaires qui ont été liés à de graves violations de droits et à des crimes, dont la torture. Compte tenu de ces préoccupations, nous vous prions d'examiner minutieusement les dossiers de ceux qui occupent une place actuellement au sein du CNDD et du nouveau gouvernement. Tout individu contre qui des preuves existent, sur sa participation dans le passé à des violations de droits humains, à des actes de corruption, ou à d'autres crimes graves, doit être poursuivi en justice conformément aux normes internationales relatives aux procès équitables.

Nous faisons aussi part de notre inquiétude au sujet d'une vingtaine de militaires et d'officiers civils haut placés au sein du gouvernement précédent. Nous avons appris que ces hommes, arrêtés autour du 3 janvier 2009, sont détenus au camp militaire Alpha Yaya Diallo. Une enquête formelle doit être menée sur ceux d'entre eux qui sont toujours détenus. Ils doivent être inculpés ou libérés si aucune inculpation n'a lieu dans un délai qui respecte les principes de jugement en bonne et due forme.

Conclusion

Le gouvernement guinéen a une obligation juridique sous divers traités internationaux et africains relatifs aux droits humains, dont le Pacte internationale relatif aux droits civils et politiques ainsi que la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, qui lui imposent le respect du droit à la vie, à l'intégrité physique, à la liberté et à la sécurité de la personne, ainsi que le respect de la liberté d'expression, d'association et de réunion.

Human Rights Watch vous conseille vivement de réitérer publiquement votre attachement à ces obligations légales, et d'exiger de tout représentant du gouvernement guinéen de les respecter. Enfin, nous vous demandons de garantir la tenue d'élections dès que possible, conformément aux normes internationales, et le respect des résultats de ces élections.

L'avenir politique de la Guinée est en jeu. Nous espérons que vos actions et celles de votre gouvernement mèneront aux améliorations essentielles des problèmes chroniques qui ont ébranlé les droits civils, politiques, sociaux et économiques de la population guinéenne pendant des années. Human Rights Watch se tient à votre disposition pour soutenir les efforts de votre gouvernement visant à renforcer l'Etat de droit et à garantir que les auteurs de violations des droits humains seront tenus pour responsables.

Veuillez agréer, Mon Capitaine, l'expression de mes salutations distinguées.

Corinne Dufka
Directrice de projet pour l'Afrique de l'Ouest
Human Rights Watch


CC :
. M. Kabiné Komara, Premier ministre de la République de Guinée
. Dr. Mohmed Ibn Chambas, Président de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO)
. M. Ramtane Lamamra, Commissaire à la paix et la sécurité de l'Union africaine
. M. Said Djinnit, Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest

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18 janvier 2009

Des citoyens brutalisés par la junte militaire

Décidément, la Guinée change de gouvernements sans changer de régime. Les pratiques ubuesques du régime Conté sont encore omniprésentes. L'impunité érigée en véritable mode de gouvernance se perpétue sans que personne ne s'en plaigne.
Les banlieusards du quartier Lambanyi vivent la hantise de la brutalité des gardes du corps de Moussa Dadis Camara qui s'est autoproclamé chef d'État guinéen au lendemain du décès du président Général Lansana Conté le 22 décembre dernier.

Les "chiens de garde" du président Dadis, se livrent à toutes sortes de bavures depuis qu'ils assurent la sécurité de son domicile. Leurs comportements est décriés par tous les habitants de Lambanyi, notamment les jeunes qui en ont assez de se coltiner des imbécillités de voyous incorporés dans l'armée.

Ils effarouchent, tarabustent et agressent sexuellement. Tenez, il y a seulement quelques jours, le nommé Kandé, enseignant de son état et voisin d'à coté de la famille présidentielle, s'est payé les frais de la nervosité des "chiens de garde" de monsieur le président. Il a été copieusement bastonné pour le simple motif qu'il s'était permis une réplique aux enragés qui sautent sur tout ce qui bouge et bougent sur tout ce qui saute. Il en est de même pour cette jeune fille qui a été molestée et traînée sur plusieurs mètres par un militaire pour avoir osé répondre non aux avances de ce dernier.

Des bavures, brimades et rackets sont signalés un peu partout dans ce quartier. Les habitants terrorisés ne savent plus à quel saint se vouer. À quand donc la fin de ces pratiques d'un autre âge ? Voilà toute la question.

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13 janvier 2009

Moussa Dadis Camara : « Pourquoi j'ai pris le pouvoir »

Quelques heures après le décès, le 22 décembre, du président Lansana Conté, c’est un capitaine de l’armée, inconnu de la population mais apprécié au sein de la troupe, qui s’est imposé à 44 ans comme le nouvel homme fort du pays. Son programme affiché : assurer la transition, organiser un scrutin présidentiel et retourner en caserne. C’est en président autoproclamé, mais critiqué par une partie de la communauté internationale, qu’il a accordé sa première longue interview à Jeune Afrique.

Quand il nous reçoit, à la nuit tombante, le 25 décembre, au siège du Bataillon autonome des troupes aéroportées (Bata), une bâtisse jaunâtre au cœur du camp Alpha-Yaya-Diallo, en périphérie de Conakry, le capitaine Moussa Dadis Camara, qui s’est emparé du pouvoir deux jours plus tôt, est très entouré. Dès le portail de la caserne, des hommes surexcités, kalachnikovs en main, et des Jeep équipées de ­lance-roquettes entourent le bâtiment fortifié qui abrite le nouvel homme fort du pays. Pour nous accueillir, le colonel Aboubacar Sidiki Camara, ancien de l’École militaire de Paris et numéro cinq du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) nouvellement constitué. Installés dans un bureau dépouillé – une table, des chaises et une armoire en bois rouge –, nous sommes rejoints après quelques minutes par « Monsieur le président de la République ». Ainsi l’annonce son garde du corps. Avec lui, les numéros deux et trois de la junte : le général de brigade Mamadouba « Toto » Camara et le lieutenant-colonel Sékouba Konaté. Tous deux ont ensuite été désignés respectivement ministre de la Sécurité et de la Protection civile et ministre de la Défense nationale.

Béret rouge incliné, treillis, manches retroussées, une seule bague fétiche, Moussa Dadis Camara lance d’emblée : « Excusez-moi, mais je ne tiens plus. Depuis le début des événements, je n’ai pas mangé, ni dormi. Permettez-moi d’avaler un morceau avant de démarrer. » De son assiette de riz-sauce agrémenté de viande, il laissera la moitié. « Je ne savais pas le pouvoir si stressant », lâche-t-il pour justifier son faible appétit. Traits tirés, yeux rougis par le manque de sommeil, débit hésitant, voix éteinte, Dadis est alors prêt pour deux heures d’entretien. D’un ton franc et direct.

Jeune Afrique : Vous avez brutalement fait irruption sur le devant de la scène. Tous ceux qui ont découvert votre visage se posent des questions. Qui êtes-vous ?

Moussa Dadis Camara : Je suis un homme ordinaire, mais je me reconnais certaines qualités : l’honnêteté, la franchise, la sincérité… Ces traits de caractère se reflètent dans mes actions comme dans mes relations avec les autres. Je suis déterminé au point de paraître borné. Quand je me fixe un objectif, je ne m’arrête pas avant de l’avoir atteint. Je suis allergique à l’injustice et je réagis spontanément pour la combattre. Tous ceux qui me connaissent le savent : je dis toujours la vérité même si je dois en pâtir. Je déteste le mensonge, l’hypocrisie et l’ingratitude… Je réagis à toute attaque injuste quel que soit le rang de la personne de laquelle elle émane. Et quelles qu’en soient les conséquences. Enfin, je crois sans réserve en Dieu. C’est cela ma force.

Vous êtes né dans une famille modeste à Nzérékoré, au cœur de la Guinée forestière, très loin de Conakry. Vous venez de loin au propre comme au figuré.

Je vois là des atouts et non des handicaps. Ma naissance dans une famille modeste m’a appris à avoir de la compassion pour les personnes défavorisées et à me détacher des biens matériels. J’ai fait mes études dans des conditions très dures. J’ai grandi sous la férule d’un père autoritaire, qui a forgé mon caractère. Je suis fier de cette famille – qui m’a inculqué le courage, la persévérance et le rejet de l’envie –, notamment de ma mère, âgée de plus de 100 ans et qui vit chez moi, à Conakry.

Vous êtes devenu « le patron ». Vous attendiez-vous à arriver si haut après être parti de si bas ?

Rien de ce que je vis actuellement ne m’impressionne, car je considère que tout ce qui m’arrive était inscrit. C’est Dieu qui détient le pouvoir, et il le donne à qui il veut, quand il veut. Je l’ai reçu sans jamais en avoir rêvé. Je ne suis ni le plus valeureux, ni le plus populaire des officiers guinéens, encore moins le plus gradé. Je prends ce fait du destin non pas comme un privilège, mais comme une énorme responsabilité qui pèse sur mes épaules. Seuls ceux qui n’ont jamais été chef d’État considèrent ce job comme une sinécure. Vous ne pouvez pas imaginer le poids que représente le fait d’avoir entre ses mains le destin de toute une nation.

Alors pourquoi avez-vous pris le pouvoir ?

Je n’avais pas trop le choix. Je ne compte pas que des amis dans la haute hiérarchie militaire. J’étais donc face à un dilemme après la mort du président Lansana Conté : soit je prenais le pouvoir, soit je quittais le pays. Si le pouvoir était tombé entre les mains du chef d’état-major, Diarra Camara, j’aurais été obligé de m’exiler pour échapper à une mort certaine. Une autre raison, plus générale, m’a poussé à agir. Je ne pouvais pas, en tant que patriote, voir mon pays continuer à s’enliser. Remettre le pouvoir au président d’une Assemblée nationale périmée [Aboubacar Somparé, NDLR], dont le mandat a expiré depuis plusieurs mois, aurait été pure supercherie. Il aurait été également irresponsable de laisser le pays entre les mains d’un gouvernement corrompu et, de surcroît, déchiré par des querelles intestines. L’armée devait prendre ses responsabilités pour mettre fin à des années de dérive. Elle l’a fait, fidèle à son devoir de protection de la nation.

Mais pourquoi vous à la tête de la junte ? Des éléments comme le général de brigade Mamadouba « Toto » Camara sont plus gradés et plus âgés que vous.

La troupe en a décidé ainsi. Et puis, chez l’officier, le grade compte moins que l’efficacité.

D’aucuns évoquent un tirage au sort…

Parole de soldat, il n’y a jamais eu de tirage au sort. Nous nous sommes parlé et entendus.

Quel sort allez-vous réserver au général Diarra Camara, à Ahmed Tidiane Souaré, Premier ministre jusqu’au décès du président Conté, et à Aboubacar Somparé, le dauphin constitutionnel ?

J’ai convoqué, le 25 décembre, Souaré et tous les membres de son gouvernement. Les yeux dans les yeux, je leur ai dit que l’armée avait pris le pouvoir en raison de leur incapacité à enrayer la descente aux enfers de notre pays. Je les ai ensuite laissés libres de leurs mouvements. Quant au général Diarra Camara, nous nous sommes expliqués en soldats, et je pense que nous nous sommes compris. Il ne tient qu’à lui désormais de vivre dans la tranquillité ou la tourmente [par communiqué, il a été mis à la retraite le 28 décembre avec vingt et un autres généraux de l’armée, NDLR]. J’ai pardonné à tout le monde. Mais je ne tolérerai plus le moindre dérapage. Quiconque tentera d’entraver cette transition sera traité comme un ennemi, au sens militaire du terme.

Comment réagissez-vous aux condamnations ou désapprobations de la communauté internationale ?

Je souhaite formuler une seule demande, qui me paraît être la moindre des choses : qu’on nous juge sur nos actes au lieu de nous rejeter sans nous connaître. Loin d’être des aventuriers, nous sommes des hommes sérieux. Le risque d’un basculement dans la guerre ethnique nous a contraints à agir pour enrayer la spirale du pire. Nous allons respecter les droits de l’homme, les règles de l’État de droit et les exigences de la bonne gouvernance. Nous allons redresser ce pays, aligner sur les standards internationaux tous les textes qui ont été tripatouillés, conduire un processus électoral débouchant sur des élections incontestables… La communauté internationale reviendra bientôt à de meilleurs sentiments si elle nous regarde agir. D’ailleurs, je crois savoir que l’annonce de la fixation de la date de la présidentielle à décembre 2010 a dissipé bien des inquiétudes exprimées durant les premières heures après notre prise du pouvoir.

Quelles sont vos priorités pour redresser la Guinée ?

Par souci de méthode, je vais commencer par un état des lieux, un audit général pour connaître la santé de notre économie. Inutile de dire que les fautes de gestion seront punies. Tous les contrats de l’administration vont être revisités. La concession du Port autonome de Conakry à Getma International, par exemple, va être purement et simplement annulée. En dépit d’un audit mené par FFA Ernst & Young, qui déclare ce contrat manifestement défavorable à l’État, le gouvernement sortant s’est entêté à brader notre port. Pour servir quels intérêts ? Nombre de ressources de notre pays ont été cannibalisées pour engraisser des fonctionnaires véreux. Nous allons renégocier tous les contrats miniers pour rétablir l’équilibre au profit de la Guinée. Nous n’avons rien contre les entreprises qui ont investi dans notre pays, mais nous voulons sauvegarder nos intérêts.

Vous avez également promis aux Guinéens de lutter contre un mal qui ronge leur pays, la corruption. Comment allez-vous vous y prendre ?


En commençant par donner l’exemple. Je suis incorruptible. J’interdis quiconque d’accorder la moindre faveur à ma femme, à mes enfants et à n’importe quel membre de ma famille. Les Guinéens sont coutumiers du fait, mais personne ne m’y prendra. J’exige la même conduite de tous mes collaborateurs, des membres du CNDD comme de ceux du gouvernement.

La corruption a gangrené notre pays. Ce n’est plus possible. Celui qui tue sera tué, celui qui vole l’argent de l’État ira en prison. Je ne ferai pas de chasse aux sorcières. Le CNDD n’a pas pris le pouvoir pour instaurer la dictature, mais il sera impitoyable avec les prédateurs.

Vous promettez également des élections transparentes. Si la présidentielle requiert du temps et des moyens pour être organisée, les législatives, elles, avaient été fixées avant votre arrivée aux affaires, au 31 mai 2009. Ses préparatifs semblent avancés. Allez-vous tenir ce délai ?


Je ne me fixe aucune échéance. J’ai demandé aux partis politiques, à la société civile et aux structures impliquées dans le processus, comme la Commission électorale nationale indépendante [Ceni] et le ministère de l’Intérieur, de se réunir et de me soumettre des propositions. Le CNDD les étudiera avec attention, dans le souci d’organiser des élections les plus transparentes qui soient et dans le délai le plus court possible.

Allez-vous, comme vous l’avez promis, laisser toute liberté au nouveau chef du gouvernement [Kabiné Komara a été nommé le 30 décembre, NDLR] ?


Absolument. Il dirige un gouvernement de mission chargé de redresser le pays et d’organiser des élections transparentes dans un délai de deux ans. Le Premier ministre bénéficie de la marge de manœuvre nécessaire pour travailler, sous le contrôle du CNDD. Mais, attendu sur des résultats, il ne saurait être inamovible. S’il remplit sa feuille de route, il bénéficiera de notre soutien. S’il faut à sa mission, le CNDD prendra les mesures correctrices qui s’imposent.

Pourquoi vous réfugiez-vous systématiquement derrière le CNDD ? N’êtes-vous pas, en dernier ressort, le décideur ?

Ce n’est pas cela ma conception de la collégialité. Toutes les décisions vont être prises par consensus, dans la plus grande transparence.

La collégialité, vraiment ? Beaucoup avant vous, qui l’avaient promise, n’ont pas tenu parole…

Je serai alors l’exception. Je n’ai pas l’âme d’un dictateur. J’ai pris le pouvoir avec des frères d’armes que je respecte et avec qui je déciderai à la faveur de débats d’idées. Je ne trancherai que s’il y a blocage sur une question essentielle dont la non-résolution risquerait d’entraver la transition.

Aimez-vous le pouvoir et l’argent ?

Je ne connais pas assez le pouvoir pour l’aimer. Quant à l’argent, je ne veux que ce qu’il me faut pour vivre décemment avec les miens. J’ai horreur de l’argent mal acquis. Je n’ai aucun désir de conduire des bolides ou de vivre dans des châteaux. Je ne suis pas riche et ne le serai pas davantage quand je quitterai le pouvoir.

À quel personnage politique passé ou présent vous identifiez-vous ?

Je ne m’identifie pas à une personnalité politique précise. J’ai un idéal d’homme d’État qui considère le pouvoir comme un moyen pour changer le sort du peuple et non comme un instrument de jouissance personnelle. Et si je devais avoir un modèle, ce serait mon grand-père Koulé Moluba, qui fut chef du village de Koulé Yakéta, à 40 km de Nzérékoré.

Que pensez-vous de vos prédécesseurs à la tête de la Guinée, Ahmed Sékou Touré et Lansana Conté ?

Je n’ai pas connu Ahmed Sékou Touré de près. Lansana Conté, avec qui j’ai longtemps travaillé, m’inspire le respect. Alors qu’il était mal-en-point, il m’a invité à partager son repas une semaine avant sa mort. Après avoir formulé des prières pour qu’il se relève de sa maladie, je lui ai dit : « Si vous connaissez l’humiliation de votre vivant, c’est que Dieu n’existe pas. » Et je le pense vraiment. Voilà pourquoi j’ai attendu sa disparition pour prendre un pouvoir qui était à ma portée depuis plusieurs années.

Pourquoi alors avoir cloué au pilori le bilan de Conté pour justifier la prise du pouvoir par le CNDD ?

Tous les maux que j’ai fustigés sont réels. Mais le défunt président n’en est pas le seul responsable. Notre situation actuelle trouve sa source dans le manque de patriotisme et de rigueur des Guinéens. Lansana Conté a fait ce qu’il a pu pour nous léguer un pays en paix, après nous avoir évité une guerre civile au lendemain de la mort de Sékou Touré, en 1984. Je ne jetterai pas l’opprobre sur un général d’armée qui, de surcroît, m’a protégé contre mes nombreux ennemis au sein de la haute hiérarchie militaire. En novembre dernier, veillant à ce que mon nom ne soit pas barré à la dernière minute, alors qu’il nommait les membres de l’état-major, il a dit devant témoins : « Si le nom de Dadis ne figure pas sur le projet de décret au poste de directeur général des hydrocarbures des armées, je ne le signerai pas. »

Allez-vous rendre le pouvoir, comme vous l’avez promis, en décembre 2010 ?

Absolument.

À cette date, vous n’aurez que 46 ans et vous aurez goûté pendant deux ans aux facilités et honneurs liés au pouvoir. Vous pourriez changer d’avis…

Je n’ai jamais été animé par l’ambition d’exercer le pouvoir. Je ne crois pas que je changerai d’avis. Et puis il faut tenir compte des réalités de notre temps. Ce qui s’est déroulé dans le passé n’est plus possible aujourd’hui.

Source : Jeune Afrique

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